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La compétitivité : du péché capital à la faute vénielle

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La compétitivité :  du péché capital à la faute vénielle
@ AP - Geoffroy Roux de Bézieux.

Alors que Bruno Le Maire, ministre de l'Économie, propose un « Pacte productif », revient en mémoire un sujet de débat lancé en 2012 par un rapport auquel Louis Gallois avait attaché son nom. Sept ans après, le Medef invite à questionner les apports réels des travaux de l'ancien inspecteur général des finances, et les problématiques d'aujourd'hui autour du « gros mot compétitivité ».

« Il n'est pas facile de jongler avec les mots, en particulier avec les gros mots », disait Raymond Devos cité par Geoffroy Roux de Bézieux.
« La compétitivité est-elle toujours un gros mot ? » était le thème de débats récemment organisé au Medef. Marie-Claire Capobianco et Jacques Creyssel accueillaient Louis Gallois, ce « capitaine d'industrie » qui a attaché son nom à la SNCF, Airbus et PSA, mais surtout à un rapport remis le 5 novembre 2012 au Premier ministre Jean-Marc Ayrault. « C'est un des seuls rapports, avec le rapport Atali, dont on se souvient ces dernières années, et pourtant il y en a eu », commente le président du Medef.

Pour Denis Ferrand, membre du bureau de la commission “Économie, compétitivité et finance” au Medef, le rapport Gallois a eu pour principale vertu de « transformer en faute vénielle le péché capital qu'était le fait de parler de compétitivité ». Absent du lexique de campagne du candidat Hollande, le terme était bien pourtant au cœur de la mesure phare du CICE. Si certaines préconisations du rapport ont ainsi été suivies, avoisinant le choc de compétitivité recommandé à hauteur de 1,5 point de PIB, d'autres ne semblent pas l'avoir été, telle l'instauration d'une stabilité dans l'environnement fiscal.

La France pansée, mais non cicatrisée

Sept ans plus tard, Denis Ferrand dresse le bilan suivant : « la France a stoppé l'hémorragie sans avoir redressé la barre de la compétitivité de son industrie ». Chiffres avancés à l'appui, l'industrie ne pèse que 10,9 % dans la valeur ajoutée (seuls Chypre, Malte et le Luxembourg font moins bien dans l'Union européenne), les emplois dans l'industrie ont diminué de 25 % depuis 2000, même score que la Grèce et bien au-dessus de la moyenne européenne (-13 %). Le solde commercial est, quant à lui, qualifié de « sinistre ». L'économiste Sarah Guillou, si elle juge bien la situation « alarmante », invite toutefois à édulcorer quelque peu l'analyse. Il faut se méfier, explique-t-elle, d'indicateurs comme le solde commercial (très positif en Italie, très négatif aux États-Unis, ce qui n'a rien à voir avec la compétitivité de ces pays) ou comme la part de la France dans les exportations de l'UE, un score par nature relatif, la position de l'Hexagone dépendant de celle des autres dans un ensemble qui s'est élargi depuis 2 000. Si la part de la France diminue depuis 2 000 dans les exportations européennes, le volume des exportations françaises augmente bel et bien. Cependant le souci est que l'on a surtout affaire à une hausse par la marge intensive (ceux qui exportaient déjà exportent davantage) que par la marge extensive (les volumes augmentent car de nouvelles entreprises se mettent à exporter), preuve qu'il est difficile de payer les coûts fixes qui permettent d'exporter et dont nous parle le modèle de l'économiste Marc Melitz.

Parmi les facteurs explicatifs de ce paysage inquiétant sont avancées la perte de substance durable du tissu industriel français, la concurrence par les coûts salariaux exercés par des pays comme l'Italie ou l'Espagne et surtout les charges sociales bien plus élevées qu'ailleurs. Sont en particulier dénoncés les impôts sur la production.

