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TRANSFAIR 2021

La transmission d’entreprises : catalyseur de la sortie de crise ?

« La transmission d’entreprise est un enjeu fort en matière d’activité et d’emploi », a déclaré Alain Griset, alors ministre des PME, lors de la plénière d’ouverture du forum Transfair.
La transmission d’entreprises : catalyseur de la sortie de crise ?
© DR - Guillaume Mortelier (BpiFrance), Dominique Restino (CCI Paris), Vincent Reynier (CRCC Paris) et Laurent Benoudiz (OEC Paris Idf) ont partagé leurs conseils d'experts.

EntrepriseVie des entreprises Publié le ,

La conférence d’ouverture de la dernière édition du salon Transfair qui s’est tenue en décembre a réuni un panel varié composé d’experts conseils en la matière, mais aussi de témoins repreneurs et cédants venus partager leur retour d’expérience.

« La transmission d’entreprise est un enjeu sociétal très fort pour notre pays », a annoncé d’emblée Lionel Canesi, président du Conseil supérieur de l’Ordre des experts-comptables (CSOEC) en introduisant les débats avant de donner la parole au ministre des petites et moyennes entreprises venu soutenir l’événement.

Enjeu sociétal actuel

Ce salon revêt en effet une importance majeure pour l’exécutif qui considère la transmission comme vecteur de relance. En France, 99,9 % des entreprises sont des PME qui ont toutes été impactées par la pandémie d’une manière ou d’une autre.

Pour certaines, cette crise sanitaire sans précédent est l’occasion de renforcer leur compétitivité ou de diversifier leurs offres en ayant recours à la croissance externe. Pour d’autres, en revanche, c’est le moment de passer la main à un nouveau dirigeant pour donner un nouvel élan et assurer le rebond de leur activité dans la durée.

Toutefois, la feuille de route de ces changements majeurs n’est pas toujours évidente et il convient ainsi de s’entourer de bons conseils.

Les cessions transmissions françaises subissent une dynamique baissière du nombre de transactions de 5 à 8 %, pas forcément liée à la crise Covid car la reprise est déjà visible.

« Attention car on risque de voir des entreprises mourir faute de cession », a alerté Guillaume Mortelier, directeur exécutif en charge de l’accompagnement chez Bpifrance.

L'expert s’est pourtant dit « pas du tout alarmiste » quant aux risques de faillites avec les projections de non-remboursement des PGE. L’expert a fait un point sur la reprise économique dans laquelle « le facteur humain devient de plus en plus profond dans la faculté des entreprises de croître » et a conseillé aux repreneurs d’avoir une vision très claire du capital humain de l’entreprise acquise et de développer une stratégie d’emploi et de formation. Un conseil bien illustré par le témoignage d’Alexis Angioletti qui dirige l’entreprise informatique Smart-iT, à la fois cédant et repreneur de nombreuses boîtes « pour trouver des compétences et toujours ramener plus de services aux clients ».

Le ministre des PME plébiscite Transfair


Alors ministre délégué aux petites et moyennes entreprises, Alain Griset a ouvert la dernière édition du salon Transfairen remerciant l’ensemble des acteurs pour leur investissement au soutien de la transmission d’entreprise.

Au cœur de la dynamique économique, la cession-transmission « devient quelque chose de naturel et normal mais ne l’est pas encore partout ». Le ministre a en effet déploré qu’il « n’y a pas de préparation suffisante à la transmission d’entreprise » car il faut s’y mettre « au moins 5 ans avant, sinon plus ». Il a donc vivement salué le travail effectué par les différents acteurs du conseil aux dirigeants d’entreprise qui organisent chaque année le salon Transfair.
« On est très en retard donc il faut absolument se mobiliser », a-t-il souligné en comparant la situation française avec les conjonctures allemande et italienne, notamment leur nombre d’ETI et de transmissions familiales.
Le ministre a regretté que la pacte Dutreil ne soit pas assez utilisé par les petites entreprises et confié que Renaud Dutreil lui avait dit que s’il est souvent difficile de faire voter une loi, le plus dur reste de la faire appliquer.
« C’est effectivement une vraie révolution à Bercy qu’on puisse accompagner également les repreneurs. Tout ça n’est pas encore définitivement voté donc il faut être prudent mais je pense que le Parlement votera cette mesure », a-t-il également assuré à l’auditoire en faisant référence à l’amortissement fiscale du fonds de commerce.
Il en a enfin profité pour aborder son plan de réforme sur le statut des travailleurs indépendants. « Il faut protéger d’office ceux qui ont l’audace de se mettre à leur compte et faciliter le passage d’indépendant à société », a-t-il expliqué en ajoutant qu’il souhaitait également faire baisser les cotisations sociales de 30 % pour les indépendants, améliorer les statuts des conjoints et mettre en place l’assurance chômage.

