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La fronde des professions judiciaires

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La fronde des professions judiciaires
© A.P. - Plus de 8000 manifestants ont battu le pavé entre la place Saint-Michel, non loin du Palais de Justice historique, et l'Assemblée nationale.

Mobilisés depuis des mois contre le projet de réforme de la Justice, tous les professionnels du monde judiciaire, avec en tête de cortège des avocats, ont défilé mardi 15 janvier dans les rues de la capitale. Ils défendent avec force et détermination la nécessité de conserver une justice de proximité et demandent que la réforme soit intégrée au grand débat national.

Plus de 8000 manifestants ont battu le pavé selon le Conseil national des barreaux (CNB), l'un des organisateurs du défilé, entre la place Saint-Michel, non loin du Palais de Justice historique, et l'Assemblée nationale.

Appel unanime au dialogue

« La famille judiciaire est rassemblée aujourd'hui. Merci aux avocats, aux magistrats, aux greffiers et aux fonctionnaires de justice, mais aussi à la société civile, les ONG, les associations, les étudiants, les élus locaux et les justiciables », a lancé Christiane Féral-Schuhl, présidente du CNB.

« Nous sommes présents pour dire que le projet de loi ne doit pas être voté en l'état », a-t-elle scandé.

« Pourquoi sommes-nous là encore et toujours alors que nos interlocuteurs cherchent l'épuisement, l'affaiblissement ? Voilà un an que cela dure, il faut que ça cesse, que la méthode change et que la Justice reste proche des justiciables », a hurlé Jérôme Gavaudan, président de la Conférence des bâtonniers.

« A maltraiter la Justice, vous maltraitez le peuple », a-t-il ajouté sous les applaudissements.

C'est ensuite le bâtonnier de Paris, Marie-Aimée Peyron, qui a harangué la foule : « Nous serions dans l'erreur nous dit-on. Comment pouvons-nous avoir tort alors que nous avons tous, à l'unanimité, la même lecture de ce projet de loi ? Au Sénat nous avons été entendus et le texte a évolué, mais pas à l'Assemblée nationale. Comment accepter que ce soit devant si peu de députés que le texte soit adopté, sans tenir compte de nos observations et de nos expériences ? Nous souhaitons être entendus. »

Si les professionnels du droit sont vent debout contre ce projet de loi de réforme, ils se disent pourtant favorables à l'évolution de la justice mais « du bon côté, avec des moyens et sans supprimer l'humain et la rencontre du citoyen avec son juge », précise Marie-Aimée Peyron.

Sauver la justice de proximité

Les manifestants dénoncent ce qu'ils considèrent comme les dérives du projet de réforme de la Justice, telles que l'augmentation des objectifs de performance des juridictions, la fusion des tribunaux de grande instance et d'instance, la digitalisation à outrance, le recul des droits de la défense, l'enfermement des mineurs et la banalisation des audiences par visioconférence. Ils portent ainsi avec force et détermination la question cruciale de la sauvegarde d'une justice de proximité indispensable à la vitalité des territoires.

« Les Français peuvent-ils approuver la prolongation du délai de trois à six mois lorsqu'ils déposent plainte ? » interroge Christiane Féral-Schuhl, suscitant des « non » déchaînés. « Peuvent-ils être d'accord avec la fin programmée des jurys populaires ? Qu'une partie des démarches judiciaires soient numérisées alors que 10 millions d'entre eux n'ont pas accès au numérique ? », poursuit-elle.

« Nous voulons rappeler que la justice doit permettre de juger des hommes et des femmes ; qu'il est donc important d'écouter, d'analyser le contexte, de comprendre. C'est pourquoi nous demandons au Gouvernement de nous entendre », a expliqué la présidente du CNB avant de passer la parole à de nombreux représentants de professions judiciaires, puis à des députés venus soutenir le mouvement.

« De nombreux combats nous attendent. Soyons dignes, soyons forts ! Maintenons la pression », a conclu Jérôme Gavaudan en fin de manifestation, rappelant que la réforme de l'aide juridictionnelle serait le prochain combat des avocats.

La mobilisation se poursuit avec une pétition

Après plusieurs journées “Justice morte” de protestation et deux grandes manifestations (11 avril et 15 janvier), les professionnels du monde judiciaire comptent bien faire entendre leur voix en récoltant le plus de signatures possible sur la pétition intitulée “Réforme de la justice : laissez les Français débattre, arrêtez l'examen du projet de loi !”.

En ligne sur le site change.org de démocratie participative, cette pétition qui s'adresse directement à Emmanuel Macron réclame l'arrêt du processus parlementaire sur le vote du projet de loi de programmation de la Justice.

« Au même titre que l'accès aux transports, à un emploi, à un logement ou à un hôpital, l'accès au droit est aujourd'hui l'objet d'une véritable fracture sociale et territoriale dans notre pays. C'est pourquoi, Monsieur le Président de la République, la justice ne peut pas être exclue de cette réflexion essentielle pour l'avenir de notre pays. »

Les signataires, qui sont aujourd'hui plus de 27 800, souhaitent débattre, construire et réformer le système judiciaire sur de nouvelles bases. Il est essentiel pour eux d'inclure les justiciables dans ce processus législatif, car la Justice est « un service public essentiel à la cohésion de notre société, trop longtemps délaissé ».




Anne MOREAUX
Journaliste

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