AccueilEntrepriseChiffreLa profession comptable veut assumer sa place au cœur de la société

La profession comptable veut assumer sa place au cœur de la société

La plénière d’ouverture du 77e congrès du CNOEC a accueilli Olivia Grégoire, ministre déléguée chargée des Petites et Moyennes entreprises, du Commerce, de l'Artisanat et du Tourisme, alors que la profession souhaite s’engager dans la société.
La plénière d'ouverture du 77e congrès du CNOEC a réuni 4000 personnes.
© AP - La plénière d'ouverture du 77e congrès du CNOEC a réuni 4000 personnes.

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Le CNOEC a poussé les murs. Pour cette 77e édition du congrès, qui se voulait « engagé, solidaire, et hybride », près de 6500 – dont 650 en ligne – professionnels de tout l’Hexagone se sont retrouvés dans un nouveau lieu, à Paris Expo Porte de Versailles, sur un plateau de 26 000 m2. Près de 270 exposants ont également fait le déplacement, dont 80 pour la première fois.

La plénière d’ouverture n’a pas échappé à cette règle des superlatifs, près de 4 000 personnes ayant été recensées dans le public du plateau TV aménagé pour l’occasion. C’est dire si la profession souhaitait se retrouver et a été séduite par le thème choisi par le CNOEC, à savoir “l’expert-comptable au cœur de la société“, après un congrès 2021 dédié au thème de “l’expert-comptable au cœur de la relance“.

Les professionnels du chiffre ont en effet à cœur « d’affirmer haut et fort » qu’ils sont légitimes pour s’exprimer sur les sujets sociaux, sociétaux et environnementaux, et au-delà, être acteurs en la matière. C’est d’ailleurs tout l’objet du “grand procès“, la surprise de cette plénière réservée aux congressistes, qui a lancé cet événement.

Le “grand procès” de la porte de Versailles

La voix off introduisant cette mise en scène, le public a été informé que la profession, représentée par Lionel Canesi, devait comparaître pour des « manquements, des allégations et des faits passibles de peines susceptibles d’entacher durablement leur réputation », selon la voix off, faisant office de procureur.

Le CNOEC a en effet récemment affirmé dans les médias que la profession était non seulement un acteur central de l’économie, mais, qu’au-delà des prérogatives comptables que lui accorde la loi, elle avait toute légitimité à s’exprimer sur les sujets extra-financiers.

Décarbonation de l’économie, inflation, RSE… Les experts-comptables ont manifesté, ces dernières semaines, leur souhait de « s’occuper de tout, de s’exprimer sur tout, et de proposer sur tout ». Des agissements qui nécessitaient bien évidemment de les voir traduits devant le « tribunal de la Porte de Versailles ».

Pour représenter la partie civile, c’est-à-dire des plus de 3,5 millions de TPE-PME, c’est l’avocat Jean-François Tessler, qui a d’abord été appelé à la barre. « La mutation professionnelle appelée de leurs vœux n’est pas le signe de la volonté de défendre l’intérêt général, mais bien leurs propres intérêts », a-t-il notamment plaidé, appelant le « tribunal » à sanctionner cette profession « triste » et à lui « faire injonction définitive, irrévocable, de s’en tenir à ses écritures ».

Appelé ensuite à assurer la défense de la profession comptable, Me Bertrand Perrier, un autre avocat bien connu pour son talent oratoire, n’y est pas allé avec le dos de la cuillère pour assurer sa mission, en attaquant directement son adversaire fictif. « Le propos de mon confrère ne peut s’expliquer que par des considérations personnelles, il est avocat par dépit, et jaloux de votre chiffre d’affaires. J’aime mon expert-comptable et je vous le dis très clairement, que ferais-je si elle n’était pas là », a-t-il souligné avec malice, en qualifiant notamment Me Tessler de “boomer“. « Bien sûr qu’il faut que vous contribuiez à la préservation de la planète, au combat de la lutte contre les discriminations, notamment pour rompre avec l’image caricaturale décrite par mon confrère. Continuez à faire cela, à être une profession citoyenne et plus que jamais vous compterez pour nous », a-t-il lancé, suscitant des applaudissements nourris de la salle.