Injustes, déprimants : les impôts sur la production en question

Ils sont qualifiés d'« injustes » par Anne-Charlotte Fredenucci, présidente du groupe Ametra spécialisé entre autres dans l'ingénierie aéronautique, qui par une note rédigée suite au salon du Bourget souhaite montrer à la secrétaire d'Etat Agnès Panier-Runacher les écarts systématiques entre les chiffrages des offres françaises et ceux des entreprises étrangères. Elle appelle à un « choc de confiance » via ces impôts qui dans les moments difficiles « ont un effet terrible sur la psychologie et la confiance des chefs d'entreprise ». Elie Cohen dénonce, lui, une « anomalie française » et l'idée selon laquelle la croissance implique la désindustrialisation. Pour Geoffroy Roux de Bézieux, ces prélèvements locaux « ruinent le consentement à l'impôt des chefs d'entreprise » précisant qu'ils « sont prêts à participer à la collectivité mais ne sont pas prêts à payer pour une absence de services en retour ». Ces impôts ont, par ailleurs, des effets accélérateurs pervers pour les entreprises en difficulté et leur diminution permettrait d'augmenter les marges et, consécutivement, de réaliser les indispensables investissements verts qui détruisent du capital (il s'agit de produire le même output avec moins de CO2 en input). Louis Gallois se dit favorable à la baisse de ces impôts tout en apportant un sérieux bémol : puisque cette baisse devra être financée, les entreprises devront faire une partie du chemin, en acceptant notamment de recevoir moins d'aides, « il faut regarder les choses en face ».

Regarder les choses en face, de la compétitivité vers l'attractivité

Regarder les choses en face, c'est aussi constater que bien des choses ont changé depuis 2012. Les questions qui tournent autour du numérique et de l'environnement étaient absentes de son rapport et la mondialisation a basculé sur un mode conflictuel engendrant une régionalisation des chaînes de valeur. L'ancien premier cheminot de France identifie en 2019 des problèmes plus larges que la question de la compétitivité. S'il mentionne la faiblesse des efforts de l'Union européenne sur l'intelligence artificielle qui « conditionnera l'industrie de demain et notre souveraineté », il décrit surtout des problèmes d'échelle : « notre industrie est trop petite par rapport à la taille de notre économie, la problématique de la compétitivité doit être élargie à celle de l'attractivité ».

La France excelle dans l'accueil d'IDE, mais ceux-ci, selon Louis Gallois, ne seraient pas assez orientés vers les capacités de production. Safran met neuf mois pour s'implanter en France, le grand bassin industriel d'Alès n'a pas de quatre voies, les zones blanches dans les Ardennes : « Il y a autre chose », dit-il à un public largement acquis à sa cause. S'il dépeint des territoires que la désindustrialisation a laissés dans un état « catastrophique », il souligne aussi que ces derniers « doivent se prendre en main faute de quoi une politique centrale ne suffit pas ». Il cite ainsi les bons élèves qui ont su allier initiatives locales et ressources nationales comme le bassin des Herbiers en Vendée, Figeac dans le Lot ou encore Oyonnax dans l'Ain. « Il ne faut pas envoyer les aides là où il n'y a pas de volonté de lancer des dynamiques : c'est arroser du sable sinon », lance-t-il en dénonçant des « attitudes victimaires » qui posent problème dans la politique des 144 territoires d'industrie. « Il faut qu'élus et chefs d'entreprise s'y collent ensemble »

L'industrie bouge

Louis Gallois salue par ailleurs le Pacte productif qui donne « un cadre dont on a besoin », appelle à la mise en place d'une frontière carbone au risque de subir une double pollution (des emplois délocalisés vers des endroits où les modes de production sont de surcroît moins respectueux de l'environnement). Il appelle surtout à briser l'image de l'industrie comme lourde et polluante, celle des grosses cheminées d'usine crachant d'épaisses fumées noires, celle qui dissuade les jeunes ingénieurs diplômés de travailler dans ce secteur. « Auprès des territoires et des jeunes, il faut montrer que l'industrie bouge et qu'elle fait plus d'effort que le reste de la société civile sur l'environnement », montrer l'industrie 4.0 dont Anne-Charlotte Fredenucci a vanté les mérites.




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