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L'industrie francilienne en mutation

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L'industrie francilienne en mutation
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Le Crocis, un observatoire de la CCI Paris Île-de-France, vient de publier une étude sur l'industrie francilienne, en collaboration avec l'Institut d'aménagement et d'urbanisme d'Île-de-France, l'Insee et la Banque de France. Selon ces données, « des mutations de long terme y sont toujours à l'œuvre ».

Comme le précise le Crocis en guise de préambule, « depuis plusieurs décennies, l'industrie francilienne subit de fortes mutations. Celles-ci se traduisent par une perte significative d'emplois, mais aussi par des évolutions dans la hiérarchie de ses principaux secteurs d'activité, dans sa géographie et dans ses modes de production. Depuis la crise de 2008, l'industrie francilienne s'est davantage orientée vers des activités de recherche et s'accompagne d'une nette élévation de la qualification de sa main-d'œuvre. Les données les plus récentes laissent entrevoir une amélioration de la situation de l'industrie, amorcée en 2017.

Depuis 2008, l'Île-de-France a perdu 60 000 emplois industriels, soit une baisse de 12 %, alors que les emplois ont augmenté de 1,9 % dans les autres secteurs. Cette baisse des effectifs s'est accompagnée d'un recentrage autour de cinq secteurs (voir infographie ci-dessous). Parmi eux, la production et la distribution d'électricité et d'eau, ont vu leurs effectifs progresser.

Le poids de trois autres secteurs s'est également accru dans l'industrie régionale : la fabrication de matériel de transport, la réparation et l'installation d'autres machines et des industries agroalimentaires. En revanche, l'industrie pharmaceutique occupe une place moins importante depuis 2008.

La désindustrialisation en Île-de-France

Comme le précise l'étude du Crocis, « Depuis les années 1970, la désindustrialisation est à l'œuvre sur le territoire francilien, comme au niveau national. Elle s'explique par le déclin de l'industrie traditionnelle, amorcé avant même le choc pétrolier et qui s'est accéléré depuis, mais aussi par la tertiarisation rapide de l'économie par l'externalisation de certaines activités. Cette évolution s'est accompagnée d'une recomposition et d'un redéploiement des activités sur le territoire francilien.
Auparavant, les sites industriels étaient souvent implantés de façon spontanée tout en étant proches des bassins d'emploi. Au fil des ans, les anciennes zones industrielles ouvrières de banlieue, parfois polluantes, ont laissé place à des centres d'affaires ou directionnels, mieux intégrés au tissu urbain, à l'image du quartier de La Défense, de la Plaine Saint-Denis ou de l'île Séguin. Les industries traditionnelles de production, majoritaires en proche banlieue, ont quasiment disparu au profit d'activités plus orientées vers la recherche, la conception, la gestion, le commerce... davantage disséminées en grande couronne. Les politiques d'aménagement du territoire restreignent fortement les implantations de sites industriels à Paris, encourageant les installations à proximité des villes nouvelles, des aéroports ou des sites dédiés à la R&D tels que Paris Saclay. Le coût du foncier y est moins élevé et les infrastructures de transport présentes. »

Entre 2008 et 2015, le nombre d'établissements industriels franciliens n'a que très légèrement diminué (-1,2 %), notamment en raison de la mise en place du statut d'auto-entrepreneur, en 2009. En revanche, l'étude du Crocis montre que la part des établissements employeurs a fortement baissé, surtout parmi ceux de moins de 10 salariés (- 7,5 points).

En revanche, la taille moyenne des établissements employeurs a augmenté sur cette période, passant de 27,4 à 31,5 salariés. Les établissements de moins de 10 salariés représentent 88 % du total (67 % ne comptent même aucun salarié) et emploient 7 % des effectifs, soit 30 000 emplois. Quelque 300 grands établissements de plus de 250 salariés emploient à eux seuls près de la moitié des effectifs franciliens (200 000 emplois).

