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La santé financière des entreprises diagnostiquée par les CAC

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La santé financière des entreprises diagnostiquée par les CAC
© Christophe Lebedinsky

Afin de faciliter la reprise en toute transparence, les informations comptables des entreprises françaises doivent nécessairement faire mention de la crise actuelle. Au chevet des dirigeants, les commissaires aux comptes, en tant que garants de la sécurité financière, ont un rôle de conseil de premier plan. Olivier Salustro, président de la Compagnie régionale des commissaires aux comptes (CRCC) de Paris, explique les actions à mener dans cette conjoncture incertaine.

Affiches Parisiennes : Comment est traitée la crise du Covid-19 dans la clôture des comptes de 2019 ?

Olivier Salustro : Remarque liminaire : ce n'est pas nous commissaires aux comptes qui établissons les comptes mais bien les entreprises elles-mêmes. En revanche, nous veillons effectivement, pour les entreprises qui ont arrêté leurs comptes au 31 décembre 2019 après le 11 mars dernier, date de déclaration de la pandémie par l'OMS (fait générateur), que dans les annexes figurent des informations liées aux effets de l'épidémie de Covid sur l'activité. Finalement, les effets de la pandémie ne figurent pas spécifiquement dans les comptes clos pour l'exercice de 2019, mais seulement en annexe, puisqu'il s'agit de ce qu'on qualifie d'un événement post-clôture. Par contre, les comptes établis à compter du 1er janvier 2020 doivent eux intégrer les effets du Covid-19 ainsi que leur annexe bien sûr.

A.P. : Quelles sont les informations à communiquer dans l'annexe des comptes annuels ?

O.S. : Les entreprises doivent effectivement informer les lecteurs des états financiers des effets éventuels du Covid sur leurs comptes 2019 en indiquant en annexe ce qu'ils seraient et ce qu'elles estiment. Il faut qu'elles communiquent, par exemple, sur leur perte de chiffre d'affaires, la perte de valeur de certains actifs, l'impact sur leur trésorerie, leur masse salariale et surtout à propos de la continuité d'exploitation.

A.P. : S'agit-il d'une obligation légale ?

O.S. : Ce n'est pas vraiment une obligation mais ça a été recommandé à la fois par l'Autorité des normes comptables, par notre compagnie nationale qui a publié toute une série de foire aux questions, ainsi que par le Conseil supérieur de l'Ordre des experts-comptables. Aujourd'hui, les entreprises françaises se sont mises au diapason en suivant ses recommandations.

A.P. : Qu'en est-il si les entreprises n'arrivent pas à chiffrer ces informations ?

O.S. : Plus les entreprises ont établi leurs comptes tôt après le 11 mars, moins elles avaient d'indication précise sur les effets du Covid. Beaucoup ont donc simplement produit une information indiquant qu'elles n'étaient pas en mesure de chiffrer les effets de la pandémie. Evidemment, plus on se rapproche de ce qu'on peut penser être une sortie de crise, ou en tous les cas plus on avance dans le temps, plus elles doivent avoir des éléments précis à partager.

A.P. : Bénéficiez-vous d'assouplissements réglementaires ou d'octroi de délai supplémentaire pour clôturer les comptes ?

O.S. : Nous restons soumis aux mêmes contraintes que d'habitude. Mais comme les délais de publication des comptes ont été repoussés de 3 mois pour les entreprises, nos travaux s'ajustent sur l'allongement de ces délais. Nous ne bénéficions de rien en particulier et nous sommes tout aussi rigoureux et regardants qu'avant crise ; nous ne pouvons d'ailleurs pas assouplir nos conclusions. Nous avons simplement une latitude plus grande pour opérer la « phase zéro » de la procédure d'alerte pour les organisations en difficulté.

A.P. : Quelles sont les actions spécifiques liées à la crise, menées par la CRCC ?

