AccueilActualitéEuropeGérard Larcher : « L’Ukraine a écrit en lettres de sang plusieurs des conditions exigées pour adhérer à l’UE »

Gérard Larcher : « L’Ukraine a écrit en lettres de sang plusieurs des conditions exigées pour adhérer à l’UE »

Le président du Sénat, Gérard Larcher, a accueilli le président de la Rada, Ruslan Stefantchouk. L’occasion notamment d’évoquer la nécessaire poursuite du soutien à l’Ukraine et son adhésion à l’UE.
Gérard Larcher et Ruslan Stefantchouk se sont exprimés suite à une entrevue de deux heures.
© AP - Gérard Larcher et Ruslan Stefantchouk se sont exprimés suite à une entrevue de deux heures.

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« J’ai aussi invité le président de la Rada pour ne pas qu’on s’habitue. Cela va faire 102 jours… Nous avons besoin de rester vigilants, attentifs ». Vêtu d’un ensemble kaki, le président du parlement ukrainien, Ruslan Stefantchouk, a été reçu sous les ors du palais du Luxembourg. Ce rendez-vous fait suite à la déclaration par visioconférence du président Zelensky devant les parlementaires français, le 23 mars dernier.

« C’est la première fois que le président de la Rada se rend en France, d’où le caractère capital de cette visite au Sénat », a expliqué Gérard Larcher, qui s’est entretenu deux heures durant avec son homologue ukrainien. Avant cette première rencontre physique, les présidents du Sénat et de la Rada avaient également déjà eu l’occasion d’échanger à distance en mars et en mai dernier.

« La diversité des Sénateurs tous groupes politiques confondus qui ont accueilli avec moi Ruslan Stefantchouk a valeur de symbole et fait sens. C’est le signe d’une solidarité très forte du Sénat », a souligné Gérard Larcher.

Rappelant d’abord que dès le déclenchement de l’agression russe, les officiels français avaient exprimé leur soutien sans ambiguïté à l’Ukraine, le président du Sénat a souhaité rendre hommage aux parlementaires ukrainiens restés au parlement à Kiev, qui ont « exercé les prérogatives parlementaires sans discontinuité et sans en abdiquer aucune ». Malgré la situation de guerre, « le président de la rada et les parlementaires ukrainiens se sont érigés en rempart du parlementarisme et de la démocratie en Europe ».

L’adhésion à l’Union européenne

Parmi les sujets évoqués lors de ce rendez-vous, celui de l’octroi à l’Ukraine du statut de candidat à l’Union Européenne (UE) – l’UE se prononcera sur le dossier d’adhésion suite à un sommet européen les 23 et 24 juin –, a occupé une place importante. « Je le dis en âme et conscience et en toute responsabilité, l’Ukraine a écrit en lettres de sang plusieurs des conditions exigées pour obtenir le statut de candidat. L’Union européenne ne peut tourner le dos à l’Ukraine en lui refusant ce statut. Je voulais réaffirmer ma position sur ce point », a poursuivi Gérard Larcher, rappelant toutefois que la décision finale ne dépendait pas des parlements nationaux (elle relève des chefs d’Etat et de Gouvernement après avis de la Commission européenne). « Vous le voyez, nous avons disposé tous les drapeaux de l’Union européenne. Nous savons que le chemin sera compliqué, mais nous tenons au statut de candidat pour l’Ukraine ».

De son côté, après avoir remercié le peuple français pour le soutien offert à son pays, notamment militaire et financier, « parfois au détriment de son économie », le président de la Rada est revenu sur la candidature ukrainienne. « L’Ukraine défend aussi l’Europe. L’Ukraine, c’est l’Europe. Je vous demande de nous ouvrir la porte, de donner une impulsion aux ukrainiens les 23 et 24 juin », a plaidé Ruslan Stefantchouk, demandant à ce que le soutien à l’Ukraine ne s’affaiblisse pas.

Si en France « les collectivités territoriales ont fait preuve d’un élan de générosité sans faille à l’égard des Ukrainiens exilés et dans la mobilisation de l’aide humanitaire », Gérard Larcher souhaiterait éviter que ce mouvement ne s’essouffle, notamment en tissant des liens étroits entre collectivités françaises et ukrainiennes.

« En Ukraine, les mairies et régions sont essentielles dans le soutien aux territoires en guerre et dans l’organisation de la défense civile », a ajouté le Sénateur des Yvelines, qui soutient que les liens Ukraine-France ne doivent pas s’inscrire simplement dans le temps de la douleur, de l’émotion, mais dans la durée. Aussi, le Sénat et la Rada ont décidé de travailler de concert pour encourager ces liens.

Gérard Larcher se rendra à Kiev

Les deux présidents ont également évoqué la question de la paix, qui « exige d’abord l’instauration d’un cessez le feu, mais pas à n’importe quel prix ». Gérard Larcher estime qu’il appartient aux autorités ukrainiennes et à elles seules de déterminer quand et dans quelles conditions des négociations peuvent se tenir.

Quant au sujet de la « lutte contre l’impunité face aux attaques russes, visant de façon indiscriminée les forces armées et la population civile » et « face aux crimes de guerre », Gérard Larcher a insisté sur le fait que la justice ne pouvait plus attendre.

Interpelé ensuite sur le sujet de l’appel d’Emmanuel Macron dans la presse régionale à « ne pas humilier la Russie », provoquant des réactions négatives notamment en Ukraine, Ruslan Stefantchouk a précisé : « Les Ukrainiens ne sont pas en train d’humilier les Russes. Les Ukrainiens résistent et se défendent sur leur terre. Rien ne pourra humilier les Russes davantage que ce que fait déjà Vladimir Poutine ».

S’il a indiqué comprendre que le président Emmanuel Macron souhaitait garder une chance pour la diplomatie », pour Ruslan Stefantchouk, « avec chaque Marioupol, chaque Boutcha, chaque Irpin… cette chance s’amenuise ».

Et le président de la Rada de clarifier : « Nous ne jugeons pas les gens par leur parole mais par leurs actes. Ce qui compte, pour nous, c’est que la France soit devenue l’un des leaders sur la fourniture d’armes et qu’elle accueille 85 000 réfugiés ukrainiens sur son territoire ».

Ruslan Stefantchouk l’a assuré, son pays ne « cèdera jamais » sur sa souveraineté nationale, son indépendance et son intégrité territoriale. « La Crimée et le Donbass sont parties intégrantes de l’Ukraine, comme la Provence et la Bourgogne sont parties intégrantes de la France », a-t-il insisté.

Certains de ces sujets seront sans doute de nouveau abordés par les deux parlementaires en Ukraine, le président du Sénat ayant accepté l’invitation de son homologue à se rendre à Kiev. « Lorsque je me déplacerai en Ukraine, ce n’est pas juste pour faire un tour, c’est pour me rendre utile. J’en rendrai compte au président de la République avant et après, parce que je pense qu’il y a des moments où la France doit parler d’une voix », a conclu le sénateur des Yvelines.

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