Le jury populaire de cette « cour » décidément spéciale a finalement considéré que les experts-comptables avaient effectivement « toute légitimité à se positionner au cœur de la société, à explorer d’autres champs de compétence en lien avec les évolutions sociales, sociétales et plus que tout environnementales », mais, pour autant, le « jury » a déclaré les professionnels du chiffre et du conseil coupables « de ne pas s’être investis plus tôt, plus fort et plus loin ». Ces derniers ont donc été « condamnés » à accélérer dans la mise en œuvre d’initiatives extra-financières, à communiquer davantage pour présenter leur vrai visage, à améliorer l’attractivité de leurs cabinets pour faire venir à eux les jeunes, à « accélérer les acquisitions » dans le numérique pour préserver leur indépendance, mais aussi à devenir des « acteurs essentiels » de la transition environnementale des TPE et PME.

Proposer plutôt que dénigrer

Invité à s’exprimer ensuite en qualité « d’accusé », Lionel Canesi, président du CNOEC, l’a réaffirmé : la profession entend bel et bien assumer sa place au cœur de la société, mais aussi « revendiquer le droit et le devoir de formuler des propositions pragmatiques » inspirée de son expérience de terrain.

Cette volonté s’est traduite par la mise à disposition des services de l’État de plus de 150 propositions, menant à la reprise effective d’une vingtaine de certaines d’entre elles. « Les économistes du quotidien vont continuer à proposer plutôt que dénigrer, à faire de la pédagogie auprès des décideurs publics. Plus que jamais notre pays a besoin de citoyens qui proposent, qui apportent leur expertise, qui n’attendent pas tout de l’Etat », a lancé Lionel Canesi.

Le président du CNOEC est également revenu sur sa stratégie « offensive » en matière numérique, assurant notamment à Olivia Grégoire qu’elle pouvait compter sur la profession pour être toujours plus innovante au service des TPE-PME. « Il faut nous servir de la technologie pour devenir des experts-comptables augmentés en capacité de conseiller leurs clients plus vite, avec plus de précision et plus d’anticipation », a-t-il ajouté, indiquant vouloir montrer le vrai visage d’une profession « dynamique et tournée vers l’avenir ».

« Nous assumons la mise en œuvre d’initiatives sur les problématiques extra-financière », a-t-il insisté, précisant vouloir emmener 3,5 millions d’entreprises vers la sobriété et la prise en compte de l’impact écologique de leur activité. Rappelant les initiatives du CNOEC en la matière, avec notamment la suppression de 80 % de la moquette du congrès, Lionel Canesi a présenté à Olivia Grégoire un plan en trois étapes à destination des TPE-PME.

La première étape, celle de la prise de conscience, vise à mettre en place, en annexe de la liasse fiscale, une dizaine d’indicateurs extra-financiers. L’objectif est ensuite d’accompagner ces entreprises dans le diagnostic de leur outil de production. « Nous devons être en capacité de sélectionner les organismes qui font ces audits et ainsi guider nos clients. Nous proposons deux outils d’incitation fiscale, d’une part la proposition d’une provision pour investissement durable, et d’autre part un suramortissement fiscal, pour inciter par exemple un boulanger à changer son four énergivore », a précisé Lionel Canesi.

En conclusion de son propos, le président du CNOEC a assuré vouloir, partout où cela sera possible, réaffirmer le « rôle central » de l’expert-comptable.

Des défis incommensurables

La plénière reprenant ensuite un visage plus classique, Olivia Grégoire a été invitée à s’adresser aux experts-comptables, des professionnels au cœur de son périmètre ministériel. « Les défis de notre société sont incommensurables et épousent plus que jamais ceux de notre économie. Je me réjouis que les experts-comptables soient parfaitement dans l’air du temps », a-t-elle introduit, soulignant le « dynamisme incroyable de la profession ».

Se faisant la voix d’Emmanuel Macron, la ministre des PME les a remerciés par trois fois, notamment pour leur action durant la crise Covid et leur attitude proactive. « Je suis très marquée par le fait que votre profession propose plus qu’elle ne se plaint. J’aimerais tant que cet état d’esprit soit de plus en plus partagé », a-t-elle ensuite confié, faisant référence aux quelque 150 propositions imaginées par la profession.

Pour la ministre, la sobriété est « peut-être une opportunité sans pareille pour amener la transition environnementale dans nos TPE-PME ». Il ne s’agit pas d’une « punition », mais d’un « prélude à cette transition environnementale que nous devons tous mettre en œuvre », qui sera « la source de la compétitivité et de la durabilité de nos entreprises ».

Confirmant le « rôle central des experts-comptables aujourd’hui », qui le sera « encore plus demain », Olivia Grégoire a assuré que Bercy était à leurs côtés. « Ne changez rien, continuez à accompagner aussi bien nos TPE-PME quoi qu’il advienne », a-t-elle conclu.

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