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La profession comptable se réunit malgré la Covid

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La profession comptable se réunit malgré la Covid
@ AP

Toujours sur le front pour aider leurs clients à faire face à la crise économique engendrée par la pandémie, les experts-comptables et commissaires aux comptes franciliens se sont réunis cette semaine au Palais des Congrès de Paris pour leurs traditionnelles Universités d'été. L'occasion pour cette profession fortement mobilisée de se former et d'échanger sur les problématiques actuelles qui la touchent de plein fouet. Respectivement à la tête des institutions qui organisent l'événement depuis des années, Olivier Salustro, Laurent Benoudiz et Olivier Boucherie ont discuté non seulement de l'impact de la crise sur les cabinets et leur clientèle, mais aussi des conséquences de la loi Pacte sur les nombreuses missions de la profession, et de la réforme territoriale et institutionnelle des CAC.

Etonnement, il y avait davantage de public en présentiel qu'à distance lors de la “Conférence des présidents” qui ouvrait ces Universités d'été. En effet, l'amphithéâtre Havanne était plein de professionnels masqués occupant un siège sur deux, distanciation sociale oblige.

« C'est grâce notre sex-appeal », plaisante Laurent Benoudiz, président de l'Ordre des experts-comptables (OEC) Paris IDF.

Interrogés par l'animatrice des débats, les présidents des trois institutions comptables ont pu échanger de façon très décontractée et sans tabous sur les sujets qui font l'actualité de la profession. Ou plutôt des professions, car les différences entre les métiers d'expert-comptable et de commissaires aux comptes, autrement dit de conseil et d'auditeur, ont été rappelées à moult reprises, soulevant parfois quelques tensions dans la salle et sur l'estrade.

Le premier sujet, et non des moindre, était celui de l'impact de la crise sur les cabinets d'expertise et leurs clients. Si l'on pouvait logiquement s'attendre à voir pointer le champ lexical du péjoratif dans les réponses il n'en est rien !

Impact de la crise plutôt positif

« On est dans une sorte de paradoxe car cette crise nous a fait avancer et a permis à nos clients de développer leur transition numérique », constate Olivier Boucherie, président de la Compagnie régionale des commissaires aux comptes (CRCC) de Versailles.

« La crise est un grand accélérateur de notre transition numérique », complète Laurent Benoudiz qui insiste, tout comme les autres intervenants, sur le fait que « les experts-comptables ont été très efficaces pendant la crise et le confinement ».

« Le CAC a aussi été perçu comme l'urgentiste des entreprises et s'est fortement mobilisé auprès de ses clients », ajoute Olivier Salustro, président CRCC de Paris.

« Une des raisons de l'avancée lente du numérique en cabinet était la volonté des professionnels. Ce frein a été levé de force par la crise », se réjouit Laurent Benoudiz pour qui l'utilisation d'outils innovants est nécessaire pour la profession comptable. Sur la même longueur d'onde, Olivier Boucherie estime que les CAC ont profité de cette période délicate pour améliorer considérablement leur expérience client et leur formation « grâce à des webinaires très diffusés ».

Droit au but pour les entreprises

L'essentiel du travail ces derniers mois a été d'accompagner les entreprises pendant la crise, notamment en les aidant à faire leurs dossiers de demande d'aides d'Etat et d'emprunts. Les PGE (prêts garantis par l'Etat) et le Fonds de solidarité ont visiblement bien fonctionné selon les professionnels du chiffre. Les banques et leurs partenaires, à l'instar des Régions, ont été au rendez-vous.

La profession s'est fortement mobilisée auprès des Pouvoirs publics avec lesquels elle était « en relation très étroite », notamment lors de « réunion hebdomadaires avec le préfet de Paris pour faire des remontés de terrain ».

« La visio est très efficace avec les clients, surtout en période de bilan », souligne Laurent Benoudiz, car les échanges vont droit au but et ne sont plus encombrés par les politesses et différents échanges sociaux.

« D'anciennes pratiques vont disparaître comme les factures papiers ou la signature en personne », constate Olivier Boucherie qui se réjouit du « boom de la signature électronique » et pense que les nouveaux modes de travail vont se mettre en place au fil de l'eau. La « vraie révolution », selon lui, se trouve dans les outils numériques innovants.

« On est davantage préoccupés par nos clients que par nos cabinets ce qui m'inquiète pour notre avenir en 2021 », lance-t-il soucieux car, comme toutes les entreprises, les professions du chiffre subissent aussi la crise et doivent se réinventer.

Mise en place du télétravail efficace

« La crise a été un vrai boosteur de nouveaux modes de fonctionnement. La plupart des cabinets ont réussi à mettre en place le télétravail sans trop de soucis », affirme Laurent Benoudiz, qui a interrogé près de 200 collaborateurs sur la pérennisation de cette nouvelle organisation dont le résultat est qu'ils souhaitent majoritairement un système mixte combinant le présentiel et le télétravail.

