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L'Inclusion à l'heure des Municipales

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L'Inclusion à l'heure  des Municipales
@ DR

Julien Richard est réalisateur et auteur, mais il se consacre aussi à défendre ses convictions politiques. Ancien maire-adjoint d'Asnières-sur-Seine, secrétaire national de l'UDE (Union des démocrates et écologistes, parti partenaire de la majorité) tout en étant membre de la République en Marche, il anime (avec Flavienne Elom) le pôle Municipales inclusives de l'Inclusion En Marche !.

Affiches Parisiennes : Pouvez-vous nous présenter “l'Inclusion En Marche !” ?

Julien Richard : L'Inclusion En Marche est une association qui milite pour une société réellement inclusive. L'association est proche de La République en Marche mais s'adresse à toutes les personnes qui veulent faire en sorte que le quinquennat d'Emmanuel Macron soit celui de l'inclusion. Certains sont des militants, d'autres des sympathisants, mais notre public est plus large. Nous travaillons sur de nombreux thèmes comme les transports ou encore les questions de l'éducation et de la scolarisation des jeunes handicapés. Je suis chargé de la question culturelle, en effet la culture peut être un formidable levier pour construire une société inclusive. Je co-anime aussi, avec Flavienne Elom, le pôle “Municipales inclusives” pour faire des élections prochaines une occasion pour les personnes handicapées de s'investir dans leur ville en rejoignant les listes. C'est actuellement notre dossier prioritaire.

A.-P. : Justement à propos des Municipales, pouvez-vous nous dire comment les villes peuvent aider à construire une société plus inclusive ?

J. R. : Au préalable, il faut revenir sur ce qu'est l'inclusion. L'inclusion dépasse le simple thème du handicap, puisque la société inclusive est une société dans laquelle chacun a sa place. C'est différent de l'intégration qui est l'étape qui précède l'inclusion : aménager la société existante pour faire une place aux personnes handicapées ou aux minorités, en laissant le soin aux principaux concernés de faire un effort pour s'adapter. La société inclusive est conçue pour tout le monde dès le départ. L'inclusion vise les handicapés mais également les publics en situation de fragilité : les minorités sexuelles, les migrants, les personnes analphabètes, SDF, etc. Il faut reconnaître qu'à “l'Inclusion En Marche!”, nous avons priorisé l'action en faveur des handicapés ; une minorité dont personne ne s'est vraiment occupé pendant trop longtemps. En France, le handicap a été délaissé comme s'il effrayait, contrairement aux pays anglo-saxons, par exemple. Les choses évoluent depuis quelques années avec une vraie politique publique en faveur du handicap. Or, on le sait bien, ce qui bénéficie aux personnes en situation de handicap profite à la société toute entière.

Pour revenir aux Municipales, j'aimerais évoquer deux points. D'abord, la société inclusive commence par la vie quotidienne à l'échelle la plus locale, la commune, le village, la ville, le quartier. L'accessibilité des transports, par exemple, dépend de la façon dont sont organisées nos villes. Même chose pour l'accessibilité aux services publics, aux commerces, aux équipements sportifs ou culturels etc. Pour les enfants, beaucoup de choses se font également à l'échelle de la commune, l'école primaire notamment et tout le périscolaire.

Les élections municipales sont, d'autre part, la meilleure occasion pour débuter un engagement en politique. Nous pensons que la politique concerne tout le monde donc elle doit être faite par tout le monde. Or, il y a très peu d'élus handicapés, qu'il s'agisse d'un handicap visible ou invisible. Je rappelle au passage que les personnes en fauteuils représentent une minorité d'handicapés. 80 % des handicaps sont invisibles : autisme, sclérose en plaque, malentendants… Ils constituent entre 10 et 15 % de la population française.

A.-P. : Que pensez-vous de l'action de Sophie Cluzel, la secrétaire d'État aux Personnes handicapées ?

J. R. : Sophie Cluzel est une excellente secrétaire d'État. Elle connait très bien le sujet, dont elle était spécialiste avant d'entrer en politique. Elle est très investie et fait bouger les choses, nous la remercions pour son soutien. Elle a eu raison de pousser un coup de gueule dans le Parisien en affirmant que les partis politiques ne sont pas à la hauteur pour ces municipales. J'ai un petit désaccord avec elle car elle n'est pas très favorable à la politique des quotas. Nous défendons dans notre Charte du candidat inclusif, non pas l'idée d'un quota obligatoire, mais un objectif ambitieux de 10 à 15 % de candidats handicapés sur les listes, puisque cela correspond au pourcentage d'handicapés en France. On disait qu'il était impossible d'atteindre la parité hommes/femmes sur les listes quand cela a été mis en place au début des années 2000. Cela a été une difficulté au départ. Mais quelques années plus tard, et même si les quotas peuvent agacer par leur côté systématique, on se rend compte de leur efficacité. Sans objectif chiffré, on reste, pour moi, dans des intentions un peu floues et dans les vœux pieux. Si les objectifs chiffrés ont marché pour la parité homme-femme, il n'y a pas de raisons qu'il n'en soit pas de même pour les personnes handicapées.

