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L’Ifec lance le premier fonds commun de placement à risques de la profession

Le FCPR lancé « après un travail de longue haleine ».
Christophe Priem, Frédéric Espirat et Sébastien Bonnet
© Adobe Stock - Christophe Priem, Frédéric Espirat et Sébastien Bonnet

ActualitéInterview Publié le , Propos recueillis par Boris Stoykov

Affiches Parisiennes : Vous lancez le premier FCPR de la profession comptable. Pourquoi, en tant que syndicat, proposer un tel produit financier ?

Christophe Priem : Nous lançons le premier fonds commun de placement à risques (FCPR) de la profession, après un travail de longue haleine. D'ailleurs, je remercie Frédéric Espirat et Sébastien Bonnet de nous avoir accompagnés dans ce long périple. Le rôle du syndicat est d'aider les confrères dans la défense de la profession mais aussi dans leur installation. Ce fonds est intergénérationnel, abondé par des experts-comptables, à destination d'autres experts-comptables. Nous voulions que ce soit un fonds d'investissement régulé par l’Autorité des marchés financiers (AMF) ; il a d’ailleurs été validé le 9 novembre dernier. Le fonds est sécurisé et les confrères pourront investir dans ce fonds avec des risques, certes, mais calculés. Cela nous permettra de proposer de nouveaux outils aux confrères, comme nous le faisons aujourd'hui avec le Salon de la transmission de cabinets.

A.-P. : En parlant d’entraide intergénérationnelle, pouvez-vous nous expliquer en quoi elle consiste et pourquoi est-ce important ?

C. P. : Pour ce qui concerne le FCPR, l’entraide sera financière puisque les experts-comptables qui souhaitent investir pourront le faire. Ceux qui vendent leur cabinet d'expertise comptable pourront bénéficier d'une exonération avec une clause de remploi et donc d’une défiscalisation. Au sein du syndicat, l’entraide passe par du coaching pour aider les jeunes à faire leurs mémoires d'expertise comptable. Nous avons aussi mis en place sur Paris avec FITEC un partenariat pour pouvoir trouver des collaborateurs en paie. Nous ne sommes pas en période d'élections mais de reconstruction, donc notre volonté est que le syndicat redevienne fort et au service des confrères, et non pas faire de la politique politicienne. Quand il y aura les élections, nous nous attacherons à cette partie-là mais, pour le moment, il faut trouver de l'aide et le premier rôle des syndicats est de défendre et accompagner les confrères.

A.-P. : Frédéric Espirat, comment est venue l’idée de ce fonds et comment vous vous êtes rapproché de Sébastien Bonnet, de Scale Up capital, pour qu’il vous apporte son appui financier ?

Frédéric Espirat : L’idée est venue suite à un salon de la transmission de cabinets où un certain nombre de confrères nous ont fait part de difficultés dans l'accompagnement du financement de l'association ou de la reprise de cabinet. Nous avons pensé au private equity, selon un schéma d'accompagnement complémentaire aux financements traditionnels bancaires. C’est un financement type association mais capitalistique et donc du haut de bilan plutôt que de la dette. Nous avons bâti un cahier des charges et, en tant que conseiller en gestion de patrimoine, souvent amené à commercialiser des FCPR d'autres sociétés de gestion, je me suis rapproché d'une d’entre elles et j’ai challengé Sébastien Bonnet sur la création, selon notre cahier des charges, d'un FCPR à destination des investisseurs et des emprunteurs.

A.-P. : Pouvez-vous nous dire quelques mots sur le Salon de la transmission de cabinets et sur ses objectifs ?

