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La Cité internationale universitaire de Paris se mobilise pour les réfugiés ukrainiens

La Cité internationale universitaire de Paris élabore le projet d’une « Maison virtuelle de l’Ukraine ». L’objectif, très symbolique mais hautement concret, est de pouvoir accueillir jusqu’à 500 réfugiés grâce à de nombreuses actions mises en place.
La Cité internationale universitaire de Paris se mobilise pour les réfugiés ukrainiens

Actualité Publié le ,

« Je suis effrayée mais je peux dire que je suis extrêmement fière du peuple Ukrainien. Même si je suis physiquement en France, en sécurité, une grande part de moi est toujours là-bas. » C’est la voix tremblante dans le parc de la Cité internationale universitaire de Paris qu’Olena Vol, jeune réfugiée Ukrainienne, fait part de son inquiétude sur la situation.

Cette année, elle effectue sa dernière année de licence d’économie à l’Université Panthéon-Sorbonne grâce au programme Erasmus. Désormais, et ce, depuis le début du conflit, elle s’engage également auprès du projet de « La Maison virtuelle de l’Ukraine » lancée par la résidence.

La Cité internationale universitaire de Paris, imaginée en 1925, rassemble dans un même lieu des jeunes talents du monde entier, dans un havre de paix digne d’un décor américain.

Le campus, constitué de 43 maisons destinées aux étudiants, chercheurs et artistes, de nationalités différentes, est conçu pour offrir la possibilité d’expérimenter le vivre ensemble dans une ambiance internationale. Toutefois, la cité ne possède pas de résidence dédiée à l’Ukraine. C’est pourquoi, solidaire avec la population touchée par le conflit, qui a débuté le 24 février dernier, le conseil d’administration de la Cité universitaire s’est allié à l’architecte Jean-Michel Wilmotte afin d’imaginer une « Maison virtuelle de l’Ukraine ».

Mobilisation de la Cité universitaire

Alors que la guerre en Ukraine perdure depuis plus de deux mois maintenant, les actions de mobilisation se multiplient. Michel Kriebs, directeur de l’hébergement de la Cité internationale universitaire de Paris, se projette sur la durée : « Nous avons très vite ressenti le besoin de nous installer dans un moyen ou long terme pour répondre aux besoins de l’Ukraine et montrer notre solidarité. Par exemple, en mettant en place des structures qui nous permettent d’accueillir ces résidents et de poursuivre leur cursus universitaire dans les meilleures conditions. L’idée est d’avoir confiance dans la fin de ce conflit. Que l’université ukrainienne se reconstruise et que ces étudiants, à terme, puissent participer à la reconstruction de leur pays ».

Michel Kriebs
Michel Kriebs, directeur de l'hébergement de la Cité internationale universitaire de Paris

L’initiative est venue de Jean-Marc Sauvé, président du conseil d’administration, dès le début des hostilités. Tout le reste s’est mis en place très rapidement : « Cette maison est virtuelle dans les faits, elle n’existera pour le moment pas réellement dans la cité mais tout ce qui va autour est bien concret. On accueille de vrais résidents dans de vrais logements, dans chacune des 43 maisons de la cité qui lui sont réservées. L’objectif est d’accueillir jusqu’à 500 résidents. Toute l’organisation que l’on met autour existe bien telles que l’aide financière, médicale ou psychologique. L’objectif sera également de leur donner accès à toutes les infrastructures, qu’elles soient sportives, artistiques ou encore le suivi administratif qui sera pris en charge. Tout cela est très concret », précise Michel Kriebs.

Implication des Ukrainiens déjà sur place

Olena Vol et Myroslava Lozhko sont deux étudiantes ukrainiennes. Myroslava, elle, prépare son master et ses inscriptions pour l’année prochaine dans un cursus culturel. Toutes les deux, comme beaucoup d’étudiants concernés par la guerre, ont rapidement été mises au courant du projet de la maison virtuelle et permettent d’y apporter leur contribution ou d’y trouver l’aide nécessaire. Le directeur des admissions énumère chaque initiative : « cellule d’écoute, cellule psychologique, nous avons aussi fait en sorte qu’ils puissent se rencontrer. On les a accompagnés sur différentes opérations qui ont drainé d’autres résidents avec eux de toute nationalité. Des collectes de dons ont également été mises en place et directement envoyées en Ukraine. Nous préparons l’accueil de futur résidents et ceux déjà présents contribuent à leur accueil ».