A.-P. : Pouvez-vous nous présenter plus en détails cette Charte du candidat inclusif, notamment défendue par Adrien Taquet, secrétaire d'État auprès de la ministre des Solidarités et de la Santé ?

J. R. : J'ai proposé cette Charte dès 2018 à Olivier Paolini, le président de l'Inclusion En Marche, pour faire bouger les choses et présenter un ensemble de propositions aux candidats de la majorité. Adrien Taquet, auteur d'un rapport sur l'inclusion, a soutenu notre démarche, comme Stanislas Guerini et je les remercie. Je voudrais remercier également Sébastien Perrotel, candidat à l'élection municipale de Colombes, soutenu par l'UDI, LaRem, le Modem et l'UDE qui a été parmi les premiers signataires de la Charte. Bien entendu, nous espérons que cette Charte inspirera d'autres partis politiques de tous bords. La question du handicap dépasse naturellement les étiquettes. La Charte propose 25 points spécifiques à ses signataires – les têtes de listes des élections municipales. Ces points s'articulent autour de trois grands thèmes. Il y a d'abord la gouvernance de la ville. Avec une idée simple, l'inclusion doit être un sujet transversal, directement rattachée au Maire et au Directeur des Services. à mon avis, ça doit être la même chose pour l'écologie... Cela passe aussi par la formation des personnels municipaux dans tous les services, les agents travaillant dans le périscolaire, évidemment, mais aussi les autres métiers. Il peut être utile que des policiers municipaux sachent communiquer avec un sourd-muet, pour prendre un exemple parmi cent... Notons que, même s'il faut toujours faire mieux, les collectivités locales comptent cependant parmi les meilleurs élèves quant au respect des 6 % de salariés handicapés imposés par la loi. Il y a ensuite tout ce qui touche à l'accessibilité et aux mobilités, avec des trottoirs mieux adaptés, par exemple, ou une meilleure signalétique… Enfin nous faisons des propositions concernant la citoyenneté et la vie quotidienne, comme la création d'un label "commerces inclusifs", ou des "citoyens ambassadeurs de l'accessibilité"... On sonne la mobilisation générale sur ces sujets !

A.-P. : Comment les personnes handicapées peuvent-elles être intégrées dans la vie locale, notamment en politique ?

J. R. : Le candidat s'engage à avoir un maximum de personnes handicapées sur sa liste et, une fois élu, à nommer au moins un maire-adjoint en situation de handicap. Et pas nécessairement comme adjoint au handicap. L'idéal serait qu'il soit maire adjoint au sport, à la culture, à l'urbanisme ou aux finances, selon ses compétences. Il ne faut pas réduire les gens à leur handicap. Actuellement je sillonne la France pour aller convaincre les têtes de listes, j'étais à Lyon la semaine dernière, Yann Cucherat et Gérard Collomb ont signé, comme une centaine de candidats de toutes régions. L'objectif à long terme, c'est en vérité de cesser de parler d'inclusion car la société sera réellement devenue inclusive. Ce jour-là, nous pourrons dissoudre notre association devenue sans objet et nous le ferons avec joie

A.-P. : Êtes-vous candidat aux prochaines élections municipales ?

J. R. : Entre 2008 et 2014 j'ai été maire-adjoint de ma ville (Asnières-sur-Seine), c'était une formidable expérience de terrain qui m'a permis de mener à bien de nombreux projets pour la commune, c'était très motivant. Je souhaite être à nouveau candidat, au sein de la liste soutenue par La République En Marche, hélas mon handicap semble être un obstacle pour certains. Je dois encore convaincre le candidat tête de liste de m'accorder sa confiance. On le mesure chaque jour : l'inclusion ne va jamais de soi, c'est un combat. Il faut toujours lutter contre les a priori qui nuisent aux personnes en situation de handicap et qui font qu'elles finissent par s'autocensurer et se tenir à l'écart de la politique. Quelque part, je suis fier de montrer l'exemple par mon engagement mais rien n'est jamais acquis...

La charte du candidat inclusif

Charte du candidat inclusif : 25 engagements au service d'une société plus inclusive :

Je m'engage à...

1 Être un candidat inclusif :

- Avoir une posture personnelle bienveillante, respectueuse et empathique. - Permettre à chacun de bien vivre dans sa ville.

