Fermer la publicité
Journal d'information juridique et d'annonces légales

La REF : transition écologique et sociale du Medef ?

le - - Entreprise - Vie des entreprises

La REF : transition écologique  et sociale du Medef ?
@ DR - Un accueil estival et détendu de Geoffroy Roux de Bézieux, président du Medef, prônant une nouvelle forme de capitalisme lors de ce format inédit des Universités d'été du principal syndicat patronal français.

«Nous avons la conviction que les entrepreneurs réussiront à réinventer le modèle de l'économie de marché», a déclaré Geoffroy Roux de Bézieux, président du Medef. Intitulée “No(s) futur(s) Climat, inégalités, conflits… quel capitalisme demain ?”, la grand-messe du Medef a agité la foule en faisant le pari de la transformation vers un néolibéralisme humanitaire. Quittant Jouy-en-Josas pour l'Hippodrome de Longchamp, la célèbre université d'été du syndicat patronal a changé de format, de nom, de style et de ton pour sa 21e édition.

Cette année, le Medef a choisi de développer un nouveau format pour son Université d'été, qui change de nom pour l'occasion et devient « La REF » : La Rencontre des Entrepreneurs de France.

Plus de 7 500 personnes ont répondu présent au rendez-vous qui a réuni 95 intervenants français et internationaux (dont une première dame, une chef d'État et un ancien chef d'État, 12 ministres, 25 chefs d'entreprise et 35 membres de la société civile) autour de 27 débats et monopolisé les réseaux sociaux sur deux journées estivales.

Beau succès pour cet événement qui a mis en avant une nouvelle forme de libéralisme, davantage sociétal et environnemental, qualifié d'« altercapitalisme » par l'écrivain Frédéric Beigbeder, intervenu le premier jour de ces rencontres.

Ces dernières se sont achevées sur un acte politique fort : la signature du French Business Climate Pledge par 101 entreprises, salué par Elisabeth Borne, ministre de la Transition écologique et solidaire. Un engagement considérable de 100 milliards d'euros d'investissements pour réaffirmer la nécessité de changer collectivement de cap en accélérant l'innovation et la R&D dans des solutions bas carbone ou des technologies de rupture écologiques.

Opération séduction

Le discours engagé de la nouvelle tête du patronat français – exprimant sa volonté farouche de construire le monde de demain de façon plus responsable – a frappé les esprits. En pleine opération séduction de nouveaux adhérents, Geoffroy Roux de Bézieux a ouvert la REF par un accueil estival décontracté, mais déterminé à faire passer un message fort.

« L'idée libérale est remise en cause partout. Nous ne pouvons ignorer cet état de fait et devons nous remettre en question. Nous allons débattre de tout durant ces 2 jours, sans tabou », a-t-il annoncé fièrement.

Un ton radicalement différent de celui de son prédécesseur Pierre Gattaz. Sans parler du style, bien à lui, de ce cinquantenaire fringuant ancien commando de la marine, rugbyman et trailer à ses heures. Quittant la rigueur du costume-cravate, c'est en chemise blanche retroussée aux manches, que le patron des patrons s'est adressé à l'assemblée.


En clôture de la REF, 101 entreprises - représentant 1 650 milliards d'euros de chiffre d'affaires et 6 millions d'emplois au plan mondial - ont signé le French Business Climate Pledge pour s'investir dans la protection de l'environnement.

Fiscalité, conjoncture, dette, international, concurrence, retraite, chômage… il a abordé tous les sujets calmement avant d'arriver au cœur du problème selon lui : l'immobilité sociale.

« En France, il faut six générations pour qu'un fils d'ouvrier change de catégorie sociale. Le véritable scandale français ce n'est pas que certains gagnent beaucoup d'argent grâce à leur talent, mais c'est que tous ne puissent pas en avoir l'opportunité », dénonce Geoffroy Roux de Bézieux.

Le président du Medef s'engage donc officiellement dans une bataille pour rétablir l'ascenseur social et réduire les inégalités. Très ambitieux, il s'attèle aussi aux thèmes internationaux de la protection de l'environnement et de la paix.

« Nous avons la conviction que les entrepreneurs réussiront, comme à chaque fois à retrouver un futur, à réinventer le modèle de l'économie de marché. La conviction que les solutions sont dans nos mains et dans nos cerveaux d'entrepreneurs ». Une prise de conscience salutaire sur les limites d'un demi-siècle de néolibéralisme parfois dévastateur.

Discours pro-européens

Chacun à leur façon, les différents intervenants ont rappelé les nombreux atouts de l'Union européenne (UE) qui représente 450 millions de consommateurs, le marché le plus riche de la planète, des gens éduqués, une force de travail inégalée, une richesse culturelle...

« Je n'arrive pas à comprendre pourquoi l'Europe se croit faible alors qu'elle est forte », a lancé Bruno Le Maire, ministre de l'Economie et des Finances, dans son discours.

Si le ministre souhaite que l'UE puisse « apporter de nouvelles réponses fortes à cette nouvelle réalité économique mondiale », il demande toutefois aux Etats membres de fournir davantage d'investissements sur l'innovation, l'IA et le financement des services publics.

