Fermer la publicité
Journal d'information juridique et d'annonces légales

Laurence Comte-Arassus : rencontre avec une actrice majeure du monde de la santé

le - - Actualité - Interview

Laurence Comte-Arassus : rencontre avec une actrice majeure du monde de la santé
© DR - Laurence Comte-Arassus, présidente de Medtronic France, donne son point de vue sur la gouvernance en entreprise.

Laurence Comte-Arassus est présidente de Medtronic France, filiale hexagonale de l'un des leaders mondiaux dans le domaine des technologies médicales. Elle présente ce groupe international qui améliore chaque année la vie de quelque 65 millions de patients et apporte son regard sur la gouvernance, la parité en entreprise et la réforme du système de santé.

Affiches Parisiennes : Pouvez-vous nous présenter Medtronic ?

Laurence Comte-Arassus : Medtronic est actuellement l'un des leaders mondiaux des dispositifs médicaux. L'entreprise a vu le jour dans un garage avec la création du premier stimulateur cardiaque externe autonome. Nous étions donc initialement spécialisés dans le domaine de la rythmologie.

Aujourd'hui, grâce à notre longue tradition d'innovation, nous avons progressivement développé nos activités autour des maladies chroniques et sommes désormais structurés en quatre groupes : cardiovasculaire, diabète, neurosciences – avec de nombreuses thérapies comme la neurostimulation cérébrale profonde développée il y a plus de 35 ans au CHU de Grenoble. Le 4e groupe MITG pour Minimally Invasive Therapies Groupe est né de l'acquisition de Covidien il y a trois ans et concerne principalement les pathologies digestives et de l'obésité.

La division IHS, Intergrated Health Solutions, est aussi extrêmement importante pour nous. Créée en 2014 en France cette division va au-delà de l'innovation thérapeutique en proposant diverses solutions et services tout au long du parcours de soins. Ces dernières années, notre CEO, Omar Ishrak, a fortement œuvré pour promouvoir la "Valeur en santé", approche qui, en France, pourrait contribuer à ce que le système de santé demeure pérenne et solidaire. L'aspect sociétal et humain est donc essentiel pour nous.

En 2017, les thérapies développées par Medtronic ont traité plus de 70 pathologies et ont permis d'améliorer la vie de plus de 65 millions de patients à travers le monde. © Medtronic

A.-P. : Vous dites que le groupe Medtronic est né dans un garage ?

L. C.-A. : Oui, à Minneapolis, dans le Middle West américain, en 1949, sous l'impulsion de son créateur, Earl Bakken. Le groupe s'est ensuite rapidement imposé à l'international.

En France, nous disposons actuellement de trois unités de production ayant chacune leurs spécificités. La première est implantée à Fourmies, dans le Nord, et produit des électrodes de stimulation cardiaque externes et temporaires. Elle compte un peu moins de 50 employés et exporte une grande partie de ses produits. Nous avons par ailleurs un centre de recherche, de développement et de production à Trévoux, près de Lyon ; un superbe site qui emploie plus de 300 personnes.

Enfin, à Pont-de-Claix, nous venons de fêter les 70 ans de l'unité qui fabrique des aiguilles chirurgicales également exportées dans le monde entier. Produire en France est une grande fierté pour nous.


A.-P. : Que fait spécifiquement l'unité de production proche de Lyon ?

L. C.-A. : Elle s'intéresse au renforcement tissulaire implantable. Ce sont des spécialistes du collagène. C'est actuellement ce qui se fait de mieux sur ce sujet, en termes de recherche et développement. Ces produits ne sont fabriqués qu'en France et nous exportons dans le monde entier 90% de notre production.

A.-P. : Pouvez-vous nous dire quelques mots sur votre parcours ?

L. C.-A. : Tout d'abord, je suis une présidente, une maman et une épouse. Ce n'est pas si courant dans ce secteur et à ce type de fonction. Je me considère également comme une citoyenne du monde et de la santé. Je ne fais pas le métier que j'avais imaginé – je projetais de devenir chirurgien en Afrique, mais je suis là où je voulais être. Mon parcours est assez atypique.