- Mettre tous les citoyens au cœur des décisions publiques : infrastructures, services, politiques et communautaires.

– Garantir l'égalité des droits pour tous les habitants.

2 À l'image de la société, faire en sorte que ma liste aux élections municipales comporte plusieurs personnes en situation de handicap.

3 Nommer au moins un adjoint en situation de handicap qui ne sera pas en charge de l'accessibilité et du handicap.

GOUVERNANCE

4 Donner une gouvernance transversale à l'accessibilité en rattachant le service handicap de la ville à la direction générale des services de la Mairie.

- Aucune action ou projet municipal ne doit pouvoir être validé sans être passé au filtre de l'accessibilité.

- Renforcer les moyens du service handicap de la ville pour une mise en place effective des droits de tous.

5 Réaliser un audit « accessibilité et autonomie » auprès d'un cabinet d'expertise indépendant.

6 Créer un « plan de développement triennal à l'autonomie » établissant un schéma de plan d'accès à l'autonomie.

EMPLOYÉS MUNICIPAUX

7 Être exemplaire en tant qu'employeur et dépasser les 6% de personnels municipaux en situation de handicap.
- Avoir une politique locale volontariste de recrutement des personnes handicapées.
- Produire régulièrement un bilan de responsabilité sociale et environnementale.

8 Former tous les personnels municipaux aux questions du handicap et de l'accessibilité. Mettre en place un véritable plan de formation continue avec une réelle montée en compétence des employés et notamment ceux qui sont directement en contact avec les administrés et avec les enfants (crèches, centres de loisirs, écoles...).

MOBILITÉS

9 Accélérer la mise en œuvre de l'Ad'AP (Agenda d'Accessibilité Programmé).

10 Développer dans l'espace public une signalétique accessible à tous. Les personnes avec un handicap auditif, visuel, cognitif... doivent pouvoir se déplacer en toute autonomie dans l'espace public grâce à des pictogrammes, des marquages au sol, des signalétiques audio aux feux...

11 Avoir une réflexion globale sur les mobilités permettant à tous de se déplacer en toute autonomie dans la ville tout en liant l'accessibilité avec le développement durable.

12 Créer un service de prêts de moyens de déplacements adaptés à tous : personnes en situation de handicap, personnes âgées, poussettes, nouveaux moyens de déplacements doux, vélos...

13 Mettre en place un transport municipal adapté à destination des personnes à mobilité réduite et/ou en perte d'autonomie.

CITOYENNETÉ

14 Nommer des citoyens « ambassadeurs de l'accessibilité » pour démarcher les commerces et les centres de santé encore inaccessibles.

15 Créer une « commission consultative à l'autonomie » composée de citoyens volontaires et des « ambassadeurs de l'accessibilité ».

16 Lancer une campagne de lutte contre les incivilités dans les lieux publics et sur la voie publique : trottinettes couchées sur les trottoirs gênant l'accessibilité, meilleur accueil des PMR par les usagers dans les transports en commun...

17 Mettre en open-date et en temps réel les données relatives aux informations de voirie, de travaux, d'accessibilités... afin que chacun puisse librement accéder à toutes les informations dans la transparence.

18 Rendre effectif et accessible les lieux et le droit de vote à toutes les personnes en situation de handicap (bureaux de vote et matériels électoraux).

19 Créer des évènements dans sa ville afin de sensibiliser la population au handicap et l'impliquer afin de changer les regards.

20 Elaborer une politique publique de la ville qui soit véritablement inclusive et équitable pour les habitants des quartiers prioritaires.

VIE QUOTIDIENNE

21 Rendre accessible l'ensemble des services publics municipaux : établissements recevant du public, écoles, toilettes publiques, documents diffusés...

22 Rendre accessible à tous l'ensemble des documents administratifs et développer l'usage du FALC (Facile à lire et à comprendre).

23 Planifier l'accessibilité universelle des HLM qui dépendent de la Mairie.

24 Créer un label “commerce inclusif” afin de valoriser les commerces accessibles à tous et ayant un accueil universel.

25 Mettre en place des services publics hors les murs. Construire des partenariats permettant l'implantation de lieux d'informations et de services handicap de la Mairie dans certains commerces de la ville, notamment au sein des pharmacies souvent en première ligne avec les personnes en situation de handicap.

L'Inclusion "En Marche !” une association unique en son genre

Olivier Paolini est le président de l'Inclusion En Marche !, une entité partenaire de La République En Marche, bien qu'indépendante, puisque fondée sous le régime de l'association loi 1901. Professeur des écoles spécialisé, cet infatigable militant de l'inclusion est le chef de file de LaREM à Narbonne (Aude).




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