C. P. : Aujourd’hui, c'est notre 15e salon. Cette année, nous l’avons conçu en présentiel et en visio. C'est un salon d'échanges et de connexions intergénérationnels, également inter-capitalistique, qui rassemble des gens souhaitant s'associer et vendre. Nous proposons également un mur d’annonces qui permet la mise en relation, de façon anonyme, des cédants et des repreneurs. Ce salon est organisé autour de quatre ateliers, un sur la vision de la profession, un sur l'interprofessionnalité, un autre sur la transmission de cabinet, avec toutes ses étapes, et un dernier sur le financement de la transmission. La volonté du syndicat est d'apporter du conseil, du contenu, mais aussi du réseautage. C'est d’ailleurs la vocation des Jeudis du patrimoine, où, tous les 15 jours, nous proposons un contenu qualitatif et très ciblé d’une heure et demie.

A.-P. : Les experts-comptables ont-ils aujourd’hui des difficultés à trouver un repreneur ? La difficulté à recruter des collaborateurs se répercute-t-elle sur la cession des cabinets ?

C. P. : Pas spécialement sur la cession, davantage sur le financement, même si c’est un financement à peu près cohérent en termes de coefficient, qui n’a pas changé.

Dans la pratique du cabinet traditionnel, il y a moins de difficultés de trouver un repreneur que de trouver des collaborateurs. Pour ces derniers, peut-être faut-il leur proposer des missions à plus forte valeur ajoutée. Mais effectivement, les difficultés sont assez fréquentes pour obtenir un tour de table complet sur le financement. Le financement existe pour les cabinets, avec des taux quasi négatifs en tenant compte de l'inflation, mais il ne répond pas à 100 % à la demande des confrères et consœurs qui veulent reprendre un cabinet ou s'associer.

A.-P. : Sébastien Bonnet, vous lancez le produit Experts génération en collaboration avec l’Ifec. Comment avez-vous pensé ce produit et pourquoi il est spécialement proposé aux experts-comptables ?

Sébastien Bonnet: Experts Génération est un produit exclusivement réservé à la population des experts-comptables, un secteur riche peu observé par les acteurs du capital investissement. C’est même une curiosité puisque ce secteur est plutôt performant, avec des revenus relativement stables. L’enveloppe du fonds est structurée pour être ouverte à l'ensemble de la population en termes de souscriptions, mais c'est un véhicule qui est avant tout réservé aux opérations de transmission, de développement et de déploiement des cabinets.

Nous l’avons structuré sous la forme d'un fonds commun de placement à risques (FCPR) dont la classification AMF le positionne au niveau de risque le plus élevé (niveau 7) pour les investisseurs, ce qui est le cas de l’ensemble des fonds de capital investissement, du fait de leur liquidité relativement faible. Il est néanmoins bâti avec des règles de gestion claires, qui répondent aux exigences du règlement général de l’AMF, en matière de protection des épargnants.

Notre métier de gérant d’actifs consiste à protéger et faire fructifier les investissements de nos clients. Nous veillons particulièrement à la stabilité et la consistance du portefeuille, constitué de sociétés d'expertise comptable. L’idée était de créer une économie circulaire vertueuse dans le secteur de l’expertise comptable où les acteurs pouvaient contribuer à se financer entre eux avec l’appui des banques. Nous avons voulu adresser tous les points sensibles actuels pour la profession, le premier étant la transmission de cabinets. Le deuxième est de négocier le virage technologique et l'équipement auxquels les experts-comptables font face et le troisième est de permettre aux primo accédants de réaliser des opérations de taille relativement plus importante. Avec ce FCPR, tous les experts-comptables sont aujourd’hui dotés d'un outil leur permettant d'envisager des opérations auparavant interdites en raison de la taille de leur bilan. Nous voulions créer un fonds régulé qui réponde aux exigences de l'AMF et de l’ESMA (l’Autorité Européenne) et qui permette aussi bien aux souscripteurs particuliers qu’institutionnels, d’investir en toute sérénité.

A.-P. : Le fonds est régulé mais cela reste un placement à risques. Sont-ils limités ?

