Fermer la publicité
Journal d'information juridique et d'annonces légales

L'IFEC promeut les RH et le management

le - - Entreprise - Chiffre

L'IFEC promeut les RH et le management
© Aurélie Coudière - Ifec

Le syndicat à la tête des instances de la profession comptable vient d'organiser la 6e édition de son Salon Ressources Humaines & Management intitulée “L'expérience collaborateur”. En plus des conférences et des débats animés, l'IFEC a décerné ses trophées à deux cabinets d'expertise. L'occasion de mettre en avant la qualité de vie au travail dans une filière souffrant d'un déficit d'attractivité.

L'Ifec s'est attaqué au management, un thème d'actualité car la 16e semaine pour la qualité de vie au travail se déroulera du 17 au 21 juin prochain. En 2019, deux salariés français sur trois sont satisfaits mais préoccupés au travail selon un sondage BVA. Des chiffres certainement plus élevés dans la profession comptable, en proie à des difficultés structurelles.

Les maîtres-mots de cette journée de formation organisée par le syndicat majoritaire de la profession comptable étaient communication et confiance. Deux axes sur lesquels les cabinets d'expertise et de commissariat aux comptes doivent s'améliorer.

Déficit d'attractivité du chiffre

La profession comptable a un « problème historique d'attractivité évident » et fait face à « une pénurie de collaborateurs ». Pour Denis Barbarossa, président de l'IFEC, « elle n'attire pas assez de jeunes parce qu'elle a une image qui ne colle pas à la réalité ». Aujourd'hui, la profession est très loin de la simple tenue des livres comptables et se revendique comme le premier business partner des dirigeants de TPE-PME. Les cabinets d'expertise développent ainsi des services pour répondre aux demandes variées des clients. A travers différentes conférences, ce salon a mis en avant l'importance du dialogue et de la délégation, en particulier pour une profession du chiffre en pleine transition vers davantage de conseil et de nouvelles missions pour les experts-comptables tandis que le commissariat aux comptes s'en voit retirer.

L'atelier “Le manager idéal vu par les collaborateurs”, co-animé par Fanny Lalanne, responsable RH & qualité à la Fiduciaire parisienne et Elodie Perruche, expert-comptable chez EP Expertise, Si la rémunération est bizarrement peu évoquée par les jeunes collaborateurs interrogés pour l'occasion, ce qui ressort est le déséquilibre entre l'implication et le retour. Certains dénoncent des charges de travail trop importantes et les horaires à rallonge sans reconnaissance des associés. « Les heures supplémentaires représentent le plus gros sujet de litige aux prud'hommes pour le secteur », confirme Christine Costard, présidente du Comité de pilotage du Salon.

D'autres, soulèvent la problématique de la gestion du stress, notamment pendant la période fiscale. « Un souci dont on a beaucoup parlé au sein de l'IFEC, la France est le seul pays à devoir fournir ses liasses fiscales en 4 mois et demi », souligne un membre du syndicat. Toutefois, « on ne peut pas parler de QVT et appliquer toutes les nouvelles lois », se défendent certains dirigeants de cabinet, visant la mise en place du Prélèvement à la source (PAS) et de la Déclaration sociale nominative (DSN). « On nous en demande de plus en plus et pour de moins en moins cher », expliquent ces derniers.

Salaires et égalité professionnelle

« De nombreuses réunions paritaires se tiennent chaque année pour les métiers de l'audit et de l'expertise comptable avec une activité très riche sur différents sujets. On négocie actuellement une nouvelle convention de branche », explique Bruno Denkiewicz, associé du cabinet Berthelemy avocats. Ce spécialiste en droit du travail, droit de la sécurité sociale et droit de la protection sociale, et surtout membre de la commission paritaire de la branche dans la délégation patronale, a animé une conférence sur l'actualité de la branche.

Côté salaires, l'expert annonce la conclusion d'un accord en avril 2019 avec une nouvelle grille qui ne s'appliquera qu'à partir de l'arrêté d'extension. « Ce fut une négociation assez longue, quelques fois laborieuse, trois réunions paritaires avec beaucoup de suspensions de séance, pour une augmentation de 1,9 % a minima. Les salaires minimums sont des salaires pour des 35 heures ou 217 heures ». L'avocat a attiré l'attention de l'auditoire sur les salaires à montant variable. L'usage sur les primes n'est « pas un avantage acquis et n'a pas valeur contractuelle », même si elles sont versées depuis 20 ans. En revanche, les changements ou annulations de primes doivent être dénoncés aux salariés au moins 3 mois à l'avance. La seule prime immuable est celle d'ancienneté, intégrée à la convention de branche.

