AccueilActualitéRégion Île-de-France & Grand ParisLa capitale est tout ouïe pour pallier les fuites

La capitale est tout ouïe pour pallier les fuites

Casque sur les oreilles, un technicien écoute l'eau dans les canalisations, grâce à l'un des 2 300 capteurs sonores installés dans les égouts parisiens.
La capitale est tout ouïe pour pallier les fuites
© Adobe Stock

ActualitéRégion Île-de-France & Grand Paris Publié le ,

Alexandre Robin traque les fuites qui représentent chaque année l'équivalent de quelque 10 millions de mètres cubes ; environ le contenu d’environ 3 000 piscines olympiques.

« J'entends juste le flux d'eau qui est assez calme. S'il y avait une fuite, le bruit serait beaucoup plus fort, beaucoup plus aigu. Et là, l'appareil se met à saturation et je le sais tout de suite », explique-t-il à l'AFP, lors d'une inspection dans le 20e arrondissement. Selon l'Observatoire national des services publics d'eau et d'assainissement, au niveau national, environ un cinquième de l'eau potable se perd dans les réseaux, en majeure partie à cause des fuites, alors que la ressource en eau devient de plus en plus précieuse, face au réchauffement climatique et aux périodes de sécheresse.

Eau de Paris, l'organisme public en charge de la gestion de l'eau dans la capitale, a réussi à limiter ces pertes à moins de 10 % et vise un objectif de moins de 8 %, grâce notamment aux petits capteurs oranges, aimantés sur les tuyaux. Les techniciens n'ont pas besoin de venir tendre l'oreille à chaque bouche d'égout, car le système est automatisé. Toutes les nuits, entre 2h et 3h, les capteurs enregistrent le bruit de l'eau et transmettent les données au système informatique. Les agents peuvent ensuite visualiser sur leur ordinateur une carte de Paris avec l'état du réseau rue par rue. En cas de fuite, une icône s'affiche. Il n'y a plus qu'à aller chercher autour du capteur son emplacement exact.

« Avant les capteurs, il fallait cheminer plusieurs kilomètres – dans les égouts, NDLR – pour trouver la fuite. Alors qu'aujourd'hui on a réduit la recherche à 600 m en moyenne, puisque le capteur capte jusqu'à 300 m de part et d'autre », indique Alexandre Robin.

« Des années d'inaction »

Le fait que les agents puissent circuler dans les égouts parisiens est toutefois déjà un avantage de taille pour détecter les fuites : partout ailleurs, il faut parfois attendre que des foyers soient privés d'eau ou que les compteurs s'affolent pour les repérer. D'autres villes comme Lyon et Bordeaux ont aussi installé des capteurs acoustiques. « Il faudrait généraliser ce type de technologies partout en France », plaide auprès Tristan Mathieu, délégué général de la Fédération professionnelle des entreprises de l'eau. Les zones rurales sont les plus touchées par les fuites, avec dans certains cas plus de la moitié de l'eau en circulation qui disparaît car elles doivent entretenir des kilomètres de réseau reliant les communes, mais disposent de trop peu de financements pour le faire.

« Dans les zones de montagne aussi où il y a toujours eu beaucoup d'eau, les rendements de réseau sont souvent moins bons mais cela risque de devenir un problème avec la sécheresse », assure Régis Taisne, responsable des questions d'eau à la FNCCR, une association de collectivités territoriales autour des services publics en réseaux. En 2010, la loi Grenelle II a fixé à 15 % le taux maximal de fuites, faute de quoi les communes doivent adopter des plans d'actions pour rénover leurs réseaux. « Mais on ne peut pas combler des années d'inaction facilement », soupire Régis Taisne.

D'après Tristan Mathieu, il faudrait un milliard d'euros par an d'investissement chaque année en France pour remplacer suffisamment de canalisations. Lentement, la France grappille quand même de meilleurs rendements. De 979 millions de mètres cubes d'eau perdus en 2010, soit l'équivalent de la consommation annuelle de 19,5 millions de foyers, elle est passée à 937 millions de mètres cubes en 2020.

Les acteurs interrogés s'accordent à dire qu'il est possible de réduire fortement ce gâchis à force de plans d'investissements, mais pas de le faire disparaître.
Selon le directeur général d'Eau de Paris, Benjamin Gestin, il faut aussi prendre en compte le bilan carbone des interventions: le transport pour se rendre sur place et la fabrication de nouveaux tuyaux en fonte étant particulièrement polluants. Il plaide avant tout pour une réduction de la consommation d'eau au quotidien pour préserver la ressource.

Partager :
Articles similaires
Abonnez-vous
  • Abonnement intégral papier + numérique

  • Nos suppléments et numéros spéciaux

  • Accès illimité à nos services

S'abonner
Journal du 23 septembre 2022

Journal du23 septembre 2022

Journal du 16 septembre 2022

Journal du16 septembre 2022

Journal du 09 septembre 2022

Journal du09 septembre 2022

Journal du 02 septembre 2022

Journal du02 septembre 2022

S'abonner
Envoyer à un ami
Connexion
Mot de passe oublié ?