O.S. : Si les commissaires aux comptes n'ont pas le droit de faire du conseil stricto sensu, ils ont la faculté de formuler un certain nombre de recommandations aux entreprises, surtout en cette période de crise. Pour les aider à jouer ce rôle, la CRCC a relayé très précisément toutes les recommandations récemment publiées par les institutions. Notre site internet s'est transformé et relaie tout ce qu'il faut savoir concernant le Covid-19. Nous avons aussi organisé des webinaires à destination de nos confrères, pour leur expliquer comment procéder pour accompagner leurs clients. Le but étant de savoir quelles mesures doivent être prises précisément pour intégrer les effets de la crise aux annexes de comptes annuels, aux rapport de gestion, déterminer quel type de communication les entreprises doivent faire au moment de leur assemblée générale, etc. En plus, tous les mardis nous faisons une séance de questions réponses téléphoniques, qui fonctionne à fond en ce moment, et nous répondons à tous les mails adressés par les confrères. Ce qui est également intéressant est que dans notre commission juridique siège un président de chambre au tribunal de commerce de Paris, Christian Tessiot, qui apporte immédiatement certaines réponses sur les procédures collectives.

A.P. : Quelles sont les mesures à prendre en cas d'incertitude significative sur la continuité d'exploitation ?

O.S. : Dans ce cas, on entre en procédure d'alerte qui comprend plusieurs phases. Une première phase d'information du CAC au dirigeant puis à la gouvernance de l'entreprise avant la convocation de l'Assemblée Générale et l'information du président du Tribunal de commerce. Nous adoptons depuis le début du confinement une démarche proactive en engageant un dialogue informel systématique avec les chefs d'entreprise, c'est ce qu'on appelle la « phase zéro », qui est informative. On peut dire que 90 % de nos clients en ont fait l'objet. Nous les avons interrogés sur leur capacité à gérer la crise et surmonter leur problème de trésorerie grâce à la mise en œuvre des dispositifs gouvernementaux exceptionnels : PGE, décalage des charges sociales, négociation de découvert bancaire, travail partiel, accélération de la perception de crédits d'impôt, notamment le CIR… Si malgré ces mesures la continuité d'exploitation est définitivement compromise, nous enclenchons alors les phases suivantes de la procédure d'alerte, mais en faisant extrêmement attention à ce que ces dispositifs trouvent leur plein emploi.

A.P. : L'octroi de nombreux PGE ne risque-t-il pas de fragiliser les entreprises dans quelques mois si la reprise n'est pas aussi bonne que prévue ? Ne craignez-vous pas l'effet boomerang ?

O.S. : Effectivement, le PGE reste un palliatif provisoire et il devra évidemment être remboursé un jour ou l'autre. S'il n'y a pas de reprise vigoureuse, ou pire une rechute et un reconfinement, et qu'on immobilise à nouveau l'économie, alors ce sera un « collapse » total. Là on est encore dans une période où l'on vient d'injecter de la morphine aux patients et, la douleur s'est provisoirement estompée, mais on ne se rend pas encore bien compte des effets précis du Covid sur notre économie. Après l'été nous pourrons réellement mesurer ses ravages.

A.P. : Les CAC ont-ils vécu cette période sereinement ou au contraire dans le stress ?

O.S. : Je ne crois pas que les commissaires aux comptes aient été pris d'un vent de panique, parce que très rapidement nous avons communiqué très précisément sur tout ce qu'il fallait faire. Alors il y a peut-être eu un peu d'attentisme au départ, puisqu'on attendait de savoir comment le Gouvernement allait opérer, mais à partir du moment où les ordonnances ont été publiées, nos institutions ont pris le taureau par les cornes très, très vite. En revanche, comme les experts-comptables, les CAC sont montés au front très rapidement, pour utiliser ce vocabulaire guerrier que je désapprouve par ailleurs, et se sont retrouvés intensément engagés.

A.P. : Pensez-vous que cette crise va modifier les informations que vous mettez dans vos rapports d'audit et celles qui sont diffusées aux actionnaires et même au public ?

O.S. : J'estime que ça ne va pas forcément avoir d'impact direct sur nos rapports et certifications, mais ça en aura un sur la manière dont les entreprises vont communiquer, notamment sur leurs prévisions et la manière dont elles les élaborent. Et ce qui va être important pour nous, c'est de juger de la pertinence et de la cohérence de cette communication, sans qu'on soit d'ailleurs capables de certifier les éléments prévisionnels.




Anne MOREAUX
Journaliste

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