Sur l'égalité professionnelle, « que peut faire la branche en la matière ? », demande Christine Costar qui souligne que nombreux sont les cabinets, petits ou grands, contrôlés par l'inspection du travail sur l'égalité de traitement des salariés. « Depuis 1970, le droit a imposé le principe à travail égal, salaire égal, sauf que ce n'est pas respecter. On peut même être surpris de ne pas avoir tant de contentieux sur cette question », déplore l'avocat, avant de lui répondre « c'est plus une question d'entreprise que de branche qui ne peut que rappeler l'état du droit ».

« Quand on traite de l'aménagement des conditions de travail c'est important de montrer que tout le monde peut bénéficier des mêmes dispositions », précise l'expert.

La difficulté est de traiter les aléas du marché entre les collaborateurs qui savent mieux se vendre.

Christine Costar explique qu'il faut justifier les écarts de salaires avec des critères précis comme la maîtrise d'une langue étrangère, la bonification des diplômes et des écoles, et surtout la qualité du travail formalisée par un entretien avec un compte rendu écrit.

« Je serais assez tenté de croire que l'égalité de traitement n'existera jamais. Il faut aborder cette question de façon transparente, plus vous communiquerez mieux vous vous porterez », conseille l'avocat qui illustre ces propos par les écarts de salaires et de niveau de vie, notamment pour les collaborateurs de cabinets parisiens en télétravail en province.

Télétravail et annualisation

Le principal sujet reste celui du temps de travail, qui ne comprend pas le temps de déplacement. En revanche, la convention collective dit que dès lors que ce temps dépasse les 2 heures par jour il doit y avoir une contrepartie. Les dirigeants doivent aussi faire un suivi du temps passer sur la route ou en transport par leurs collaborateurs et les récompenser en heures de repos ou bien en prime. Sinon, il faut bien leur préciser que leur rémunération tient compte de leurs déplacements pendant les heures de travail.

Ça pose beaucoup de problèmes car les collaborateurs passent de nombreuses heures de trajet pour aller voir leurs clients, notamment pour ceux situés en outre-mer.

Les dirigeants de cabinets d'expertise doivent aussi porter une attention particulière au droit à la déconnexion, qui est une obligation légale. La plupart des collaborateurs ont des semaines chargées de 45h (attention plafond légal de 48h) et d'autres semaines plus légères à 30h en fonction des périodes comptables. Les cabinets d'expertise utilisent donc souvent l'annualisation des heures de travail qui leur permet de jongler entre période de forte activité et période plus légère.

Étonnament, la convention collective ne contient toujours aucune disposition sur le télétravail alors que ce dispositif est de plus en plus utilisé par les cabinets. « Cela suppose quand même d'être organisé et qu'il y ait un accord entre l'employeur et le salarié qui définissent les modalités du travail », souligne l'avocat.

Améliorer l'expérience collaborateur

La conférence “Boostez l'expérience collaborateur de votre organisation”, animée par Séverine Loureiro, fondatrice de l'agence de conseil RH Points de Contact a livré des clés pratiques à l'auditoire. Cette spécialiste de l'expérience collaborateur et de la marque employeur a passé 15 ans en entreprise dans les RH puis dans le marketing
« pour mobiliser les collaborateurs et adresser au mieux leurs besoins comme on le fait avec des clients ».

Elle a écrit un ouvrage proposant une méthode pour développer une bonne expérience collaborateur. « Il faut d'abord avoir conscience du fait que c'est un changement de paradigme en considérant le collaborateur comme le producteur de l'expérience client ». Le collaborateur n'est donc plus uniquement une ressource centre de coût pour l'entreprise mais un créateur de valeur pour les clients. « Ça le place vraiment au cœur de la stratégie de l'entreprise », lance-t-elle.

Elle séquence ce cheminement en 3 phases : “avant” (expérience candidat à l'embauche : site carrières et marque employeur, communication recrutement, process recrutement), “pendant” (quotidien de travail, mode de collaboration, workplace, QVT, dispositifs RH et managériaux) et “après” (offboarding : la façon dont sort le collaborateur de l'entreprise, attention à l'impact des réseaux sociaux, dispositif d'Alumni). « Je conseille aux dirigeants de se questionner sur les différents process et dispositifs RH et managériaux et leur efficacité ». La spécialiste souligne l'importance de la qualité de vie au travail (QVT) qui ne consiste « pas uniquement à interdire les réunions après 18h ou à installer des toboggans et des poufs dans les salles de repos ». Selon elle, les moyens d'action tournent autour de cinq dimensions : le sens du projet et des valeurs de l'entreprise ; l'épanouissement, les connexions, la notoriété et l'ecosystème. Tout doit se décliner en objectifs opérationnels adaptés aux collaborateurs.