Les deux jeunes étudiantes ne manquent pas d’exprimer leur reconnaissance. Outre ce qu’elles peuvent apporter pour les futurs arrivants, ce projet leur procure aussi beaucoup : « Ici je trouve le soutien nécessaire. Il est difficile de croire à ce qu’il se passe en ce moment. Tous mes amis sont restés là-bas, je ne peux presque pas discuter avec eux. Ce projet me permet d’aider des personnes comme moi et d’essayer de retrouver une vie normale. Cette aide est vraiment importante pour essayer de continuer, de supporter et surtout de comprendre la guerre tous ensemble », explique la future étudiante en master. Avec le sentiment de solitude des étudiants qui se trouvent dans un pays qui n’est pas le leur et qui est en guerre, les difficultés s’accroissent. Olena Vol évoque son quotidien qui n’est plus le même depuis deux mois : « Toute ma famille est toujours en Ukraine. Désormais, et ce depuis le début, la première chose que je fais quand je me réveille c’est de regarder les informations, ma routine n’est plus la même ».

De quoi rendre tout cela concret

La Cité internationale se positionne en pivot de l’accueil des réfugiés en Île-de-France, qu’ils soient chercheurs ou étudiants. La centralisation en un point unique à la Cité internationale pour faciliter les démarches de ces publics est indispensable pour garantir l’aboutissement des demandes. C’est pourquoi ce lieu emblématique au décor cinématographique va créer une offre d’hébergement spécifique. Les étudiants et chercheurs ukrainiens actuellement sur site devront solliciter leur réadmission et seront automatiquement intégrés dans la Maison virtuelle de l’Ukraine s’ils sont admis. C’est d’ailleurs les procédures que Myroslava Lozhko met en place en ce moment pour de nouveau intégrer un cursus culturel en niveau master dès septembre. Une manière pour elle d’atténuer ce sentiment « d’obscurité » qu’elle ressent face à la guerre.

Les profils éligibles et les conditions d’admission sont les mêmes quelle que soit la nationalité. Toutefois, les étudiants déjà résidents sollicitant une réadmission, seront prioritaires pour une prolongation estivale sur la période juillet et août 2022. Pour ceux en provenance d’Ukraine, Michel Kriebs tient à préciser la simplification de la procédure : « Pour ces profils, une inscription préalable dans un établissement d’enseignement supérieur francilien ne sera pas exigée. Pour une résidence durable supérieure à trois mois, un lien avec l’enseignement supérieur sera tout de même attendu ».

L’art comme réponse à la guerre

Jean-Michel Wilmotte, architecte renommé, a très rapidement adhéré aux projets, au point que la maison, dite virtuelle, soit déjà dessinée et prête à être construite si les fonds nécessaires étaient rassemblés. Malgré l’aspect professionnel, Jean-Michel Wilmotte a accepté ce challenge pour des raisons personnelles et pour les sentiments que ce projet lui procure : « Je ne pouvais qu’accepter. Ça m’est apparu comme une évidence. La maison de l’Ukraine est un projet virtuel, hautement symbolique qui évoque le drame d’un pays que j’affectionne tout particulièrement. J’ai souhaité suggérer un lieu où les étudiants pourraient habiter, vivre et travailler ».

Comme le précise Michel Kriebs, son rôle est double : « Il fallait concrétiser cette maison, la rendre presque réelle, d’où l’intérêt d’avoir un architecte comme Jean-Michel Wilmotte. Il a réellement conceptualisé un lieu qui pourrait exister à l’état solide un jour. En terme de communication, l’objectif est de la faire connaître, la rendre plus concrète. Pour cela, il y a deux axes : la créer pour donner une identité à la communauté ukrainienne qui va nous rejoindre. Et à la fois avoir des moyens de générer des dons, avec des œuvres NFT, entre autres, qui vont être créés et vendu par l’architecte lui-même. Il y aura aussi une maquette de cette maison qui sera vendue aux enchères. Tout cela permettra au grand public et aux entreprises de participer et de les impliquer à ce projet et surtout, de pouvoir accueillir et prendre en charge les universitaires qui vont nous rejoindre ». Ces ambitions sont également un levier financier puisque trois dessins réalisés par Jean-Michel Wilmotte seront vendus sous format NFT, qui est un objet numérique permettant d’en assurer la propriété grâce au système de blockchain. Un appel aux dons est également lancé, ce qui permet aux particuliers et aux entreprises de participer. Enfin, une vente aux enchères aura lieu le 8 juin, avec une représentation en trois dimensions d’une maquette de la maison ainsi que trois lithographies du lieu signées Jean-Michel Wilmotte.

Ces œuvres, ainsi que l’ensemble du projet, sont finalement une manière de mettre en avant l’art et la culture comme réponse au fracas et aux destructions de la guerre.

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