J'ai passé un Bac E j'étais donc une femme dans un monde d'hommes – avant d'obtenir un diplôme d'ingénieur technico-commercial. J'ai débuté ma carrière chez ECS (Europe Computer System) dans le domaine de l'informatique. Approchée par Boston Scientific, un industriel des technologies médicales, je suis ainsi entrée dans ce secteur, sur un poste terrain, en ayant sous ma responsabilité la moitié du territoire français.

« notre CEO, Omar Ishrak, a fortement œuvré pour promouvoir la "Valeur en santé"»

J'ai, par ailleurs, la particularité d'avoir été, à 26 ans, l'un des manageurs les plus jeunes au sein du comité de direction de Boston Scientific. En près de 25 ans, et après avoir assuré de multiples fonctions dans de nombreuses unités, le dispositif médical n'a plus de secret pour moi.

Je suis entrée chez Medtronic il y a une quinzaine d'années. J'y ai relevé beaucoup de challenges qui m'ont permis de grandir et d'apprendre très vite. Le travail d'équipe autour de projets est ce qui me passionne le plus : je ne vois pas le chiffre comme le résultat d'un tableau Excel, mais comme le fruit d'un travail collaboratif.

A.-P. : Comment parvenez-vous à concilier cet investissement professionnel et votre vie familiale ?

L. C.-A. : C'est un équilibre constant. Il faut naturellement être bien accompagné pour y parvenir. Il ne faut pas avoir de souci sur le fait d'être une femme et d'être différente. J'essaie d'expliquer à mes collaboratrices que, même quand on évolue dans un monde d'hommes, il faut rester soi-même, notamment en termes de gestion des émotions.

Nous sommes deux femmes au bureau du Snitem, le Syndicat national de l'industrie des technologies médicales ainsi qu'au Medef. Aussi la parité et plus largement la diversité sont des sujets qui me tiennent à cœur. Parler de diversité, c'est aborder des sujets tels que la place des seniors dans l'entreprise, l'employabilité, les nouveaux métiers... Quand on travaille en groupe, c'est aussi cette diversité qui permet d'avancer et de se projeter dans le futur.

A.-P. : Vous évoquez un monde très masculin, notamment au sein des instances dirigeantes. Peut-on aller jusqu'à parler de sexisme ?

L. C.-A. : C'est essentiellement le travail et l'exemplarité qui forgent une carrière. Quand j'ai accédé à ce poste de présidente, il y a trois ans, j'ai pris la parité homme-femme à bras le corps. Le problème est en fait beaucoup plus complexe qu'on ne le pense. Au sein du groupe Medtronic, je suis responsable de la diversité et de l'inclusion au niveau EMEA (Europe élargie) et d'importantes différences culturelles existent entre l'Allemagne, la France, l'Afrique du Sud ou Israël. Chez Medtronic France, le comité de direction est à majorité féminine. Au niveau monde, notre objectif à l'horizon 2020 est d'avoir plus de 40 % de femmes au sein des organes de gouvernance.

Plus largement, la question de la relation hommes-femmes et de la chance donnée à chacun de réussir une carrière professionnelle fait partie des défis de notre système éducatif. J'ai l'intime conviction que nous ne devons pas penser la parité au moment où les femmes entrent dans l'entreprise, mais beaucoup plus en amont, dès les premières années d'école, où il faut sans doute avoir une approche différente avec les filles et les garçons.

Chez Medtronic, nous avons aussi adopté des stratégies qui améliorent la qualité de vie de nos collaborateurs, comme la mise en place du télétravail, il y a presque trois ans, à raison d'une à deux journées par semaine.

A.-P. : Quel est l'intérêt de ce travail à domicile ?

L. C.-A. : D'abord, la satisfaction des salariés, tant et si bien que certains ont tendance à s'investir davantage. La qualité de vie s'en retrouve améliorée, notamment en supprimant les durées de transport mais aussi parce que les collaborateurs sont moins fatigués. Il n'y a donc que des avantages, pour les salariés comme pour l'entreprise.

Pourtant, il s'avère que beaucoup d'entreprises ne parviennent pas encore à faire confiance. Lorsque nous avons souhaité mettre en place ce dispositif, nous avons créé des groupes de travail avec nos collaborateurs et ce sont eux qui ont fait des propositions. Cette approche est donc basée sur une relation de confiance réciproque.