Rôle majeur de la formation

Dans cette période charnière pour la profession comptable, la formation professionnelle est un enjeu essentiel sur lequel Denis Barbarossa a insisté dans ses propos introductifs. Il s'est ainsi réjoui d'accueillir des membres de l'OPCO Atlas pour le dernier atelier de la journée dédié aux nouveaux modes de financement de la formation professionnelle.

En outre, Me Bruno Denkeiwicz, qui a abordé rapidement le thème de la formation, a rappelé les récentes modifications de l'opérateur de compétence (OPCO) et la possibilité offerte par le fameux CPF (compte professionnel de formation). Il a aussi souligné aux employeurs que « le temps de formation obéi aux règles sur le temps de travail effectif » et qu'ils devaient porter une attention particulière au temps de déplacement exceptionnel qui nécessite une prime ou un repos compensatoire.

Accior et BEA lauréats des trophées RH 2019

« Ça fait cinq ans que nous remettons ces trophées qui ont pour objectif de mettre à l'honneur les bonnes pratiques et les innovations RH dans les cabinets d'expertise », explique Denis Barbarossa.

« Nous n'avons pas de cible, la force de l'Ifec est d'être le syndicat majoritaire de la profession qui a toujours eu à cœur de rassembler les tout petits cabinets comme le mien, les moyens et les plus grosses structures. Quand Florent Burtin a eu l'idée de lancer ces trophées, l'ambition était de mettre en avant les bonnes pratiques des cabinets quelle que soit leur taille », ajoute ce dernier.

Dans la catégorie des plus gros cabinets, c'est Accior qui a reçu le trophée pour son jeu de société Nosco. Avec un budget très restreint et 1 500 heures de travail, une équipe de 10 salariés a réussi, en seulement 10 mois, à créer une sorte de Cluedo de la QVT qui soude les équipes dans un environnement bienveillant. Il se joue de 4 à 6 joueurs pendant une à deux heures et « devient intéressant lorsque les collaborateurs jouent avec les associés ». « Ce qui est génial est qu'ils nous disent tous quand est-ce qu'on rejoue ? », commente un de ses inventeurs.

« Preuve que les bonnes idées n'impliquent pas forcément de gros moyens car avec seulement 1 000 euros de coût de production et beaucoup de bonne volonté on arrive à un très beau projet », commente Denis Barbarossa qui envisage de soutenir cette initiative et pourquoi pas distribuer Nosco en partenariat avec le CSOEC. Pour le moment, ce jeu made in France fabriqué en Bretagne est disponible en commande sur le site d'Accior.

Le cabinet BEA a été récompensé dans la seconde catégorie, des plus petites structures, pour son “Cabinet blanc”. « C'est une forme de management participatif avec nos jeunes collaborateurs qui ont souvent des idées plus innovantes que nous », confie le lauréat. Il s'agit d'un comité composé de tous les experts-comptables stagiaires, créé par la direction disposant d'un temps alloué mensuellement, qui est source de propositions pour améliorer l'organisation et la production du cabinet. Pour la direction, l'attrait est d'« être plus attractif, fidéliser nos jeunes en les impliquant dans la gestion du cabinet » tandis que ça permet aux recrues de « se sentir reconnues, écoutées et transformer un peu le cabinet avec des valeurs qui nous ressemblent ».




Anne MOREAUX
Journaliste

Ses derniers articles

Abonnez-vous à l'offre Papier + Numérique

Affiches Parisiennes Journal d'information juridique et d'annonces légales

  • ›   Pour plus de contenu, papier + web
  • ›   l’accès aux annonces légales,
  • ›   l’accès aux ventes aux enchères.
Je m'abonne

À lire également


Réagir à cet article

Message déjà envoyé Adresse e-mail non valide


Fermer
En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies et de technologies similaires par notre société ainsi que par des tiers, afin de réaliser des statistiques d'audiences et de vous proposer des services éditoriaux et la possibilité de partager des contenus sur des réseaux sociaux. En savoir plus / paramétrer