« On n’achète pas une entreprise comme on achète une voiture en concession où l’on choisit la couleur. La plus grosse difficulté, ce n’est pas le financement, c’est de trouver des cibles », a expliqué Philippe Savajols, ancien financier devenu serial repreneur qui a racheté neuf entreprises pour créer Isospace, un groupe spécialisé dans l’aménagement des bureaux et espaces tertiaires.

Idem côté vendeur : « on ne vend pas une entreprise comme on vend un appartement », a rappelé la journaliste Christine Kerdellant qui animait les débats.

C’est donc pour soutenir et aider l’ensemble des dirigeants potentiellement repreneurs ou cédants et leurs conseillers à transformer cette crise en opportunité que les organisateurs de Transfair ont réuni des spécialistes pour partager les bonnes astuces et les écueils à éviter.

« Un des enjeux actuels est de savoir comment mettre en relation les vendeurs et les acquéreurs », a expliqué Lionel Canesi.

La fiscalité au cœur du réacteur

« À l’ordre, nous avons mis en œuvre des missions importantes pour accompagner les cédants et les repreneurs dans la relance et les faire grandir », a-t-il précisé avant d’aborder les mesures fiscales favorisant la transmission comme le Pacte Dutreil et le nouvel amortissement du fonds de commerce considéré comme « une avancée majeure » par la profession comptable qui milite pour enlever les plus-values de cession pour plus de 90 % des reprises en France.

La fiscalité de la reprise est effectivement très importante selon Laurent Benoudiz, président de l’ordre des experts-comptables de Paris Ile-de-France, car « ça va permettre de rapprocher l’acquéreur et le vendeur sur le prix ».

« Céder une entreprise ce n’est pas qu’une question de prix mais de moment et de rencontre entre le cédant et le repreneur », a confié Alexis Angioletti qui estime qu’on « passe à côté de certaines expériences si on reste bloqué sur le prix ».


© DR - Les deux entrepreneurs témoins Alexis Angioletti et Philippe Savajols ont répondu aux questions de la journaliste Christine Kerdellant.

Pour construire un plan d’actions fiable, les experts et témoins conseillent ainsi de bien anticiper et d’utiliser à bon escient les aides financières du plan de relance (PGE en tête) ainsi que les différents mécanismes fiscaux de la cession pour valoriser leur entreprise au mieux.

Ils recommandent également aux entrepreneurs de booster leur compétitivité via le restructuring, la croissance externe, et la cession partielle.

Savoir s’entourer des bons conseils

La clé de voûte de cette conférence semble toutefois se trouver dans l’anticipation et l’accompagnement par une équipe d’experts pluridisciplinaire.

« Mon expert-comptable et mon avocat me connaissent, je leur fais confiance et ils m’accompagnent depuis des années », a témoigné Alexis Angioletti.

« Chercher une entreprise à racheter est un vrai job à temps plein », a rebondi Dominique Restino, président de la CCI de Paris, qui partage tout à fait ce point de vue car a le même parcours de serial entrepreneur et met l’accent sur la relation de confiance avec ses conseils.

« Nous passons notre temps à convaincre les partenaires qu’ils soient financiers ou business, c’est donc évidemment une question de confiance et d’alchimie entre les personnes », a confirmé Philippe Savajols.

Pour trouver des entreprises à acquérir, ce dernier recommande de faire de l’approche directe via un tiers de confiance comme l’expert-comptable ou la CCI qui proposeront aux dirigeants pas forcément cédants ce qu’ils en pensent. Il considère ainsi qu’environ 5 % des entreprises sont potentiellement abordables. Un pourcentage plus élevé selon Laurent Benoudiz qui estime ce taux entre 6 et 10 % des entreprises à l’écoute du marché.

« Le rôle d’expert-comptable est assez essentiel à la fois dans la cession et la reprise », a déclaré le président de l’OEC francilien en se disant « ravi » des annonces du ministre, notamment sur l’amortissement du fonds de commerce comme seule mesure pour les repreneurs.

Vincent Reynier, président de la compagnie régionale des commissaires aux comptes de Paris, a quant à lui insisté sur l’importance du travail d’équipe réalisé bien en amont d’une cession et la sécurisation des transactions grâce aux commissaires aux comptes qui tient le rôle de tiers de confiance.

« L’expert-comptable est au cœur de la transmission tout comme l’interprofessionnalité donc il faut mettre l’entrepreneur au centre d’une équipe pluri-spécialiste », a finalement résumé Lionel Canesi.

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