Même des non-européens ont participé à cet éloge. Un représentant britannique a fait une intervention sur le Brexit et les liens que le Royaume-Uni continuera d'entretenir avec l'Europe et la France. La présidente géorgienne Salomé Zourabichvili a donné un discours pro-européen inspiré dans un français parfait. « Nous continuons à avancer en Géorgie avec plus d'Europe et en s'intégrant dans différentes politiques. La Géorgie est libérale et démocrate », a-t-elle déclaré dans un message fort tourné vers l'Europe et contre la Russie, sa voisine avec qui elle était encore en guerre il y a seulement dix ans.

Le vice Premier ministre irlandais Simon Coveney s'est d'ailleurs dit très enthousiaste à l'arrivée de nouveaux membres dans l'UE comme la Géorgie, en particulier avec le départ du Royaume-Uni qu'il regrette mais respecte, et les soucis frontaliers avec l'Irlande du Nord.

La Géorgie est « un petit pays de 5 millions d'habitants à la singularité particulière », explique sa présidente citant sa stabilité démocratique, sa modernité, sa mixité et sa tolérance, sa résilience aux guerres et agressions, ses nombreux accords de libre-échange avec des grandes puissances comme la Chine et l'Inde... « Nous sommes la petite Suisse du Caucase : un îlot de stabilité dans une vaste région turbulente », plaisante Salomé Zourabichvili.

« Je rappelle que l'histoire de l'Europe est faite de rêves devenus réalité. L'Europe n'est rien si elle ne rêve pas et la Géorgie partage ce rêve », a-t-elle déclaré avant de conclure sur un célèbre poème géorgien.

Dans les gradins, les grands patrons acquiescent et se confortent sur les opportunités de s'imposer sur le marché mondial.

Néolibéralisme humanitaire et innovant

La prise de conscience du Medef et le nouveau diagnostic qu'il a posé sur la conjoncture pendant ces deux journées de débats ont été salués par les différents membres du Gouvernement ayant pris part aux échanges.

Le discours de Bruno Le Maire, ministre de l'Economie et des Finances, se réjouissant que le patronat « prône un nouveau capitalisme fondé sur la justice, l'équité et la préservation des ressources de la planète », a comblé l'auditoire.

Pour le Gouvernement, il est en effet primordial de conjuguer compétitivité et lutte contre le réchauffement climatique. Le ministre est venu confiant, ravi de présenter le bilan de ces promesses tenues aux dirigeants d'entreprise en début de mandat. « Le chômage est au plus bas depuis 2009. Vous avez créé 500 000 emplois depuis 2017. Pour la première fois depuis 15 ans, nous créons des emplois industriels : 30 000 en deux ans. L'investissement des entreprises est dynamique et la France est désormais le pays le plus attractif de la zone euro. »

Peter Altmaier, ministre allemand de l'Economie et de l'Energie, s'est d'ailleurs dit « très impressionné » des réformes mises en place par le Gouvernement français depuis deux ans, et notamment des lois portées par le ministre de l'économie comme Pacte et son renouveau de la raison d'être des entreprises.

« Pensez grand, pensez moderne, c'est comme ça que nous réussirons au XXIe siècle! », s'est exclamé Bruno Le Maire en conseillant aux dirigeants de PME de rattraper leur retard en matière de numérique, de robotisation et d'investissement dans l'innovation.

« Vous avez aussi, comme entrepreneurs, une responsabilité considérable dans cette politique de l'innovation. »

« Nous devons faire mieux sur notre compétitivité industrielle », a-t-il souligné en citant les taux de chute considérable du secteur, en parlant de « défaite collective et trahison de notre culture industrielle nationale ».

Sans surprise, le ministre a aussi abordé le thème du développement durable.

« Notre politique économique doit tenir compte de notre environnement pour une raison simple : la destruction de la planète ne peut pas être le prix de la croissance des nations », a-t-il déclaré solennellement, saluant le Medef d'avoir placé la REF sous le signe du changement vers la protection environnementale.

Ainsi, il a rappelé la nécessité de fixer « des règles claires, le respect des engagements internationaux et la réciprocité entre les nations » et soutenu la position du président Macron quant à la situation brésilienne.

Enfin, il a mis l'accent sur la justice et la valeur du travail. « Gagner 350 fois plus que son salarié le moins bien payé est un temps révolu », a lancé le ministre à l'intention des grands patrons n'ayant pas hésité à applaudir.

Finalement, le message qui ressort de cet événement marquant la rentrée économique et politique française est que le Medef et le Gouvernement sont prêts à travailler ensemble à la mise en place de ce nouveau capitalisme et ont la conviction que la France ne manque pas d'atouts pour réussir.




Anne MOREAUX
Journaliste

Ses derniers articles

Abonnez-vous à l'offre Papier + Numérique

Affiches Parisiennes Journal d'information juridique et d'annonces légales

  • ›   Pour plus de contenu, papier + web
  • ›   l’accès aux annonces légales,
  • ›   l’accès aux ventes aux enchères.
Je m'abonne

À lire également


Réagir à cet article

Message déjà envoyé Adresse e-mail non valide


Fermer
En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies et de technologies similaires par notre société ainsi que par des tiers, afin de réaliser des statistiques d'audiences et de vous proposer des services éditoriaux et la possibilité de partager des contenus sur des réseaux sociaux. En savoir plus / paramétrer