Fermer la publicité
Journal d'information juridique et d'annonces légales

La sécurité publique et privée se réinvente

le - - Droit - Actualité du droit

La sécurité publique et privée se réinvente
@ DR - Le renforcement de la la qualité de la coproduction de sécurité entre les forces publiques et privées a été débattu au salon Préventica.

Cybersécurité, contrôle d'accès, système d'alerte, management des risques et sécurisation des sites sensibles, gestion de crise... la sécurité n'est plus l'apanage de la puissance publique. Les problématiques liées à l'intervention croissante des sociétés privées dans la sécurité font régulièrement la Une de l'actualité. Un débat et des solutions innovantes ont été présentés sur le grand salon Préventica, tenu à Paris du fin mai dernier.

De nombreux élus ont fait le déplacement pour visiter le salon ou participer à des ateliers et des conférences. L'ex-patron du Raid, le député Jean-Michel Fauvergue, a marqué l'ouverture du salon avec une conférence inédite sur les évolutions du continuum de sécurité depuis la parution de son rapport le 11 septembre dernier (lire encadré ci-dessous).

Dans ce rapport, les députés préconisent plusieurs mesures visant à renforcer la qualité de la coproduction de sécurité, dans le cadre du "continuum de sécurité" entre les forces de sécurité d'État (Police et Gendarmerie nationales), la police municipale et les sociétés de sécurité privée. Un thème longuement débattu lors de la conférence inaugurale de la nouvelle branche du salon Préventica intitulée “Sécurité et sûreté des organisations”.

Quand l'actualité appelle le changement

« La sécurité publique et privée connaît une période cruciale », a lancé Patrick Haas, directeur des publications du magazine En toute sécurité, animateur du débat entre Philip Alloncle, délégué ministériel aux coopérations de sécurité, le préfet Roger Marion, président du salon Préventica, et Guillaume Farde, maître de conférences en économie de la sécurité à Sciences Po Paris.

La première partie des débats est revenue sur le rapport Fauvergue – Thourot « qui va changer durablement la profession », tandis que la seconde partie a abordé le maintien de l'ordre pendant la période des Gilets jaunes, « une actualité très lourde pour le ministère de l'Intérieur », a souligné Patrick Haas.

« Il y a incontestablement une augmentation des faits de délinquance », selon le préfet Roger Marion qui vise le mouvement des Gilets jaunes.

En effet, cette année ce mouvement social sans précédent a bousculé le secteur de la sécurité et fait ressortir ses faiblesses. Même si ce secteur est aidé par beaucoup de nouvelles technologies (voir encadré) et des changements profonds sur le plan institutionnel, il reste en proie à des problèmes organisationnels majeurs. Sans parler des menaces grandissantes qui planent sur notre société : terrorisme, cybercriminalité, délinquance classique…

Si plus de 430 000 personnels sont mobilisés pour assurer des fonctions de sécurité en France, leurs actions ne sont pas toujours bien coordonnées. Pourtant, chaque jour, près de 250 000 personnels composant les forces de sécurité de l'État agissent pour sécuriser les Français et le territoire national. Qu'ils soient policiers ou gendarmes nationaux, ils ont tous à cœur de remplir leurs missions de protection et de lutte contre la menace terroriste qui demeure une réalité à laquelle ils sont confrontés en permanence. Près de 21 500 policiers municipaux et plus de 165 000 agents privés de sécurité ont rejoint le secteur.

« La complémentarité est absolument indispensable eu égard au fait que les effectifs des forces de sécurité de l'Etat se révèlent insuffisants et qu'il y a une demande de sécurité grandissante de la part des concitoyens », selon Roger Marion, le président du salon.

La coopération est prônée par le rapport Fauvergue. « L'actualité tourne autour de ce rapport depuis quelques mois même si le continuum existe depuis un certain nombre d'années », a expliqué le délégué ministériel aux coopérations de sécurité en prenant les exemples de la sûreté aéroportuaire et du transport de fonds. D'ailleurs, le ministère de l'Intérieur développe depuis plusieurs mois des partenariats avec différents secteurs comme la surveillance humaine, les centres commerciaux ou les bijouteries.

Besoin d'un nouveau cadre

« La coopération public-privé s'inscrit dans une histoire forte d'implication de l'Etat qui a admis à la fin des années 1990 que d'autres que lui pouvaient être impliqués », a rappelé Guillaume Farde, maître de conférences en économie de la sécurité.

Avant de devenir collaboratif, le regard qu'a porté l'Etat sur la sécurité privée était d'abord coercitif. à l'origine, il visait à corriger des comportements déviants, avec des lois de régularisation et de contrôle, et la naissance du Conseil national des activités privées de sécurité (CNASP) en 2011. Pourtant, il y a très peu de contrôleurs (seulement 218) pour plus de 200 000 entités de sécurité privée et 6 milliards d'euros de chiffre d'affaires annuel. Il y a surtout un manque de collaboration entre les différents acteurs.

