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La French Tech tire parti de la crise pour construire un monde meilleur

La crise sanitaire semble être un excellent facteur d'accélération de la transformation digitale des entreprises françaises. En replaçant au cœur des débats les questions de développement durable, protection des données et souveraineté numérique, elle est le terreau d'une transition économique plus responsable. La French Tech et son « made in France » est-elle en train d'en tirer son épingle du jeu ? L'écosystème du numérique français a-t-il ce qu'il faut pour concurrencer les géants américains ?
La French Tech tire parti de la crise pour construire un monde meilleur
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C'est en tout cas ce qu'il est ressorti de plusieurs débats de la Ref Numérique du Medef. Que ce soit sur nos capacités de production et notre expertise en matière d'Intelligence artificielle (IA), d'objets connectés (IoT), d'e-commerce ou encore sur l'arrivée de la 5G, le secteur du numérique hexagonal ne semble pas trop souffrir de la crise, et même mieux, souhaite en tirer le meilleur parti. Cette opportunité de croissance semble même ouvrir la voie vers une sobriété numérique.

Les nombreux atouts de la French Tech

« En France, nous avons de très bons points forts, notamment sur la capacité d'innovation », a déclaré Paola Fabiani, CEO Wisecom et présidente du Comex 40 du Medef. Elle est à la tête d'un groupe de jeunes entrepreneurs français, travaillant dans plus de 70 % des secteurs d'activités et 85 % des territoires, réunis « pour créer des synergies et s'autosaisir sur des sujets d'actualité et donner l'avis des chefs d'entreprises de moins de 40 ans », plutôt optimistes malgré la crise.

« Le phygital a une vraie touch made in France car nous sommes leaders mondiaux des centres de contact et on compte 3 entreprises qui font partie du top 5 des centres d'appels internationaux », illustre celle qui gère des centres d'appels. « À la croisée des chemins entre les services humains et la technologie », elle a rappelé que ce secteur est en plein essor « car il suit le développement des technologies numériques ».

Un constat partagé par Philippe Corrot qui dirige la jeune licorne française (start-up valorisée à plus d'un milliard de dollars) Mirakl, premier éditeur mondial de solutions de marketplace, même s'il n'aime pas trop cette expression. « Je pense qu'il y a un certain nombre de spécificités françaises, notamment notre capacité à trouver des ingénieurs de grande qualité, nos subventions à l'innovation et l'environnement favorable à l'émergence de sociétés technologiques », a-t-il ajouté.

Pour Audrey Chaillet, membre du Comex 40, le véritable atout français est la compétence de ses acteurs et leur capacité à prendre le virage numérique en restant authentique. « La proximité est importante dans tous les secteurs, notamment le vin, c'est indispensable car un signe de confiance », a expliqué la PDG de l'entreprise de transformation digitale du secteur vinicole EtOH développée en Bourgogne en 2017. Ce que Philippe Corrot nomme l'« alliance d'un savoir faire technique et d'un savoir faire métier ».

Des obstacles à surmonter

« Pour un Mirakl, combien de déceptions dans la French Tech ? », a toutefois souligné Arno Pons, délégué général du think tank Digital New Deal, en abordant le problème de la faiblesse des investissements en France et du désavantage face aux start-ups étrangères qui lèvent des milliards et aux géants qui ont déjà le monopole.

« L'effet Covid est évident sur le numérique mais pas forcément à l'égard de la French Tech car malheureusement on a augmenté l'usage des outils étrangers », a-t-il déploré citant notamment les « Zoom » et « Amazon ».

Pour lui, si on a des fleurons français dans l'économie classique, notamment dans le luxe et le bancaire, nous n'avons pas encore les équivalents dans l'univers numérique. « Plutôt que d'attendre que des start-ups deviennent de nouveaux Gafam nous devrions plutôt accompagner des sociétés déjà fortes pour les faire grandir à l'international, comme Mirakl ou Carrefour par exemple ».

« Nous avons des lacunes sur l'investissement et notre rapport à l'échec », a déploré quant à elle Paola Fabiani.

La réglementation trop abondante, notamment en matière de protection des données et en droit du travail, a aussi été soulignée, ainsi que le problème majeur de la souveraineté numérique. Paola Fabiani a insisté sur le fait que plus de 70 % de nos données sont hébergées à l'étranger et que nous devons absolument réagir contre ça et créer des fleurons français du secteur des Big data. « Il y a une notion de délai car la crise a accéléré le mouvement. Il y a une vraie prise de conscience de la part des écosystèmes et des dirigeants ». Pour Arno Pons, il y a « un vrai volontarisme européen et français » sur cette question et les résultats de la présidentielle américaine devraient jouer en notre faveur.

Enfin, le retard des TPE en matière de transition numérique et l'obsolescence des équipements ont été abordés. « La question des infrastructures est un de nos gros points faibles car dans certaines régions françaises nous n'avons même pas la 3G ! », a déploré Audrey Chaillet.

La 5G va changer la vie des entreprises

Dans une autre table ronde, les intervenants étaient beaucoup plus optimistes sur l'état des infrastructures françaises et se réjouissaient de l'arrivée de la 5G.

