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La situation des transports en Île-de-France est « préoccupante »

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La situation des transports en Île-de-France est « préoccupante »
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Lors d'une audition au Sénat, Valérie Pécresse, la présidente de la Région, est notamment revenue sur la santé financière d'Île-de-France Mobilités.

Jean-François Longeot, président de la commission de l'aménagement du territoire et du développement durable de la chambre basse, a récemment invité la présidente de la Région à donner son point de vue sur les « enjeux essentiels » auxquels doit faire face le territoire francilien. C'est d'abord la question des mobilités et de leur financement dans cette période de crise qui a occupé les débats.

« Les transports publics, c'est beaucoup plus que des transports et singulièrement dans une métropole, c'est vraiment une question de qualité de vie, de développement économique, c'est aussi une question écologique prioritaire », a lancé Valérie Pécresse, précisant que la situation était aujourd'hui préoccupante ; la crise sanitaire ayant remis complètement en cause le modèle économique du secteur.

Chargé de l'exploitation de tous les transports, à l'exclusion des routes, Île-de-France Mobilités dispose d'un budget de 10,8 milliards d'euros. Mais « le syndicat a fait l'objet d'un sous-investissement chronique durant des décennies, ce que nous nous efforçons de compenser la main dans la main avec l'État. Cela se traduit pour nous par une offre nouvelle, avec la prolongation des lignes, le renouvellement des rames… et pour l'État, par le projet du Grand Paris Express et le contrat de plan État-Région, lui-même soutenu par le bloc local, c'est-à-dire les départements et la Ville de Paris ».

Ce budget est aujourd'hui « en crise », selon la présidente de la Région. En effet, les mesures sanitaires ont fait massivement augmenter le recours au télétravail et les usagers se sont détournés des transports publics par peur de tomber malades. Mais ce n'est pas tout. La crise sanitaire a provoqué, cette année, la disparition de quelque 40 millions de touristes en Île-de-France. En fait, 80 % ne sont pas venus. Le syndicat a ainsi accusé quelque 2,6 milliards d'euros de pertes, soit 25 % des recettes et du financement du système, en raison des baisses conjuguées des recettes voyageurs et du versement mobilité.

« Ce chiffre est conforme aux prévisions de toutes les grandes autorités organisatrices de France et du monde, qui estimaient perdre entre 25 % et 30 % de leurs recettes », a expliqué Valérie Pécresse, précisant que le trafic s'établissait à moins de 50 % du flux habituel et qu'il était tombé à quelque 10 % durant le confinement.

Pour faire face, la Région s'est accordée avec l'État sur un plan de renflouement de 2,6 milliards d'euros. Cette subvention directe sur les pertes de recettes du versement mobilité (cotisations des entreprises) et sur les pertes de recettes voyageur a pris la forme d'une avance remboursable. « Nous avons pour objectif de renouveler intégralement le matériel roulant d'ici 2032, les RER B ainsi que toutes les rames de métro (ferrées et roues) et tous les autres RER, d'ici 2032. D'ici fin 2021 c'est déjà 700 rames neuves ou rénovées qui auront été livrées sur le Trancilien, le métro et le RER », a annoncé la présidente de la Région, expliquant vouloir maintenir ce plan malgré les circonstances. « Si nous voulons faire de la transition écologique, de la qualité de l'air, un enjeu majeur, nous devons développer un réseau totalement décarboné, fiable, vidéo protégé et confortable, c'est-à-dire qui corresponde à l'image que l'on veut donner de la capitale de la France », a-t-elle assuré.

Les quelque 1,6 milliard d'euros seront progressivement remboursés à l'État à partir de 2023. « Mais le remboursement débutera réellement en 2028, lorsque nous aurons fini tout le matériel roulant neuf pour le RER B, les métros et le Grand Paris Express, que nous allons opérer lorsqu'il sera terminé ».

Toutefois, la Région avait escompté que 2021 serait synonyme de retour à la normale, ce qui n'est pas le cas actuellement. C'est pourquoi un budget en déficit d'un milliard d'euros a été voté (mais inscrivant, en réalité, un plan de renflouement de l'Etat d'un milliard d'euros), avec une clause de revoyure programmée pour l'été, ce qui permettra de faire le point avec l'Etat sur la situation sanitaire et donc sur les suites à donner au plan de renflouement.
« Certains de nos voisins, comme l'Allemagne et la Grande-Bretagne, ont déjà lancé leur deuxième plan de renflouement. Nous préférons attendre l'été, lorsque les élections seront passées, pour faire les choses dans la sérénité », a poursuivi Valérie Pécresse, expliquant que le retour à la normale n'était pas du tout pour cette année. Ainsi, un reconfinement très serré mettrait à mal les sommes prévues actuellement.