L'intervenant considère en effet que les collaborateurs travaillent « beaucoup plus, voire même trop » en télétravail ce qui est très efficace mais peut être risqué et doit être contrôlé et surtout bien managé. « On est dans un modèle où c'est assez simple de vérifier si les collaborateurs travaillent bien et où l'on peut les accompagner régulièrement en visio », explique-t-il.

Beaucoup moins emballé, Olivier Salustro rappelle que « la formation des jeunes est extrêmement compliquée à distance ». « Pas partisan du télétravail à outrance car très tactile », ce dernier souligne l'importance de l'humain dans la relation entreprise/conseil-auditeur. « Les visites en entreprise sont indispensables pour l'exercice de la mission du CAC, par exemple pour faire les inventaires physiques des stocks », illustre-t-il, ce qui fut infaisable pendant le confinement et lui fait envisager d'envoyer des drones, outils plus fiables que l'envoi de photos par les clients. L'intervenant en profite pour déplorer le fait que le régulateur H3C a critiqué les CAC sur ce point alors qu'il ne se déplace plus du tout lui-même.

Secousses de la loi Pacte

« À Paris nous avons fait tout un tas de choses depuis le confinement, même si physiquement il n'y avait pas grand monde à la compagnie. Nous avons maintenu les travaux des commissions sur l'innovation pour relever le défi de l'impact de la loi Pacte et lancé des travaux d'évaluation en période de crise. Nos permanents étaient sur le pied de guerre pour aiguiller, réconforter et rassurer nos confrères », déclare Olivier Salustro qui n'oublie pas le combat actuel des CAC en plein rebond après une perte lourde de mandats d'audit légal.

En effet, si les conséquences de la loi Pacte ont été plutôt positives pour les experts-comptables avec l'ouverture de nouvelles opportunités de missions de conseil, les commissaires aux comptes y ont perdu au jeu avec l'application du seuil européen de l'audit légal qui exclut beaucoup de PME.

Si pour Laurent Benoudiz le commissariat aux comptes « prend cher depuis près de 15 ans » et « s'oriente de manière claire vers une division par 3 du nombre de CAC » (12 400 aujourd'hui), pour Olivier Salustro « il n'est pas en train de s'écrouler » même s'il reconnaît que « c'est compliqué pour les nouveaux de décrocher des mandats ». Ce dernier tourne d'ailleurs en dérision sur le fait que son confrère soit « Cacocide » et rappelle que « le CAC répond à une question d'intérêt général et ne doit pas être abandonné aux Big 4 ».

« Le champ des possibles pour les CAC est beaucoup plus large et intéressant depuis la loi Pacte », considère au contraire Olivier Boucherie sur une note optimiste, en citant les nouvelles missions d'audit contractuel (matières fiscale, conformité, informatique, RSE), et la fameuse mission ALPE (Audit légal des petites entreprises) introduite par l'article 20 de la loi Pacte.

Ce qui est certain est que la profession comptable compte bien relever le défi et se transformer pour accompagner au mieux ses clients.

Polémique sur la réforme des institutions

L'actualité qui agite le plus les débats est la réforme institutionnelle à venir cet automne qui va rapprocher la CNCC du CSOEC, réduire le nombre de Compagnies régionales des commissaires aux comptes (CRCC) de 33 à 17 à compter des nouvelles élections professionnelles, et la possible main-mise du régulateur sur leurs missions régaliennes.

« Le H3C a été le grand absent de la crise. On attend de voir la fusion des institutions nationales et leur soutien », dénonce Olivier Boucherie qui s'interroge sur le rôle à venir de la CNCC et du régulateur et semble considérer que seules les CRCC sont véritablement au service des professionnels.

Olivier Salustro est fermement contre cette réforme car « les compagnies régionales vont devoir déployer une énergie considérable pour maintenir le rapport essentiel avec les confrères ». Inquiet, ce dernier dévoile qu'un rapport inédit de la Cour des Comptes incite le H3C à prendre les missions régaliennes et de contrôle des CRCC. « Il faut donc que les compagnies se réinventent et jouent le lien entre les confrères et les institutions », lance-t-il sur un ton très critique envers la CNCC en précisant que « ça remet en cause la position de l'institution nationale ». Cette dernière étant discréditée par Laurent Benoudiz car « aux mains des Big 4 ».

En outre, sur la régulation de la profession, Olivier Salustro estime qu'elle laisse à désirer depuis l'article de la loi Pacte qui revient sur la séparation entre l'audit et le conseil, résultat du scandale Wire Card. Il réclame que les règles déontologiques qui s'appliquent aux CAC soient éclaircies, donc que la Direction des affaires civiles et du Sceaux (DACS) « exprime une doctrine pour mettre en œuvre la procédure de risque-sauvegarde ».




Anne MOREAUX
Journaliste

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