C. P. : La gestion des risques, c’est notre métier de gérant d’actif. Le portefeuille a été constitué de manière à les équilibrer en étant bâti sur trois poches. C'est un fonds de capital développement, modérément risqué par nature et très diversifié en termes de construction. Il répond à une classification risquée au sens de l’AMF pour une raison simple : les portefeuilles de Capital Investissement ne sont pas liquides en tant que tels. Cette illiquidité permet de stabiliser et protéger les actifs, le temps de leur réalisation. Experts Génération a vocation à être un investisseur patient qui vient supporter l'activité et contribue à sa démultiplication. Seul le format d’un fonds régulé pouvait permettre de protéger les épargnants tout en mettant leur capital au service de la profession.

F. E. : Oui, effectivement, c'est un véhicule risqué, mais il s'adresse aux experts-comptables, pour les experts-comptables qui ont envie de réinvestir dans leur profession, et de fait ne la considère pas comme risquée.

A.-P. : Christophe Priem, en tant que Président, allez-vous investir ?

C. P. : Bien évidemment. A titre particulier puisque ce ne peut pas être à titre institutionnel. L’Ifec ne peut pas investir dans le fonds, il y aurait alors conflit d'intérêts. Je vais investir soit à titre personnel, soit une participation au sein du cabinet. Dès le 3 janvier 2022, je serai le deuxième souscripteur et Frédéric, le troisième.

A.-P. : En tant que gérant de ce produit, quelles garanties Scale Up capital peut apporter pour rassurer les futurs investisseurs ?

S. B. : Le fonds est structuré de manière à tracer toutes les opérations qui sont réalisées en son sein. De manière traditionnelle, deux valeurs liquidatives seront calculées chaque année et contrôlées par un commissaire aux comptes indépendant spécialisé dans la réglementation AIFM (Alternative Investments Fund Management), qui siège au comité de valorisation de la société de gestion (il y en a quatre par an). Avec son véto opérationnel, ce cabinet contrôle les prix publiés au sein du portefeuille, et donc, les actions de la société de gestion, qui répond, par ailleurs, aux exigences de reporting et de transparence de l’AMF. C’est le cabinet Fi Partners qui occupe ce rôle.

Tous les actifs sont ségrégués sur un compte au sein d’une banque dépositaire qui assure le rôle de conservateur et veille au respect des règles d'investissement décrites dans le règlement du fonds. Le dépositaire a la possibilité de bloquer la société de gestion dans ses actions et d’alerter le régulateur en cas de problème de conformité, par l’intermédiaire de son équipe de contrôle permanent.

C’est la Banque Fédérative du Crédit Mutuel (BFCM) qui assure ce rôle. Enfin, nous précisons que la société de gestion dispose d’un système de contrôle des risques, validé par l’AMF, qui veille à l’équilibre de la structure de manière permanente. Par ailleurs, le cabinet Grant Thornton réalisera un audit annuel indépendant en sa qualité de commissaire aux comptes du fonds.

A.-P. : Votre objectif de rentabilité fixé à 10 % est-il atteignable aujourd'hui ?

S. B. : C'est un objectif qui peut paraître résolument ambitieux mais notre cible est en réalité plus importante dans la manière dont le fonds a été calibré. Nous avons vocation à prendre des participations minoritaire directe au capital, avec l'idée d’accompagner le cabinet dans la démultiplication de son activité au moyen de financements complémentaires. Qu'il s'agisse de s'équiper d'outils technologiques, de faire des acquisitions stratégiques, de participer à des regroupements, nous accompagnons l'expert-comptable tout au long de la vie de son cabinet, tout en lui laissant l’initiative. Il ne faut pas oublier qu’il s’agit d’une profession avec une pyramide des âges qui tend à s'inverser. L'âge moyen étant de 52 ans, le nombre d'opérations dans les dix prochaines années sera croissant, de même que la taille relative des cabinets, avec une attrition naturelle du marché liée à l’apport technologique. Cet objectif peut paraître important quand on regarde la typologie des autres produits présentés aujourd'hui sur le marché mais nous sommes sur un secteur de niche, où l'effet de levier bancaire permettra de réaliser de belles opérations de manière très effective.

