Fermer la publicité
Journal d'information juridique et d'annonces légales

La France peut et doit mener l'Europe, mais le veut-elle ?

le -

La France peut et doit mener l'Europe, mais le veut-elle ?
@ DR

Américain et français, vivant à Madrid depuis 20 ans et travaillant à Genève, Eric Gardner de Béville est juriste, consultant international et membre du Cercle Montesquieu. Il défend les valeurs démocratiques et républicaines de la France pour sauver l'Europe.

L'Histoire en général et nos propres histoires en particulier nous enseignent que c'est dans les moments de doute que nous retrouvons l'espoir. Or, aujourd'hui l'Europe collectivement et les pays européens individuellement doutent de leur avenir. La France peut et doit dissiper ce doute et mener l'Union européenne, mais le veut-elle ?

La France peut mener l'Europe

La France est à l'origine de l'Europe. Deux Français ont été les instigateurs initiaux et principaux de la construction européenne, Jean Monnet (1888-1979) et Robert Schuman (1886-1963), même si ce dernier est né allemand en Lorraine qui était sous domination allemande entre 1871 et 1919. Jean Monnet était un homme d'affaires futé, un financier avisé, un négociateur hors-pair et un bâtisseur infatigable. Cependant, il n'avait pas son baccalauréat, aurait versé dans la contrebande de cognac lors de la prohibition aux Etats-Unis (1919-1933) et aurait été qualifié par le Général de Gaulle de « petit financier à la solde des Américains ». Robert Schuman, quant à lui, était fonctionnaire, député, ministre, président du Conseil des ministres à deux reprises et président du Parlement européen. Bien que d'aucuns l'auraient traité de « produit de Vichy » et frappé d'indignité nationale pour avoir été un ex-ministre de Pétain, Schuman joua néanmoins un rôle primordial tout au long de la période post-guerre de la IVe République (1946-1958) et la signature du Traité de Rome (1957), pierre angulaire de l'Europe instaurant la Communauté économique européenne. Il est actuellement en cours de béatification par l'Eglise catholique.

Non seulement présente à la création de l'Europe, la France a aussi participé à tous les grands événements de la construction européenne, depuis les tout débuts et la Communauté européenne du charbon et l'acier (CECA) en 1951 jusqu'à l'union économique et monétaire (2015), en passant par le Traité de Rome de 1957, la Politique agricole commune (PAC) en 1962, l'Euro en 1999 et l'adhésion des pays de l'Est en 2004. Cette Europe s'est d'abord construite autour des six pays fondateurs, à savoir Allemagne, Belgique, Pays-Bas, Luxembourg et Italie avec la France. Par la suite, la France refusa l'entrée du Royaume-Uni en 1963 et encore en 1967, rejeta la tutelle des Etats-Unis après la fin du plan Marshall, et vota contre le projet de Constitution Européenne en 2005. Malgré cela, la France a toujours marqué et affirmé clairement son attachement profond à la construction d'une Europe forte et fière.

C'est aussi pour cette raison que l'Europe ne peut pas se construire sans la France. La France a donné à l'Allemagne, l'Italie, l'Espagne, la Belgique, les Pays-Bas, la Pologne et d'autres pays encore les fondations et institutions juridiques, administratives et politiques de leur unité, solidité et longévité depuis le début du XIXe siècle. Ce que l'on a parfois dénommé
« guerres napoléoniennes » ont en réalité été pour certains peuples libération, unification et démocratisation. Un grand nombre de pays d'Europe, mais aussi d'Afrique et d'Amérique latine, avaient adopté et profité - et profitent encore aujourd'hui - de structures judiciaires, législatives et gouvernementales issues directement des codes napoléoniens (civil, administratif, procédure, commerce, etc.). Napoléon 1er n'avait pas seulement unifié la France après la Révolution, il avait unifié l'Europe. Les fondations napoléoniennes ont résisté à l'épreuve du temps, car elles donnaient aux peuples des idéaux de justice et de gouvernance qui perdurent encore aujourd'hui.

La France doit mener l'Europe

L'unité de l'Europe géographique et la réalité de l'Union européenne politique d'aujourd'hui sont menacés par des désirs d'exit européen nombrilistes et insulaires, des populismes extrémistes de gauche et de droite, et des nationalismes égoïstes et réducteurs. Dans ce contexte menaçant, l'Europe doit être sauvée. La France doit sauver l'Europe, car la France est l'Europe et l'Europe est la France.