A.-P. : Le comité d'entreprise intervient-il également ?

L. C.-A. : Oui, nous sommes soutenus par le comité d'entreprise. Nos relations avec ses membres, investis depuis de longues années, sont extrêmement bonnes. Je veille à ce que cela continue parce que je pense que c'est ainsi qu'une entreprise doit fonctionner.

A.-P. : On parle actuellement beaucoup de la réforme du secteur de la santé, qu'en pensez-vous ?

L. C.-A. : J'ai beaucoup de respect pour notre Gouvernement et pour notre ministre de la Santé qui promeut une réforme qui semble aller dans le bon sens. Nous avons beaucoup travaillé sur notre vision d'entreprise. Nous avons souhaité nous positionner comme un "agit'acteur" de la santé, pour transformer cette dernière car nous sommes attachés à ce que notre système de santé demeure pérenne et solidaire.

Nous avons beaucoup travaillé sur la Valeur en santé, qui consiste à replacer au centre du système les résultats qui importent au patient en les mettant bien sûr au regard du coût nécessaire pour les obtenir. à bien des égards, il existe des points communs avec la stratégie de transformation du système de santé promue par la ministre, notamment le passage d'un système quantitatif à un modèle davantage qualitatif.

« Nous avons souhaité nous positionner
comme un agit'acteur de la santé. »

Un exemple me tient particulièrement à cœur : dans notre groupe MITG, nous travaillons sur l'obésité morbide. La perception par l'opinion publique de cette prise en charge est que trop de patients sont inutilement opérés. Or, le problème ne tient pas au nombre d'opérations mais avant tout à la qualité du suivi de ces patients, bien souvent livrés à eux-mêmes à l'issue de leur prise en charge chirurgicale. Au lieu de se concentrer uniquement sur l'acte, il faut donc le faire sur le parcours et le suivi du patient. Toutes les études démontrent que pour qu'un patient ne retombe pas dans cette obésité morbide, il faut le suivre pendant sept ans alors qu'en France, un patient sur deux est perdu de vue au bout de deux ans.

Raisonner en termes de parcours, de la prévention au suivi à long terme, est un travail que nous devons faire avec tous les acteurs du système de santé : administrations, hôpitaux, médecins, associations de patients et industriels. Avec le cercle Valeur santé, association que nous avons créée en 2017, nous avons écrit un manifeste pour un système de santé fondé sur la valeur. Ce document va certainement faire bouger les lignes en proposant une méthodologie opérationnelle pour aider les acteurs et les Pouvoirs publics à opérer cette transformation nécessaire pour faire progresser le système de santé.

A.-P. : Le numérique et l'intelligence artificielle prennent-ils une place importante dans votre secteur d'activité ?

L. C.-A. : Une entreprise comme la nôtre ne peut évidemment pas passer à côté du numérique, de l'IA et de la data, soit en interne dans le développement de nos produits, soit en externe avec nos clients. Le numérique questionne la manière dont nous nous adressons aux acteurs du système, qu'il s'agisse de l'information ou même des formations que nous délivrons. Il nous amène aussi à repenser la manière dont nous nous organisons par exemple pour répondre aux appels d'offres.

Nous-mêmes, nous avons aussi choisi de développer notre propre programme d'open innovation appuyée d'une plateforme collaborative : Destin'Action. Chaque salarié, qu'il soit au siège, sur le terrain ou dans nos usines, est ainsi appelé à participer à la construction du futur de l'entreprise. Cette plateforme permet de faire émerger des idées, proposer des projets pour réinventer, révolutionner ou tout simplement améliorer un point clé de l'organisation.




Ses derniers articles

Abonnez-vous à l'offre Papier + Numérique

Affiches Parisiennes Journal d'information juridique et d'annonces légales

  • ›   Pour plus de contenu, papier + web
  • ›   l’accès aux annonces légales,
  • ›   l’accès aux ventes aux enchères.
Je m'abonne

À lire également


Réagir à cet article

Message déjà envoyé Adresse e-mail non valide


Fermer
En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies et de technologies similaires par notre société ainsi que par des tiers, afin de réaliser des statistiques d'audiences et de vous proposer des services éditoriaux et la possibilité de partager des contenus sur des réseaux sociaux. En savoir plus / paramétrer