A.-P. : Quelle est la durée du fonds et les montants d'investissement minimums ?

S. B. : Le fonds s’engage aux côtés de l’expert-comptable sur huit ans et peut intervenir sur des tickets allant de 300 000 à 6 millions d'euros, le ticket médian étant estimé à 800 000 euros. Il sera diversifié sur trois poches : capital-transmission, capital-développement et capital-transformation (une extension du capital-développement qui a vocation à favoriser l’acquisition de nouvelles compétences, d’outils et de savoir-faire afin de générer de nouvelles opportunités de rentabilité pour les cabinets sous-jacents).

F. E. : Concernant l'investissement au sein du fonds, pour un particulier ou par le biais de son cabinet, le montant sera à minima de 5 000 euros et pour un institutionnel, 500 000 euros.

C. P. : Avec cet argent, un cabinet peut créer un satellite, soit dans le cadre de la transmission soit dans celui de l’accompagnement au développement. Il y a des cabinets qui développent eux-mêmes une solution informatique, leur propre digitalisation en marque blanche, ou bien un pôle ou un satellite, par exemple, en conseil patrimonial, en RSE ou en fintech. C’est toute une approche de développement des cabinets en pleine mutation. En dehors du régalien, les clients nous attendent sur plein d'autres sujets, plein d'autres domaines, et nous avons besoin de financement. La vocation du fonds est donc de les accompagner sur ces autres projets, avec deux tiers qui seront alloués au développement du cabinet. La transmission n'est pas l'axe premier de la vocation du fonds, c'est le développement de la profession, où l'aspect bancaire est un peu moins présent.

F. E. : Les experts-comptables vont devoir s'emparer de nouvelles activités pour pouvoir continuer à développer leurs cabinets et continuer à avoir de la valeur ajoutée. Et c'est pour cela que le syndicat a voulu créer ce fonds, différenciant des autres activités, pour permettre à nos confrères et consœurs de se développer de façon rapide.

Dans le cadre de la relance économique, nous préparons un deuxième fonds à destination des clients des experts-comptables pour qu’ils puissent les accompagner au mieux.

C. P. : A noter que l'Ifec n’est pas propriétaire du fonds, il est uniquement là pour diffuser l'information sur ce fonds. L'Ifec n'est pas présent pour la sélection des dossiers, il n'y a pas de conflit d'intérêts.

A.-P. : Avez-vous une expérience de fonds similaire pour des professions réglementées ?

S. B. : Il s’agit de notre tout premier fonds pour une profession réglementée. Dans nos carrières, nous avons été amenés à gérer des fonds dédiés pour de grands institutionnels, des syndicats, des gouvernements, mais c’est la première fois que nous avons une demande aussi innovante de la part d'un syndicat professionnel. Nous avons connaissance d’une initiative prise pour les pharmaciens mais la réalité de structuration de ce véhicule est complètement différente de celle que nous proposons. Le FCPR Experts Génération, c'est vraiment la mutualisation des intérêts de la profession pour la profession. Et c'est très inédit dans le monde de l'investissement actuel, en termes de capital risque pour les professions réglementées.

A.-P. : Combien de temps a été nécessaire pour faire valider le fonds par l’AMF ?

S. B. : Il a fallu créer une société de gestion de toutes pièces pour porter ce fonds, fin 2020, début 2021. Et le fonds a été initié en mai 2021. Donc, il a fallu un certain temps pour le faire accepter, élaborer et maîtriser tous les contours du règlement. Il est important de préciser que l'Ifec n'a absolument aucun droit de regard, ni même les experts-comptables, sous quelle forme que ce soit sur la gestion de ce fonds. Toutes les décisions d'investissement sont réalisées par le comité d'investissement de la société de gestion au sein duquel ne siège aucun des membres de l'Ifec, ni de la profession. Notre processus d’investissement est encadré par notre programme d’activité, tel que déposé auprès de l'AMF. n

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