« Il y a un peu moins de 10 ans, on lançait la 4G qui a été une révolution pour les usages de l'internet public, et nous sommes persuadés que la 5G sera une grande évolution pour les usages des entreprises », a lancé Christophe Delaye, directeur Exécutif Réseaux, Systèmes d'Information et Services chez SFR.

La cinquième génération des standards de téléphonie mobile devrait en effet permettre à terme des débits d'une vitesse incomparable avec les réseaux actuels. Autant de potentiels d'innovation, rendant possible notamment le développement des usages de l'IoT (notamment dans les secteurs automobiles, santé et énergie), du commerce en ligne et plus globalement le recueil et transfert de données en tout genre.

Pour la députée des Hauts-de-Seine Christine Hennion, la 5G va certainement permettre de « produire de manière plus intelligence, en optimisant tous les circuits logistiques, en robotisant et en utilisant moins de matières premières, qui sont des notions très importantes pour la transition écologique ».

« On y a vu une opportunité industrielle et servicielle », a témoigné Sébastien Kaiser, directeur connectivité & réseaux de la SNCF, qui a monté un projet d'expérimentation « outdoor » de la G dans la gare de Nantes pour augmenter les services (capacités de téléchargement élevées sur les quais), faciliter la communication avec les passagers (traduction simultanée des annonces en gare) et leur sécurité (ligne directe avec les services de police ou de gendarmerie).

« On sait aujourd'hui que le trafic des données croit de 30 à 40 % tous les ans, donc la 5G sera un formidable outil capacitaire qui offrira quasiment le double du débit qu'on a déjà », a expliqué Christophe Delaye.

« La 5G consomme moins donc elle améliore considérablement l'empreinte environnementale. On peut imaginer que les lancements 5G auront lieu avant la fin de l'année avec un déploiement en 2021 et 2022 », a assuré le représentant de SFR.

Il est intéressant de noter que, selon les intervenants, la préoccupation environnementale a désormais supplanté les questions sanitaires et que l'Arcep s'est engagé à faire une étude sur la consommation d'énergie de la 5G en partenariat avec l'Ademe.

Planet Tech'care réunit déjà plus de 120 entreprises

« Il y a urgence et nous devons agir de façon collective ». Grand moment de la Ref Num, Véronique Torner, administratrice du Syntec Numérique, a présenté l'initiative Planet Tech'Care lancée le 8 octobre dernier à Bercy par le Syntec et ses partenaires. Aussi à la tête d'Alter way, cette entrepreneuse engagée a souligné l'importance de mobiliser les acteurs du numérique sur les problématiques environnementales.

« Planet Tech'Care a déjà plus de 120 acteurs, pas loin de 130, et une dizaine de partenaires », s'est réjoui Véronique Torner.

Cette plateforme vise à accompagner les entreprises mobilisées pour intégrer le numérique à leur stratégie environnementale et à soutenir les acteurs de la formation dans le développement de compétences en matière de numérique responsable. L'objectif est de fédérer les acteurs pour favoriser le partage d'expériences et de ressources et de promouvoir la voie de la sobriété numérique.

Trois responsables RSE, représentantes de membres signataires de Planet Tech'Care (ASI, Docaposte et Cdiscount) ont témoigné des actions menées dans leurs entreprises pour limiter leur empreinte énergétique. Leurs retours d'expérience se rejoignent souvent.

Parmi les exemples d'actions engagées on retrouve : la mise en place d'une charte de télétravail, l'équipement informatique des salariés avec partenariat pour reconditionner et recycler le matériel obsolète, la réduction du nombre de terminaux (encouragement à avoir un seul téléphone a double sim, un photocopieur par étage avec sécurité par codes, réunion des serveurs dans un data center répondant aux normes environnementales), la communication des bonnes pratiques et sensibilisation des salariés (mettre en veille son ordinateur, ne pas gâcher le papier, éviter les avalanches de mails, démarche de gestion des déchets informatiques et apprentissage d'écogestes…), le développement de guide d'achats éco-responsable et d'usage des appareils, ou encore la mise en place d'une politique d'entreprise globale de numérique responsable.

Cdiscount lutte « contre l'obsolescence des devices » en essayant de réduire l'utilisation des batteries des appareils informatiques des clients qui surfent sur la plateforme d'e-commerce et de favoriser le recyclage des produits distribués dessus.

« C'est indispensable d'avoir le soutien du Comex », a aussi souligné la représentante de Docaposte, rejointe immédiatement par ses homologues d'ASI et Cdiscount.

Ces trois expertes ont aussi appuyé sur la nécessité d'arriver à rassembler les collaborateurs sur le projet et à ce qu'ils s'investissent dans ce changement, car ils sont demandeurs ainsi que le marché. « Il y a un véritable enjeu de formation des collaborateurs », insiste la représentant de Cdiscount. Beaucoup de choses se mettent en place pour sensibiliser et former, notamment un MOOC de l'Institut du numérique responsable (INR).

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