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La crise a créé une expérience plutôt positive de la démobilité

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La crise a créé une expérience plutôt positive de la démobilité
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« Cette étude confirme l'accélération d'une transformation de la mobilité vers les modes doux mais aussi d'une rupture avec beaucoup moins de déplacements », commente Christophe Fanichet, PDG de SNCF Voyageurs, en découvrant les résultats de la dernière édition de l'Observatoire des mobilités émergentes.

« 2020 est une année hors-série car le contexte de crise sanitaire est très particulier. 4 500 personnes ont été interrogées du 21 au 29 octobre 2020 dans une période d'entre-deux confinements qui se situe à un carrefour entre la persistance des nouvelles habitudes et une forme de retour à la normale avec une reprise d'activité ayant suivi la rentrée de septembre », explique Guénaëlle Gault, directrice générale de l'Obsoco, qui établit l'Observatoire des mobilités émergentes, selon qui cette période est « particulièrement intéressante ».

Créé en 2014, cette étude, menée en partenariat avec Chronos, l'Ademe et la SNCF, vise à mesurer et suivre dans le temps l'engagement des individus dans des pratiques de mobilité émergentes, objectiver leurs attitudes et comprendre les déterminants à l'origine de leurs comportements. Les résultats de cette 4e édition s'avèrent particulièrement éclairants pour se projeter sur ce que sera la mobilité des Français dans les mois à venir.

« Ce regard un peu extérieur nous permet d'avoir une autre appréhension de la mobilité française. Cette étude illustre des tendances de fond très importantes que les opérateurs doivent rendre en compte », constate Christophe Fanichet, PDG de SNCF Voyageurs.

Forte limitation des déplacements facilitée par le télétravail et l'e-commerce

« Le premier enseignement de cet observatoire est l'état des déplacements dans un contexte où la mobilité était contrainte, voire interdite, et cette période marquée par une forte limitation des déplacements individuels, la poursuite du télétravail et le changement des modes d'approvisionnement », explique-t-elle.

Malgré la reprise progressive de l'activité induite par l'amélioration de la situation sanitaire durant l'été et la rentrée de septembre, 2020 reste marquée par une forte limitation des déplacements individuels. Au moment de l'enquête, 55 % des répondants déclaraient limiter encore leurs déplacements. Plus de 19 % ne sortaient que pour des activités indispensables (courses alimentaires, travail, rendez-vous médicaux…) et seulement 25 % avaient repris le cours de leur vie « pré-Covid ». Un constat qui se poursuivra sans doute cette année.

Cette démobilité s'illustre notamment par le maintien du recours au télétravail (à temps complet ou partiel) pour près de 70 % des actifs ayant la possibilité d'exercer leur profession à distance (qui comptent pour 42 % de la population active). Pour les 30 % qui indiquent avoir repris le travail en présentiel, la réticence de l'employeur constitue le principal obstacle au télétravail. On note toutefois qu'une part également significative pointe avant tout le fait que leur domicile ne leur permet pas de télétravailler dans de bonnes conditions (26 %).

Entre maintien des habitudes issues de la première période de confinement et stratégies visant à limiter les risques de contamination dus à la fréquentation des magasins, l'état des lieux dressé en octobre confirme la forte progression du e-commerce et du drive (17 % d'usage en hausse depuis le début de la crise sanitaire pour seulement 4 % d'usage en baisse, soit un solde d'évolution de +13). Ces stratégies d'approvisionnement se répandent même si elles concernent davantage les jeunes et les actifs. « On dit souvent qu'on a gagné de 3 à 5 ans sur l'adoption de ces nouvelles pratiques de consommation digitales », souligne Guénaëlle Gault.

Essor des modes de mobilité individuels

L'étude montre que les mobilités individuelles de proximité se sont multipliées donnant la part belle à la marche à pied (usage en hausse pour 27 % des Français versus une baisse chez seulement 5 %, soit un solde d'évolution de +22) et à la bicyclette (solde d'évolution de +6).

Il s'agit d'une enquête « utile et très riche qui en dit long sur les changements de comportements de mobilité des ménages, notamment la croissance des modes actifs qui s'explique par le contexte mais est fortement accompagnée par le développement d'infrastructures et de services comme l'aide financière pour le vélo », souligne Marie Joly, animatrice Mobilités Emergentes Service Transport & Mobilités de l'Ademe.