La gratuité des transports

Interrogée ensuite sur la possibilité de rendre les transports gratuits, Valérie Pécresse a indiqué ne pas trouver cette idée très viable. Les “recettes voyageurs“ représentent en effet quelque 4 milliards d'euros, dont une partie est prise en charge par les entreprises, au titre du remboursement employeur. Aussi, doubler ce versement, déjà jugé élevé par les entreprises (il représente quelque 3 % de la masse salariale en Île-de-France), serait inapproprié, selon la présidente de la Région. « Je ne vois pas de mode de financement crédible à ce stade, la gratuité dans une région touristique créerait un effet d'aubaine pour les touristes, dont le transport serait financé par les Français », a-t-elle estimé, précisant qu'une étude avait par ailleurs montré que seuls 2 % des automobilistes seraient prêts à prendre ces transports s'ils étaient gratuits.

Également questionnée sur la pollution, Valérie Pecresse a défendu la mise en place d'une écotaxe sur les poids lourds (appelée aujourd'hui contribution). « J'y ai toujours été favorable, si nous voulons retrouver notre compétitivité et relocaliser notre production, il faut que le bilan carbone des produits qui arrivent vers nous soit compris dans le prix », a-t-elle indiqué.

L'enjeu sécuritaire

Jean-François Longeot a également souhaité interroger Valérie Pécresse sur les enjeux de sécurité en matière de transport ; certaines dispositions de la loi Sécurité globale concernant directement le secteur. « C'est en effet un enjeu très fort dans le transport en commun. Il y a un ressenti d'accroissement de l'insécurité », a expliqué Valérie Pécresse. En effet, si les vols et les vols avec violence touchaient les touristes, ce sont aujourd'hui les usagers du quotidien qui en sont victimes.

Aussi, la Région a fait le choix de mailler la totalité du réseau en vidéoprotection et de recruter 1 000 agents supplémentaires sur les réseaux RATP, SNCF et Optile. Outre ces recrutements de personnes sous statut, le syndicat fait appel à des médiateurs, de la sécurité privée et des équipes cynophiles pour lever plus rapidement le doute en cas d'abandon d'un colis suspect. Aussi, le numéro d'urgence 3117 de la SNCF, dédié à la lutte contre le harcèlement, a été étendu sur le réseau RATP.

En matière de prévention contre le risque terroriste, Île-de-France Mobilités finance à hauteur de 8 millions d'euros la préfecture de police pour la mise en place d'un centre régional de coordination opérationnelle de la sécurité. « Ce centre unique comprenant la SNCF, la RATP, la police et la gendarmerie couvrira toute l'Île-de-France », a indiqué Valérie Pécresse, précisant également qu'un partenariat innovant avec la Gendarmerie nationale visait à placer 1 000 patrouilles de réservistes dans les bus de la grande couronne.

« J'ai souhaité que les forces de sécurité dans les transports puissent être équipées de “caméras piéton” pour apaiser les relations avec la population, mais aussi leur donner des preuves lorsqu'elles sont agressées et que les dossiers sont uniquement à charge », a-t-elle également précisé. L'élue a aussi défendu la nécessité d'assermenter les agents de sécurité qui patrouillent dans les transports, pour leur permettre d'évincer les voyageurs fautifs en cas de trouble manifeste à l'ordre public (ils doivent actuellement obtenir de l'aide de la part des policiers ou des gendarmes).

Par ailleurs, Valérie Pécresse plaide pour élargir l'interdiction de paraître prononcée contre les pickpockets et autres dealers à l'ensemble du réseau de transports, cette dernière se limitant actuellement à une seule ligne de transport. « Une seule personne peut commettre des milliers d'actes par an et interdire ligne par ligne ne fait que reporter le problème ailleurs », a-t-elle souligné, précisant que les interdictions de paraître avaient notamment permis de pacifier complètement les matchs de foot.

La présidente de la Région envisage également d'expérimenter les pré-plaintes pour les femmes victimes de violences, qui n'ont pas le temps de se rendre au commissariat avant que les images de leur agression ne soient supprimées. Enfin, la Région souhaiterait voir assouplies les règles de traitement des images de vidéosurveillance par l'intelligence artificielle, la Cnil ayant mis fin aux dernières expérimentations de la collectivité (pour savoir à quels endroits les masques faisaient défaut), alors même que la reconnaissance biométrique n'était pas appliquée.




Quentin CLAUZON
Journaliste

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