Mutation géographique

Comme le précise l'étude, le poids de Paris dans l'industrie francilienne continue de reculer (-7,3 points depuis 1989 et -2,3 points depuis 2008) du fait de transferts de sièges ou d'implantations de nouvelles entreprises en dehors de la capitale, là où les réserves foncières sont plus importantes et les loyers moins élevés. À l'inverse, l'emploi industriel se renforce en petite couronne (+ 1,2 point), comme en grande couronne (+ 1,1 point).

Malgré ces mouvements, les emplois industriels restent majoritaires en volume au cœur de l'agglomération (Paris et départements limitrophes), représentant 53,5 % du total régional. Les départements franciliens les mieux dotés en emplois industriels sont les Hauts-de-Seine (96 000), les Yvelines (76 000), puis Paris (53 000). La part de l'emploi industriel dans l'emploi salarié s'élève à 7,4 % dans la région ; est deux fois plus importante dans les Yvelines (15,4 %) et en Seine-et-Marne (10,9 %).

Secteurs en pointe

Paris continue toutefois de se spécialiser, comme la Seine-Saint-Denis, dans les industries du textile et du cuir (deux tiers des emplois régionaux de ce secteur) en ayant recours fréquemment à la sous-traitance. C'est la seule spécificité parisienne avec la gestion de l'eau et des déchets.

La petite couronne est davantage orientée vers les activités pharmaceutiques, en particulier les Hauts-de-Seine et le Val-de-Marne. En grande couronne, l'industrie est davantage structurée autour d'activités lourdes et consommatrices d'espace. En Seine-et-Marne, il s'agit des industries extractives, de la métallurgie et des industries agroalimentaires.

Les Yvelines confortent, quant à elles, leur première place dans la fabrication de matériels de transport, principalement l'industrie automobile et l'aéronautique, ainsi que l'électronique et la fabrication d'autres machines.

Automatisation

L'industrie francilienne connaît une automatisation accrue des lignes de production qui affectent la structure des emplois, les compétences recherchées, mais également la structure capitalistique des entreprises industrielles.

Ces mutations traduisent un renforcement du capital dans les facteurs de production, ainsi qu'une augmentation de la productivité apparente du travail.

En Île-de-France, les fonctions conception et recherche continuent de se développer au détriment de la fabrication. Par ailleurs, la structure des emplois s'est modifiée au profit d'une élévation des qualifications dans les métiers industriels.

Niveaux de qualification

Dans l'industrie francilienne, les cadres et professions intellectuelles supérieures représentent actuellement les plus gros effectifs, avec 37,5 % des emplois salariés industriels), devant les ouvriers (119 000 emplois) et les professions intermédiaires (103 000).

Comme l'analyse l'étude du Crocis, entre 2008 et 2015, la qualification de la main-d'œuvre du secteur industriel s'est accrue en Île-de-France, traduisant un amoindrissement des tâches purement productives au profit de tâches d'encadrement, de conception et de recherche. L'industrie automobile illustre ce phénomène avec un renforcement des activités dans les centres de recherche des constructeurs automobiles et un repli des activités de production.

La part des cadres dans l'industrie a progressé de près de 6 points (contre + 3 points au niveau national), en particulier celle des ingénieurs et des cadres techniques. À l'inverse, la part des emplois des professions intermédiaires a diminué, surtout pour les professions administratives (- 4 points), tout comme celle des ouvriers, en particulier non qualifiés (- 2 points).

Les établissements de moins de 10 salariés
représentent 88 % du total et emploient 7 % des effectifs.

À Paris, le poids des ouvriers a cependant progressé de 9 points (en particulier dans la distribution et production d'eau, dans les industries agroalimentaires et la fabrication de matériels de transport), tandis que celui des employés a diminué dans les mêmes proportions. L'autre particularité parisienne est la présence importante de chefs d'entre- prises.

C'est en Seine-et-Marne et dans les Yvelines que les emplois d'ouvriers dans l'industrie sont les plus nombreux (20 000 emplois, soit 17 % du total régional dans chaque département). Dans le premier département, la part des ouvriers dans l'emploi industriel atteint 43 %, nettement au-dessus de la moyenne régionale. C'est aussi le cas du Val-d'Oise (42 %).

