Fermer la publicité
Journal d'information juridique et d'annonces légales

La moitié des jeunes insatisfaits de leur premier emploi

le - - Entreprise - Vie des entreprises

La moitié des jeunes insatisfaits de leur premier emploi
@ AP - Les DRH Elodie Rouiel (BpiFrance), Hélène de Viviès (Ipsos), Emilie Korchia (cofondatrice de My Job Glasses), l'amiral

« Désastreux », « sans surprise », « gâchis », « naïveté », « méconnaissance »… Tout juste dévoilés, les résultats de l'Observatoire du premier emploi révèlent que près d'un jeune actif sur deux quitte son premier job moins d'un an après son embauche, signe d'une mauvaise préparation à l'entrer dans la vie active. Le commanditaire de l'étude My Job Glasses a réuni quatre DRH de grands groupes pour décrypter ces statistiques pour le moins préoccupantes.

La société My Job Glasses, la plus grosse start-up incubée par Station F avec ses 30 salariés, a confié à l'institut Ipsos l'édition de son Observatoire du premier emploi. La jeune pousse qui a développé une plateforme visant à « démocratiser l'accès à l'emploi et aux réseaux pour les jeunes et les rencontres entre étudiants et professionnels », souhaite, chiffres à l'appui, mieux cerner la perception que ces derniers ont de leur première expérience professionnelle.

Le choc de la vie active

Dès 2017, My Job Glasses a observé à travers la première édition de son baromètre que presque un jeune diplômé sur deux a quitté son premier job dans les douze premiers mois de son contrat. Un constat implacable et constant, comme le confirme cette deuxième édition, puisque « près d'un jeune actif sur deux a quitté son emploi dès la première année, même dès six mois pour 25 % d'entre eux, l'indice d'un vrai gâchis », détaille Brice Teinturier, directeur général délégué d'Ipsos France, venu présenter les résultats de l'étude. Il qualifie ces derniers d'« assez désastreux », notamment sur le sentiment de préparation à l'entrée dans la vie active. « Trouver un emploi qui plaît reste quelque chose de difficile pour un jeune sur deux, y compris chez les très grands diplômés », résume-t-il.

Le verdict est sans appel. Pas moins de 46 % des jeunes diplômés ont quitté leur emploi au cours de la première année. A l'aube du grand saut dans la vie active, beaucoup reconnaissent en ignorer son fonctionnement : 41 % avaient une idée imprécise du métier qu'ils souhaitaient exercer et un jeune actif sur deux ne savait pas quel type d'entreprise il souhaitait intégrer.

Ainsi, le choix du premier emploi se fait davantage par hasard ou nécessité (60 %) que par envie : seul un répondant sur quatre déclare avoir fait un choix de passion. Toutefois, il y a aussi un problème de communication. Parmi les causes invoquées par les candidats, la description du poste semble être un souci : près d'un tiers des primo-embauchés (30 %) regrette d'avoir postulé à une offre dont ils estiment que la description était en décalage avec la réalité du poste.

Pour Brice Teinturier, l'étude soulève quatre problématiques :

- les jeunes s'estiment mal préparés par leur école à entrer dans la vie active ;

- leur choix s'est fait davantage par opportunité ou nécessité que par passion ;

- les rencontres avec des professionnels avant l'obtention du premier job sont encore loin d'être un réflexe ;

- la moitié des jeunes actifs a quitté son premier emploi dès la première année.

Un constat qui n'a pas du tout étonné les directeurs des ressources humaines (DRH) de l'Oréal, d'Ipsos, de la Marine nationale et de BpiFrance, venus réagir aux résultats de l'observatoire. Pire, Hélène de Viviès, DRH d'Ipsos, confie que l'étude l'a « un peu déçue » car elle s'est dit que « les choses n'ont pas beaucoup changé » depuis l'époque de son premier emploi « même dans un monde ultra-connecté ».

« Les jeunes n'ont pas changé, ce sont toujours les mêmes, ils cherchent du sens à ce qu'ils font », souligne quant à lui l'amiral Dupuis, directeur du personnel militaire de la Marine nationale (un des 200 ambassadeurs de la Marine sur la plateforme My Job Glasses).

« Comme la Marine, nous recrutons pour des parcours et pas des emplois. On engage des gens dans une aventure pour qu'ils restent 40 ans avec nous », lance Jean-Claude Le Grand, directeur général des RH de l'Oréal, aussi présent sur la plateforme. Pas vraiment inquiet, il explique que l'enquête annuelle interne réalisée sur 80 000 salariés du groupe cosmétique « comprend 15 000 Millenials dont le taux d'engagement est le plus élevé, avec un taux de départ au bout d'un an entre 10 et 12 % ».

Pas d'inquiétude non plus pour Elodie Rouiel, DRH de BpiFrance, qui estime que « cette étude est source d'un bel avenir car nous avons du pain sur la planche ». Sur la même longueur d'onde, Emilie Korchia, cofondatrice de My Job Glasses, ajoute que « le contexte de chômage assez élevé montre qu'il y a un vrai besoin de renforcer l'adéquation du premier emploi aux attentes, c'est un enjeu majeur ».

Favoriser les échanges entre jeunes et professionnels

« Cette étude donne aussi de l'espoir car elle montre que tous ensemble nous pouvons améliorer la situation », se réjouie Emilie Korchia, sur une note optimiste rappelant que les professionnels sont souvent partants pour accorder une heure de leur temps afin de présenter leur métier à un jeune curieux.

