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La finance française se lance dans les stress-tests climatiques

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La finance française se lance dans les stress-tests climatiques
@ Adobe Stock

L'Autorité de Contrôle Prudentiel et de Résolution (ACPR) et la Banque de France viennent de publier les résultats de l'exercice pilote de stress-tests climatiques couvrant les secteurs de la banque et de l'assurance. « Cet exercice totalement inédit et pionnier nous a permis une évaluation de l'exposition des institutions financières françaises au risque du changement climatique et une analyse d'impact de leurs stratégies et de la portée systémique de ce risque », explique Denis Beau, sous-gouverneur de la Banque de France, convaincu de la nécessité de mener ce travail prospectif.

Première mondiale, cet exercice comptable innovant consiste à conduire une évaluation des risques financiers associés au changement climatique par un superviseur avec les groupes bancaires et organismes d'assurance volontaires placés sous sa responsabilité.

L'objectif pour Denis Beau, le sous-gouverneur de la Banque de France, est de « stimuler la réflexion et l'analyse sur la stratégie de gestion des risques climatiques sans que cela débouche sur des prescriptions quelconques ». S'en suivront en revanche « l'établissement et le partage des bonnes pratiques ». Ce travail qui a duré un an illustre selon lui la mobilisation de la Banque de France, de l'ACPR et de la place financière de Paris dans la lutte contre le changement climatique. Il souligne également la nécessité pour les établissements financiers et les superviseurs d'amplifier et d'accélérer leurs actions face à l'urgence climatique.

Son caractère inédit réside dans la période des risques évalués : « un horizon de 30 ans, jusqu'à 2050, contre 3 à 5 ans sur les stress-test traditionnels », note Denis Beau, les méthodologies employées et la couverture tant des risques physiques que de transitions associées au changement climatique.

Un travail pionnier ayant atteint ses 3 principaux objectifs

Satisfait, Denis Beau, explique que « cet exercice a atteint ses trois principaux objectifs ». D'abord la très forte mobilisation de l'industrie financière, qui a pour la majeure partie a accepté de participer à cette étude sur la base du volontariat. En effet, pas moins de 9 groupes bancaires (soit près de 85 % de l'actif bancaire français), 15 groupes d'assureurs et 22 organismes d'assurance (soit 75 % des provisions techniques et des actifs des assureurs) ont pris part à ces travaux de type « bottom-up » où les institutions financières ont réalisé les calculs et mesuré les impacts selon des informations et des hypothèses macro-économiques communes définies par le superviseur. Laurent Clerc, directeur d'étude et d'analyse des risques de l'ACPR, relève ainsi le « fort intérêt de la profession à participer à ce type d'exercice ».

Le sous-gouverneur de la Banque de France mentionne ensuite la volonté de « catalyser les réflexions sur la prise en compte du changement climatique » en boostant notamment le développement d'outils adaptés au sein des institutions financières et la mobilisation transversale des équipes. C'est ainsi une question de « supervision prudentielle et de stabilité financière ».

Il cite enfin le principal but qui est d'évaluer les expositions au risque climatique et d'identifier des stratégies de gestion de ce risque en croissance exponentielle.

Des résultats plutôt positifs à interpréter avec prudence

« Il est très important d'avoir initié cette démarche même si les résultats de ce premier stress-test sont relativement fragiles. Nous allons évidemment progresser au cours des exercices ultérieurs », explique Jean-Paul Faugère, vice-président de l'ACPR avant d'annoncer la reconduction régulière de ce travail dont le prochain exercice est déjà prévu pour 2023-2024.

Sur la même longueur d'ondes, Denis Beau évoque aussi « des résultats à prendre avec prudence compte tenu des scenarios sur lesquels ils reposent mais qui restent tout de même représentatifs vu le nombre élevé d'établissements financiers participants ».

« La tendance à retenir est qu'à l'horizon 2050 les banques se seront adaptées donc le risque encouru est modéré », explique ce dernier.

Côté assureurs « les impacts sur les portefeuilles d'actions dans les secteurs sensibles évoluent significativement. Le risque de transition climatique peut donc être qualifié de modéré pour les assureurs car leur part d'actions dans les secteurs exposés au risque n'est que de 17 % du volume », précise Jean-Paul Faugère. « Les assureurs ont déjà pris la mesure du risque de changement climatique et les obligations de reporting extra-financier qui se renforcent ont tendance à infléchir leur politique d'investissement dans les secteurs à risques », ajoute-t-il. Même s'il faut les prendre avec des pincettes, les résultats de cette étude seront « incontestablement utilisés à la prochaine mise en œuvre de la directive européenne SFDR et de l'article 29 de la loi Energie Climat en France » selon Jean-Paul Faugère.

Augmentation du coût du risque et de la réassurance

« En dépit de cet effort d'adaptation et de réorientation des expositions, le coût du risque est en forte hausse tandis que les probabilités de défauts augmentent », alerte toutefois Denis Beau.

Laurent Clerc évoque, quant à lui, le risque sur les marchés financiers de chocs de type catastrophe naturelle qui n'ont pas forcément été pris en compte dans l'étude. « On ne sait pas encore quelle forme prendra le prochain exercice mais l'idée c'est de tirer le bilan de celui-ci, et de ceux mis en œuvre par d'autres superviseurs comme la banque centrale d'Angleterre et la BCE. Un des points sur lesquels on va certainement travailler est le risque physique et les modèles de catastrophes naturelles ».

En outre, « la place de la réassurance dans le futur sera certainement très significative en la matière », considère le vice-président de l'ACPR tandis que l'étude montre que le niveau des primes d'assurance et de réassurance reste plutôt constant. « L'importance de ce risque sera d'autant plus grave qu'on n'aura pas pris les mesures de l'Accord de Paris et les réassureurs contribueront à la maîtrise du risque », considère-t-il.

À la question de savoir si cela va engendrer une hausse des coûts des polices d'assurance, il répond que même si les établissements anticipent un maintien du ratio sinistres/primes ils prévoient toutefois une augmentation des primes sur les dommages aux biens. « Le coût de la sinistralité se répercutera sur les clients comme un accroissement de la charge d'assurance ce qui veut dire qu'un certain nombre de risques ne seront pas couverts ce qui est un problème pour la viabilité sociale », alerte-t-il. Un constat qui confirme la nécessité d'adapter nos vies et nos politiques publiques à la transition écologique.




Anne MOREAUX
Journaliste

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