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La grâce des lauréats du Prix Guy Carcassonne

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La grâce des lauréats du Prix Guy Carcassonne
© AP - Les lauréats du Prix Guy Carcassonne 2016 et Laurent Fabius discutent du droit de grâce.

Laurent Fabius, président du Conseil constitutionnel, a remis dernièrement le Prix Guy Carcassonne à Jérémy Kalfon et Cédric Martins, deux très bons amis élèves-avocats, pour leur article intitulé « Le droit de grâce mis en examen » coécrit à la suite de l'affaire Jacqueline Sauvage.

Avec leur article Le droit de grâce mis en examen, sur l'affaire Jacqueline Sauvage, les lauréats 2016, Jérémy Kalfon et Cédric Martins, respectivement élève-avocat de l'EFB (École de formation du barreau de Paris) et de l'Hedac (Haute école des avocats conseils du barreau de Versailles), ont convaincu le jury. Ils ont aidé à faire comprendre au plus grand nombre les enjeux juridiques, politiques et sociaux posés par la grâce présidentielle, pouvoir donné au président de la République par l'article 17 de notre Constitution. Cette faculté de « dispenser un condamné, uniquement à titre individuel depuis 2008, d'exécuter tout ou partie de sa peine », pose le débat « sans doute moins sur le terrain de la légitimité que sur celui de son utilisation », selon eux.

Amis de longue date, Cédric Martins, ancien élève de l'université Paris Ouest La Défense, où Guy Carcassonne étudia et enseigna, et Jérémy Kalfon, ancien élève de Sciences Po et Paris II, lauréat de plusieurs prix pour son talent oratoire, ont décidé d'écrire, espérant « ne pas être trop ridicules », sur la grâce présidentielle et son application à la situation délicate de Jacqueline Sauvage qui a fait grand bruit en janvier dernier.

Qualifiée de « soupape de la justice républicaine » par Guy Carcassonne, la grâce vient « contrebalancer les conséquences morales et sociales injustes d'une décision juridiquement fondée » pour les lauréats, qui « expliquent de manière très topique les tenants et aboutissants du sujet », selon Laurent Fabius, président du Conseil constitutionnel.

« C'est une très bonne chose que nous honorions aujourd'hui la mémoire de Guy Carcassonne », précise l'ancien ministre avant de saluer sa participation à l'instauration de la Question prioritaire de constitutionnalité (QPC). Le Club des juristes, en partenariat avec le journal Le Monde et la revue Pouvoirs, rend hommage à Guy Carcassonne, célèbre constitutionnaliste reconnu de tous, pour la troisième année consécutive. Un homme « caractérisé par le droit, la pédagogie et, plus précisément, par une certaine ouverture à la cité », selon le tout nouveau président du Conseil constitutionnel. Laurent Fabius confie d'ailleurs qu'il s'est replongé dans ses cours avant de prendre la tête du Conseil et qu'il garde sur son bureau la Constitution commentée par Guy Carcassonne.

Cette année encore, le prix Guy Carcassonne vient « aider à la découverte de nouveaux talents et à la confrontation d'idées constitutionnelles auxquelles l'actualité nous invite à réfléchir », explique Olivier Duhamel, membre du jury. Cependant, c'est la première fois qu'il récompense un article rédigé par deux auteurs.

Une remise de prix entre humour et émotion

« On n'avait plus mis de chèque dans ma poche depuis ma Bar Mitsvah ! », lance Jérémy Kalfon le sourire aux lèvres, après que Nicolas Molfessis, président du Club des juristes, lui remette sa récompense (un chèque de 1 500 euros à se partager).

L'introduction livrée par Olivier Duhamel, ne manquait pas non plus de piquant et d'impertinence face à ce parterre choisi. « Nous avons décidé de supprimer la limite d'âge des participants à 40 ans afin de tenir compte de l'augmentation de l'espérance de vie », lance-t-il en clin d'œil à l'audience.

« Comme je suis indépendant, je donnerai ce prix dans quelques minutes », a plaisanté Laurent Fabius, pour faire monter le suspense avant de donner la parole aux lauréats.

Ces derniers n'ont pas manqué de remercier le Conseil constitutionnel pour son accueil, le Club des juristes pour avoir organisé ce prix, leurs professeurs et familles, mais surtout de rendre hommage à Guy Carcassonne. « Un jour, Cédric, qui était à l'université de Nanterre, me dit ‘‘Jérémy, j'ai un prof exceptionnel qui enseigne le droit constit, tu devrais venir le voir''. »

Ces deux-là se sont ainsi retrouvés plusieurs fois sur les bancs de l'université Paris X pour l'écouter transmettre sa passion du droit.