Pour éviter les déconvenues, les jeunes actifs jugent majoritairement (56 %) qu'une rencontre avec des pairs, professionnels exerçant le poste, permettrait d'apporter une information plus fiable. Des résultats qui démontrent la nécessité de connecter étudiants et professionnels, pour faire découvrir des métiers, parcours et expériences, et aider les actifs de demain à mieux se projeter dans le monde du travail. « Permettre aux marins de témoigner de la réalité du métier qu'ils exercent est essentiel pour relever le défi du recrutement. Le dialogue entre nos ambassadeurs et les jeunes qui désirent s'engager dans la Marine est une priorité pour nous car il nous assure des engagements par choix, et non par défaut », illustre l'amiral Dupuis, qui se réjouit que le taux d'abandon ne s'élève qu'à 13 % dans la Marine et que les recrutements remontent depuis à peu près six ans.

Les jeunes actifs expriment une réelle envie de mieux connaître le monde professionnel, pour déconstruire des clichés, ou pour conforter un choix. Les immersions en entreprise sont très appréciées car elles permettent de mieux connaître les postes auxquels ils pourront être amenés à postuler, et ce, très rapidement. Quelle que soit l'expérience qu'ils en tirent, positive ou négative, elles sont jugées « éclairantes » pour 93 % des candidats passés par un VIE, 91 % des alternants et 82 % des stagiaires.

« Capitaliser sur des rencontres avec le monde de l'entreprise durant la scolarité permet de sortir du schéma actuel qui est source de déceptions pour les jeunes actifs et d'identifier les métiers et/ou secteurs d'activité qui peuvent ou non leur correspondre. C'est notre conviction chez My Job Glasses : seuls des points de contacts multiples avec des professionnels permettront aux jeunes d'obtenir un premier emploi en adéquation avec leurs attentes, et de créer des opportunités pour tous », considère Emilie Korchia.

Des rencontres régulières avec des pros constituent en effet un levier efficace pour comprendre le monde de l'entreprise et détricoter certains clichés. « Nous avions à cœur de mieux faire connaître la richesse de nos métiers en digital, commerce, opérations, recherche et plus, au-delà de notre expertise marketing pour laquelle nous sommes très clairement identifiés », illustre le DRH de l'Oréal.

Les jeunes souhaitent également un meilleur accompagnement pour se constituer un réseau, source de stress quel que soit leur niveau d'étude. S'ils ont du mal à en rejoindre un, le réseau est pourtant perçu comme le moyen de recrutement de demain par plus d'un jeune actif sur deux (51%), devant les modes de recrutement classiques comme la réponse à une annonce (22 %) ou le forum de recrutement (16 %) et les plateformes dont les algorithmes sont très critiqués.

« Les résultats de cet observatoire attestent d'un réel besoin de nouer plus de liens et de dialogue entre l'étudiant et l'entreprise. C'est tout l'objet de notre plateforme : proposer une solution qui fasse le pont entre ces deux mondes, pour repenser le recrutement et l'orientation bien au-delà des simples jobboards ou forums. C'est ainsi que nous pourrons susciter de vraies vocations, pour tous, via des rencontres avec des professionnels qui sont les mieux placés pour témoigner de leur quotidien et partager la passion de leur métier », conclut Emilie Korchia.

CHIFFRES ET ENSEIGNEMENTS CLÉS DE L'ÉTUDE

- 46 % des jeunes actifs ont quitté leur premier poste dans l'année suivant leur embauche.

- Pour la majorité d'entre eux, cette démission est volontaire (63 %), et motivée par l'orientation vers un poste jugé « plus intéressant » (27 %), ou parce que le poste ne correspondait pas à l'idée qu'ils s'en faisaient (19 %).

- Parmi les actifs, le choix de leur premier emploi est justifié par hasard ou nécessité (60 %), plutôt que par passion (25 %).

- Seul 1 jeune sur 5 a pu convertir son expérience en entreprise en premier job, et ce, y compris chez les BAC +5 et plus.

- 66 % des jeunes estiment être mal préparés à la recherche d'un premier emploi et à la réalité de la vie active par leur établissement.

- Seuls 55 % des jeunes disent que leur établissement a organisé des rencontres avec des professionnels et parmi eux 1 sur 2 trouve que les forums étaient inutiles.

- Les jeunes actifs ayant rencontré des professionnels à plusieurs reprises sont plus nombreux à considérer que leur emploi correspond à leurs attentes initiales, qu'il s'agisse de leur métier ou du type d'entreprise, respectivement +30 points et +21 points par rapport à ceux n'ayant jamais fait de rencontre.

- Le réseau est perçu comme le moyen de recrutement de demain par plus d'un jeune actif sur deux (51 %), devant la réponse à une annonce (22 %) ou le forum de recrutement (16 %).




Anne MOREAUX
Journaliste

Ses derniers articles

Abonnez-vous à l'offre Papier + Numérique

Affiches Parisiennes Journal d'information juridique et d'annonces légales

  • ›   Pour plus de contenu, papier + web
  • ›   l’accès aux annonces légales,
  • ›   l’accès aux ventes aux enchères.
Je m'abonne

À lire également


Réagir à cet article

Message déjà envoyé Adresse e-mail non valide


Fermer
En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies et de technologies similaires par notre société ainsi que par des tiers, afin de réaliser des statistiques d'audiences et de vous proposer des services éditoriaux et la possibilité de partager des contenus sur des réseaux sociaux. En savoir plus / paramétrer