Le recours à l'automobile s'est également accru, mais de manière finalement très modérée (15 % des Français en ont augmenté leur usage, mais 12 % l'ont diminué, soit un solde d'évolution de seulement +3). « Le danger est de reprendre la voiture comme valeur refuge en temps de menace pandémique », averti Laurent Jegou, chef de projets Mobilité et Prospective chez Chronos.

Les rédacteurs y voient en effet une volonté délibérée d'éviter les transports collectifs urbains qui ont subi une forte chute à cause de la préoccupation sanitaire.

« Les transports collectifs souffrent beaucoup de la question du sanitaire. Sur 2020, la SNCF a perdu 42 % de ses voyageurs aussi bien sur la courte distance que sur les longues. Nous pouvons donc corroborer les chiffres de l'Observatoire », indique Christophe Fanichet qui regrette que la voiture prenne le pas sur les transports collectifs alors que les préoccupations environnementales augmentent.

Guénaëlle Gault constate aussi une bonne réception des aménagements réalisés depuis la crise « sauf en agglomération parisienne où les habitants sont plus critiques car le recours à la voiture est plus fréquent », grandement appréciés pour des raisons de sécurité mais aussi environnementales. En revanche, « pour 60 % des Français, l'avenir est malgré tout dans les transports collectifs ».

« C'est le contexte de mobilité urbain qui pourrait être le gagnant de la crise avec l'accélération sans précédent de la pratique du vélo et de la marche et une pérennité de celle-ci notamment grâce à l'accélération du télétravail et du déshorage », remarque Laurent Jegou. « On constate aussi un mouvement de réappropriation de l'espace public par les piétons, tant du côté des usagers que des Pouvoirs publics. Il faut se saisir de cette formidable dynamique des modes de déplacements actifs », se réjouit-il. « Les perspectives sont en revanche plus contrastées dans les zones moins denses et pour les personnes à mobilité réduite. Malheureusement, la crise exacerbe les inégalités », nuance-t-il en préconisant de booster l'utilisation du vélo électrique, et de travailler à la revitalisation des centres-villes.

Evolution amenée à durer

Les projections pour les mois qui viennent indiquent une mobilité en diminution générale amenée à durer, en particulier pour les activités les moins « essentielles », avec 47 % des Français envisageant ainsi de se déplacer « moins qu'avant » dans les magasins. « Si certains Français regrettent de pouvoir gagner leur vie mais de ne pas pouvoir la vivre, l'expérience est plutôt bien vécue. Il y a toutefois un clivage dans les perceptions et des situations très variables où certains ont pu économiser tandis que d'autres subissent des restrictions de budget », constate cependant Guénaëlle Gault.

Par ailleurs le télétravail est amené à se pérenniser en partie, même après la crise sanitaire passée. Plus de la moitié des actifs qui ont la possibilité de travailler à distance considèrent que cela fera partie intégrante de l'organisation de leur travail à l'avenir. Ainsi, 54 % des personnes poursuivrait le télétravail plusieurs jours par semaine. L'étude relève aussi une « modification du rapport plus général au travail avec besoin de souplesse, d'autonomie et d'autres formes de hiérarchie ».

Convaincu que la crise Covid est loin d'être terminée, le PDG de SNCF Voyageurs déclare qu'il faut « arriver à étaler les heures de pointe et à s'adapter à la contrainte sanitaire ». Il précise aussi que les modes de consommation de la mobilité longue distance ont aussi changé car on ne réserve plus à l'avance désormais, mais seulement quelques jours avant le départ ce qui demande un « grand travail d'anticipation à la SNCF pour faciliter la vie des voyageurs ». Il annonce ainsi l'ouverture de deux nouvelles lignes de trains de nuit (Paris-Nice et Paris-Tarbes) et que la SNCF travaille avec d'autres pays européens pour développer des « modes ferroviaires doux ». « En 2021 l'écologie sera au rendez-vous et le train est la solution », conclut-il sur une note optimiste.




Anne MOREAUX
Journaliste

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