Les larmes coulent à flots sur les joues des mamans des lauréats, tandis que l'émotion se fait sentir chez tous les membres de leurs familles et amis venus les soutenir. Cédric Martins rend même un hommage touchant à ses parents. « Si je suis ici, devant vous, ce n'est que le résultat de leur travail et sacrifice quotidien depuis qu'ils sont arrivés du Portugal pour nous offrir la meilleure vie possible. »

Les lauréats et leurs parents.

Un prix à visée pédagogique

Le prix Guy Carcassonne récompense le jeune auteur d'un article inédit de 5 000 signes portant sur une question constitutionnelle, lato sensu, liée à l'actualité française ou étrangère.

À l'origine, la date de clôture pour la remise des articles était le 15 décembre, mais elle a été reportée au 28 février pour laisser davantage de temps aux auteurs potentiels, notamment pour développer leur réflexion sur un autre thème que ceux de l'état d'urgence ou de la déchéance de nationalité, victimes de leur succès. « Nous avons donc décidé de modifier notre règlement en ajoutant que l'article requis devait être original et explorer de nouveaux sujets, afin de tempérer la convergence vers un seul thème », précise Olivier Duhamel.

L'an dernier, le lauréat Pierre Auriel, jeune doctorant de l'université Paris II Panthéon-Assas, avait choisi d'écrire sur les zadistes, dans un article intitulé « La contestation écologique crée de nouveaux Robespierre ».

Cette année, le jury était composé de quatre professeurs d'universités : Renaud Dehousse (Sciences-Po Paris), Wanda Mastor (université Toulouse 1 Capitole), Géraldine Muhlmann (université Paris II, Panthéon-Assas) et Sabine Saurugger (Sciences-Po Grenoble), deux journalistes au journal Le Monde : Gérard Courtois et Patrick Roger, et deux directeurs de la revue Pouvoirs : Olivier Duhamel et Marc Guillaume.

Gagnant en notoriété au fil des ans, 104 articles ont été adressés au Club des juristes pour cette 3e édition du prix. Chaque membre du jury les a lus, sans connaître le nom des auteurs, et les a classés A, B ou C. Au total, huit articles ont été classés en A.

Jérémy Kalfon avec Frédéric Sicard, le bâtonnier de Paris.

Réactions des lauréats

Affiches Parisiennes : Comment vous sentez-vous ?
Jérémy Kalfon : Très heureux.
Cédric Martins : Tellement ému. Ca devait se voir, je n'arrivais même plus à parler à la fin de mon discours ! On ne s'y attendait pas du tout. Je suis aussi très ému pour mes parents, qui n'auraient jamais imaginé pouvoir venir au Conseil constitutionnel.

A.-P. : Quelle est votre spécialité ? Allez-vous continuer dans le droit constitutionnel ?
C.M. : Je suis plutôt spécialiste du droit du travail. Ma collaboration va commencer en octobre chez Barthélémy avocats.
J.K. : Pour ma part, je suis pénaliste. Le droit constitutionnel est une matière très intéressante parce qu'elle touche toutes les autres, en particulier le droit pénal. Je crois que c'est un droit particulièrement citoyen. Aujourd'hui, on voit que les rapports de forces politiques sont induits par la Constitution, on parle beaucoup de 49-3 et de majorité. Le droit constitutionnel vient finalement habiter tout citoyen. On continuera à s'y intéresser de toute façon, même si on ne deviendra probablement pas constitutionnalistes !

A.-P. : Avez-vous été soutenu par vos maîtres de stage ?
C.M. : On a rédigé l'article avant d'être en stage. En fait, on est entré dans cette démarche seuls, sans le dire à nos professeurs, ni plus tard aux avocats pour lesquels nous travaillons. Une fois les résultats publiés, mon cabinet a été vraiment très content et m'a laissé toute la liberté pour venir ici récupérer ce prix.

A.-P. : Quand et comment avez-vous candidaté au concours ?
J.K. : C'est Cédric qui m'en a parlé au courant du mois d'octobre, lorsque je passais l'examen du barreau. A l'origine, nous devions écrire en vacances un article sur la notion de majorité en droit constitutionnel, mais j'avais oublié mon ordinateur. Heureusement, le jury a prolongé le délai et nous avons ouï dire de l'affaire Sauvage. On s'est jeté dessus parce qu'elle a heurté notre sensibilité naissante de juristes.




Anne MOREAUX
Journaliste

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