L'Etat doit donc mener un exercice prospectif de redéfinition. Il s'agit d'une discussion de modalité car aujourd'hui « c'est quasi consensuel que les acteurs privés ont leur place » mais ce qui fait débat ce sont les missions que l'Etat doit ou pas leur confier.

« Un diagnostic doit être fait et l'Etat souhaite responsabilité les donneurs d'ordres », a expliqué Philip Alloncle, délégué ministériel aux coopérations de sécurité.

« Ce travail de base n'a pour le moment pas encore été fait », pour le professeur qui ne voit « pas de cap stratégique ni de prospective » dans le rapport Fauvergue. Pourtant, « les 78 propositions ouvrent beaucoup de pistes », selon Philip Alloncle, notamment sur le besoin d'encadrement, la nécessité de formation continue, la création d'une véritable filière avec des évolutions de carrières, la signature de conventions de coordinations, de protocole d'échanges d'informations dans la surveillance humaine comme dans la surveillance électronique…

« Le rapport Fauvergue n'est pas enterré, loin de là et nous avons bon espoir qu'il devienne la base de la sécurité globale », a rassuré Philip Alloncle. Pourtant, près d'un an s'est écoulé sans aucun changement ni d'avancé sur ce thème. « Christophe Castaner a dit en décembre dernier que la période de concertation serait large », a souligné Patrick Haas concernant la réforme du secteur envisagée par le rapport Fauvergue. Il semblerait donc que l'exécutif soit en plein travail de réflexion et d'échanges avec les acteurs concernés.

« Le point absolument essentiel du débat est qu'on ne sait pas encore clairement quelles sont les missions qu'on veut donner à la sécurité privée, ce qui déterminera son niveau d'équipement et de formation », selon le professeur Farde qui rappelle que « l'Etat devrait se mêler davantage des organismes qui délivrent les formations et les agréments ».

« Aujourd'hui, le problème majeur est de savoir si on souhaite avoir des policiers municipaux et des agents de sécurité privée armés », a expliqué Roger Marion en abordant le problème de la proportionnalité de la réponse face à l'attaque. Un constat majeur sur lequel tous les intervenants s'accordent, tout comme le fait qu'il faille limiter au maximum la sous-traitance en matière de missions de sécurité.

Rapport Fauvergue – Thourot : la sécurité du futur

Telepilote, spécialisée dans le pilotage de drones civils, a passionné les foules. Cette école de formation a déjà formé plus de 800 stagiaires depuis 2014 à la préparation au Certificat d'Aptitude Théorique Telepilote conformément aux exigences de la Direction Générale de l'Aviation Civile et à la formation pratique de pilote de drone professionnel. © D.R.

Remis au Premier ministre en septembre dernier par deux députés - l'avocate Alice Thourot et l'ex-patron du Raid Jean-Michel Fauvergue - intitulé “D'un continuum de sécurité vers une sécurité globale”, ce rapport dresse l'état des lieux des forces de sécurité en présence et propose des axes d'amélioration.

La mission parlementaire souhaite « bâtir une filière complète et intégrée des métiers de la sécurité, de la classe de 3e aux études universitaires supérieures, et favoriser les passerelles entre les différents acteurs de la sécurité ». Sur le terrain, toutes les forces, qu'elles soient publiques ou privées, devront échanger et coopérer pour garantir la « sécurité globale » du territoire.

Selon ce rapport, trente ans après le début de leur montée en puissance, les polices municipales sont désormais des acteurs reconnus et appréciés mais sont encore trop diverses en fonction des communes. Il faut donc mieux les encadrer et les professionnaliser en créant une école nationale des polices municipales.

Encore plus pressant, beaucoup reste à faire concernant l'univers de la sécurité privée qui mérite d'être aussi mieux contrôlé et à qui l'Etat doit « donner les moyens de la confiance et de l'ambition ».

Le Premier ministre a salué l'important travail produit par les deux parlementaires, résultat de plus de deux cents auditions et de multiples déplacements sur le terrain.




Anne MOREAUX
Journaliste

Ses derniers articles

Abonnez-vous à l'offre Papier + Numérique

Affiches Parisiennes Journal d'information juridique et d'annonces légales

  • ›   Pour plus de contenu, papier + web
  • ›   l’accès aux annonces légales,
  • ›   l’accès aux ventes aux enchères.
Je m'abonne

À lire également


Réagir à cet article

Message déjà envoyé Adresse e-mail non valide


Fermer
En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies et de technologies similaires par notre société ainsi que par des tiers, afin de réaliser des statistiques d'audiences et de vous proposer des services éditoriaux et la possibilité de partager des contenus sur des réseaux sociaux. En savoir plus / paramétrer