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La pièce HHhH fait souffler à Aubervilliers le vent de l'Histoire

le - - Actualité - Région Île-de-France & Grand Paris

HHhH, prix Goncourt 2010 du premier roman qui relate l'attentat contre le dirigeant nazi Reinhard Heydrich, à Prague en 1942, impose sur la scène du Théâtre de la Commune d'Aubervilliers son rythme haletant, parcouru de doutes sur le travail du romancier face à l'Histoire.

"Une Mercedes noire filait sur la route comme un serpent". Cette Mercedes transporte Heydrich, au faîte de son pouvoir, vers le "château" de Prague, siège de son gouvernorat sanglant. Sur la route, trois "parachutistes" envoyés par la résistance tchèque de Londres vont tenter de changer le cours de l'histoire. Mais était-elle bien noire, cette Mercedes, ou verte ? Les photos en noir et blanc de l'époque laissent planer un doute. Le romancier Laurent Binet plonge dans un océan de perplexité, déchiré entre le besoin de raconter aussi exactement que possible les faits, et l'ambition de faire revivre la grande histoire.

Cette tension, qui fait toute l'originalité du roman, traverse, sans jamais ennuyer, la pièce de Laurent Hatat. Après avoir "dévoré le roman en deux jours et deux nuits", le metteur en scène a eu "l'intime conviction de pouvoir transposer ce plaisir immense à la scène". Sur le plateau, seulement deux comédiens: le romancier habité par son livre, torturé de doutes, obsédé par Heydrich, et sa compagne Natacha (Leslie Bouchet), bientôt lassée de cohabiter avec des fantômes. Dans le rôle du romancier fiévreux, Olivier Balazuc traduit remarquablement la quête de Laurent Binet, menant le spectateur jusqu'au jour fatal où "soudain, la Mercedes surgit".

Évidemment, rien ne se passe comme prévu: la mitraillette anglaise Sten s'enraye, la bombe lancée par le second parachutiste atterrit non pas sur le siège avant mais sur la roue arrière droite. "Néanmoins, elle explose". HHhH, "Himmlers Hirn heisst Heydrich" (le cerveau d'Himmler s'appelle Heydrich), alias "le boucher de Prague" ou "la bête blonde", meurt d'une septicémie, faute de pénicilline, "quelque chose que le Reich ne possède nulle part sur tout son immense territoire". Les héros de l'attentat seront bien sûr rattrapés et mourront, des milliers de tchèques paieront de leur vie l'incroyable opération, et le romancier "tremble de culpabilité en songeant aux centaines, aux milliers de ceux que j'ai laissés mourir anonymes".

Avec une mise en scène ultra sobre - le lit du couple, où s'agite le romancier habité par son livre, un écran où sont parfois projetées des images - et deux acteurs magnifiques, Laurent Hatat réussit à restituer l'audace de ces jeunes gens joyeux au printemps 1942, et tout simplement, 70 ans après, à faire vivre l'Histoire.






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