L'Europe est aujourd'hui attaquée par une gangrène individualiste, populiste et divisionniste tout le contraire des idéaux de « liberté, égalité, fraternité » qui sont non seulement les piliers de la République Française depuis 230 ans mais aussi les soubassements et fondations de la construction européenne depuis plus de 60 ans. Aujourd'hui, notre liberté est attaquée par une radicalisation religieuse et politique ; notre égalité est agressée par le racisme et les droits acquis ; et notre fraternité est harcelée par le relativisme et l'égoïsme.

La Nature n'aime pas le vide et tout vide est vite comblé, souvent par une force négative. Cela se voit avec le Brexit qui tel un « trou noir » cosmique commence à engloutir d'autres populations comme les Catalans, Écossais ou Flamands. La France doit réagir pour sauver l'Europe du trou noir. Elle est seule à pouvoir le faire. Le Royaume-Uni se perd dans son Brexit égoïste et insulaire ; l'Allemagne hésite devant l'incertitude post-Merkel ; l'Espagne ne sait pas comment faire face à l'illégalité constitutionnelle de l'indépendantisme catalan et ses dirigeants régionaux criminels ; l'Italie se révolte contre une immigration externe grandissante et une Europe peu solidaire ; les pays d'Europe Centrale hésitent entre un passé trop vite oublié et un avenir incertain et menaçant.

La France doit continuer de protéger les valeurs démocratiques et républicaines qui sont les idéaux qu'elle a portés haut et fort pour construire l'Europe. L'œuvre de Monnet et Schuman - et tant d'autres - Français et Européens- n'est pas achevée. Ce n'est pas en se refermant sur soi-même et en blâmant l'Europe des difficultés actuelles passagères, que la France sortira grandie et fière. Bien au contraire, si elle refuse l'Europe, notre nation sera responsable et redevable devant les générations futures de la destruction de leur avenir européen.

Mais la France veut-elle mener l'Europe ?

La France est aujourd'hui partagée et divisée. Assourdis par les politiciens extrémistes et leurs chants de sirènes clamant un avenir prometteur sans l'Europe, certains concitoyens ont perdu l'espoir d'un monde meilleur européen. Ils oublient trop vite que cette Europe a été la garantie de paix sur le territoire français depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, soit 75 ans consécutifs, la plus longue période de paix depuis la Révolution française.

Mais d'autres Français - la majorité même - gardent l'espoir et la conviction de la force dans l'Union. Ceux-là se souviennent de l'engagement pris par les Français, les Britanniques et les Allemands aux côtés des Américains, de défendre Berlin Ouest, Berlin libre, dès 1961 et le début de la construction du mur de Berlin. Leur persévérance eut gain de cause et le « mur de la honte » tomba en novembre 1989, il y 30 ans déjà. La réunification des deux Allemagnes fut un grand projet et tout un symbole européen, auquel la France a aussi beaucoup contribué politiquement et économiquement.

La France voudra-t-elle maintenant être en tête de peloton et prendre en main le leadership de l'Europe ? Le président de la République a pris des décisions et affiche une volonté dans ce sens. D'autres personnalités politique - comme Xavier Bertrand - affirment que « l'Europe pour la France ce n'est pas une option, c'est une évidence ». C'est bien dit et c'est bien ainsi, mais le gilet-jaune contestataire, l'agriculteur mal-aimé, l'étudiant hésitant et le retraité inquiet le comprennent-ils et le veulent-ils ?




Ses derniers articles

Abonnez-vous à l'offre Papier + Numérique

Affiches Parisiennes Journal d'information juridique et d'annonces légales

  • ›   Pour plus de contenu, papier + web
  • ›   l’accès aux annonces légales,
  • ›   l’accès aux ventes aux enchères.
Je m'abonne

À lire également


Réagir à cet article

Message déjà envoyé Adresse e-mail non valide


Fermer
En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies et de technologies similaires par notre société ainsi que par des tiers, afin de réaliser des statistiques d'audiences et de vous proposer des services éditoriaux et la possibilité de partager des contenus sur des réseaux sociaux. En savoir plus / paramétrer