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Jean-Claude Juncker : « L'UE a pris trop d'influence sur la vie quotidienne des citoyens »

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Jean-Claude Juncker : « L'UE a pris trop d'influence sur la vie quotidienne des citoyens »
@A.P. - Jean-Claude Juncker, président de la Commission européenne, a rappelé les valeurs fondatrices de l'UE.

Invité par le barreau de Paris dans le cadre des Grandes conférences européennes, Jean-Claude Juncker a défendu avec force l'Union européenne, tout en pointant certaines de ses dérives.

« L'Union européenne a voulu interférer dans tous les domaines de la vie quotidienne, avec pour résultat un désenchantement des peuples d'Europe », a reconnu Jean-Claude Juncker à la maison du barreau, invité à répondre à la question « l'Europe peut-elle tout maîtriser ? » lors d'une nouvelle « Grande conférence européenne ». Maniant l'humour avec adresse et affichant un optimisme à contre-courant, le président de la Commission européenne a livré devant un jeune public une réponse partiellement colorée de son expérience de juriste.

« Nous sommes insuffisamment fiers de cette Europe », a-t-il introduit, rappelant les « succès remarquables » de l'Union, tels que la monnaie unique, le marché intérieur, et « l'œuvre pacificatrice » qui en a découlé. Mais si ces trois piliers ont été « un succès », d'autres orientations ont cependant porté préjudice à la bonne cohésion des États membres. En effet, l'application hasardeuse des deux principes fondateurs du droit de l'Union a suscité certaines tensions, ceci nécessitant d'en rappeler la portée.

Ainsi, pour Jean-Claude Juncker, le principe de subsidiarité suppose que « l'Union européenne ne doit pas faire ce que les États membres, les nations et les collectivités locales savent mieux faire ». Ensuite, le principe de proportionnalité implique de ne pas « tomber dans des efforts d'harmonisation excessive ».

C'est pourtant ce vers quoi l'UE s'est dirigée, Jean-Claude Juncker ayant précisé que l'institution a « pris trop d'influence sur la vie quotidienne des citoyens », alors que ceux-ci ont besoin de « proximité, d'immédiateté », et « ne veulent pas que tout soit réglé à Bruxelles ».

@A.P. - Patrick Wajsman, politologue, Jean-Claude Juncker, président de la C.E., Frédéric Sicard, Bâtonnier,

Le président de la Commission s'est donc attaché, au cours de sa mandature, à recentrer les travaux sur des sujets essentiels, indiquant qu'il fallait rester exigeant « sur les grands dossiers », mais « être modeste et d'une grande retenue sur les petites affaires ». Ainsi, la Commission a retiré plus de 100 textes législatifs qui n'étaient pas « dans le giron naturel de l'Union européenne », ramenant les initiatives de 120 à 23 textes par an. « Il ne faut pas vouloir légiférer à tout prix », a-t-il souligné, au risque de se montrer trop intrusif vis-à-vis du citoyen européen.

Aussi, dans cette volonté de « mieux légiférer » autour de ce qui est « essentiel », Jean-Claude Juncker a indiqué vouloir notamment « lutter contre le dumping social » grâce au droit de l'Union. La Commission a d'ailleurs présenté une nouvelle directive régissant le détachement des travailleurs, l'Europe n'étant pas « le Far West » mais une « économie sociale de marché », selon l'homme politique luxembourgeois. « Pour un même travail au même endroit, on reçoit le même salaire », a-t-il soutenu, précisant au passage que ce principe essentiel n'était pourtant « respecté nulle part ».

Et cette règle vaut pour le droit fiscal : les entreprises doivent payer leurs impôts « là où elles réalisent leurs bénéfices », a-t-il insisté, avant d'ajouter avec humour « et c'est un Luxembourgeois qui vous le dit ». Enfin, dans cette même optique de prise en compte des « spécificités nationales », la commission a apporté « trois ou quatre dimensions de flexibilité » au Pacte de stabilité et de croissance, lui donnant une « grille de lecture plus économique » en lien avec les cycles économiques.

L'Europe, « fabrique de paix »

L'Union européenne est avant tout une « fabrique de paix », pour Jean-Claude Juncker, qui a confié au public que ce leitmotiv lui venait de son père, enrôlé de force dans l'armée allemande. Le président de la Commission a tenu à rappeler aux jeunes générations que « l'éternelle prière ‘‘plus jamais ça'' » devait constituer la base de tout programme politique au sein de l'Union, dans l'espoir que de garder « saine et sauve cette volonté, si souvent mise à rude épreuve, de faire de l'Europe un continent de paix ».

Si « l'Europe ne peut pas tout maîtriser », comme l'a rapidement reconnu Jean-Claude Juncker, elle « est capable de grandes choses lorsqu'elle sait unir ses forces et ses énergies ».

« D'ici 20 années, plus aucun Etat membre ne fera partie du G7 »

Pour appuyer son plaidoyer, Jean-Claude Juncker a replacé le territoire dans un contexte globalisé. « L'Europe est le continent le plus petit », a-t-il rappelé, en comparant le vieux continent à la Chine, à la Russie ou encore aux États-Unis. Si l'Europe produit actuellement 25 % du PIB mondial, ce chiffre ne dépassera pas la barre des 15 % en 2030.

Le président de la Commission prévoit également que dans une vingtaine d'années, « plus aucun pays membre de l'Union européenne ne fera partie du groupe du G7 ». Pour couronner le tout, les Européens ne représenteront que 4 % de la population mondiale à la fin du XXIe siècle, contre 20 % au début du XXe.

« L'heure n'est pas au morcellement, aux divisions nationales », a dès lors clamé Jean-Claude Juncker, « mais au regroupement des meilleurs talents européens, pour que demain, dans le monde, nous ayons un rôle à jouer ». Cette pugnacité a valu au président de la Commission européenne de recevoir le Prix de l'engagement européen, décerné en fin de conférence par le bâtonnier Frédéric Sicard.




Quentin CLAUZON
Journaliste

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