Sous-représentation des femmes

En 2015, les femmes restent nettement sous-représentées dans l'industrie francilienne. Elles ne constituent que 31 % des effectifs. Elles sont cependant proportionnellement plus présentes dans les secteurs de l'agroalimentaire, mais surtout du textile, de la pharmacie et de la chimie, dans lesquels elles sont majoritaires.

Le nombre d'emplois féminins a reculé depuis 2008 parmi les professions intermédiaires, les employés et les ouvriers dans des proportions plus importantes que pour l'emploi masculin.

Toutefois, la part des femmes a progressé chez les cadres (+ 3,4 points). L'augmentation du nombre de cadres de l'industrie francilienne est même essentiellement portée par les femmes (+ 9 points pour les femmes, contre + 4 points pour les hommes).

Pyramide des âges

Les effectifs industriels continuent de vieillir avec une part des 55 ans ou plus qui représente près de 18 % des salariés de l'industrie (+ 4 points depuis 2009).

Les salariés âgés de 25 à 54 ans représentent les trois quarts des effectifs et leur part recule de 4 points. La part des plus jeunes (15-24 ans) est stable à 6 %, alors qu'elle représente 8 % dans l'ensemble de la population active occupée.

Conjoncture favorable

En 2017, la conjoncture semble s'être améliorée dans la région, comme en France. Cette embellie se traduit par une stabilisation de l'emploi qui reste à confirmer.

Sur le champ restreint des PME franciliennes (un cinquième des effectifs franciliens de l'industrie), le chiffre d'affaires progresse de 4,1 % en 2017 (source FIBEN Banque de France) après une relative atonie en 2016 (+ 1,4 %).

En France, l'activité industrielle suit la même tendance (+ 4,7 % en 2017 après + 2,6 % en 2016).

En Île-de-France, le chiffre d'affaires de l'industrie agricole et alimentaire progresse à un rythme soutenu d'environ 4 % ces dernières années, rythme récemment atteint dans le secteur des autres produits industriels, qui a pour sa part connu une reprise marquée en 2017. Le secteur de l'énergie, la gestion de l'eau et la collecte et le traitement des déchets est particulièrement dynamique, avec un chiffre d'affaires en progression de près de 10 % en 2017.

Les recrutements semblent soutenir la croissance. Les embauches dans les PME industrielles franciliennes sont orientées à la hausse en 2017 (+ 2,3 %), surtout dans la fabrication de denrées alimentaires et dans l'énergie, eau et déchets. De plus, le recours au personnel intérimaire s'intensifie sensiblement (+ 15 %). Cette tendance s'observe dans tous les secteurs hormis dans la fabrication de matériels de transport.

Investissements

Dans un contexte économique plus favorable, les PME industrielles franciliennes ont relancé leurs investissements, en hausse de 4,5 % en 2017. Le taux d'investissements d'exploitation reste stable depuis 2016 (13,4 %) du fait de la hausse de la valeur ajoutée.

Le taux de marge baisse de 1,25 point entre 2015 et 2017 en Île-de-France, alors qu'il augmente de 0,7 point au niveau national.

Les fonds propres des PME industrielles franciliennes paraissent stabilisés juste au-dessus de 42 % du total des ressources, à un demi-point au-dessus de la moyenne nationale. En Île-de-France, l'endettement financier évolue peu en 2017, mais reste plus important qu'au niveau national. Néanmoins, la charge financière diminue, à la faveur notamment de la baisse des taux d'intérêt.

Cette étude a été réalisée par :
Joseph Chevrot, Insee Île-de-France ; Yves Burfin, Crocis de la CCI Paris Île-de-France ; Thierry Petit, IAU îdF ; Danièle Koubi, Banque de France Île-de-France ; Louis-Marie Harpedanne De Belleville, Banque de France.

157 000 emplois salariés




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