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L'IA, une opportunité business

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L'IA, une opportunité business
© Medef IdF - Eric Peres, Laure de La Raudière, Olivier Cousi, Eric Chaney, Olaf Mercier et Laurence Devillers.

Le mois dernier, le Medef Ile-de-France a réuni un superbe panel d'intervenants devant une salle comble pour une conférence-débat intitulée « L'Intelligence Artificielle peut-elle sauver l'humanité ou la détruire ? ». Preuve que l'IA est une préoccupation des chefs d'entreprise.

A l'aube de ce qu'il est désormais convenu d'appeler la quatrième révolution industrielle, les dirigeants d'entreprise s'interrogent sur les opportunités et les risques que porte l'arrivée de l'Intelligence Artificielle (IA) et de la robotique dans notre société.

Pour réfléchir et éclairer le débat sur cette question actuelle majeure, Eric Berger, président du Medef Ile-de-France, et son équipe, ont organisé une soirée réunissant un panel éclectique de professionnels du domaine, permettant d'aborder toutes les facettes du sujet : économique, juridique, éthique, politique, philosophique…

Un véritable débat a eu lieu dans une ambiance déridée et sympathique mais surtout tolérante où des points de vue divergents ont pu s'entrechoquer.

Les scénarios les plus improbables sont envisageables avec cette révolution technologique, mettant aux portes des entreprises des opportunités de croissance immenses, notamment grâce à l'explosion du volume des données, à leur traitement, à la puissance des algorithmes, au progrès médical ou encore à l'émergence d'une robotique intelligente.

La France doit entrer dans la course

« Le politique est un peu perdu face à tout ça », concède la députée Laure de La Raudière, coprésidente du groupe d'études consacré à la cybersécurité et à la souveraineté numérique de l'Assemblée. « L'IA va nous permettre d'augmenter nos connaissances et d'automatiser nos décisions », résume-t-elle après avoir abordé l'impact des trois révolutions que nous vivons : internet, l'IA et la blockchain.

Cette femme politique alerte l'auditoire sur le grave problème de souveraineté dans le numérique. « Il faut mettre beaucoup plus d'argent sur la table », commente-t-elle en écho au rapport Villani.

Depuis, le président de la République a annoncé que l'Etat comptait investir pas moins de 1,5 milliard d'euros dans l'IA pendant le quinquennat, dont 400 millions seront alloués à des appels à projets.

Il faut ainsi pouvoir concurrencer la Chine et les Etats-Unis, fers de lance dans ce domaine. Eric Peres, vice-président de la Cnil, déplore que l'environnement mondial touché par l'IA se négocie sans nous, ou presque. Cette année, seulement un ou deux acteurs français ont participé aux négociations relatives à l'IA en Chine.

En outre, 48 % des levées de fonds mondiales relatives à l'IA ont eu lieu en Chine, contre 38 % aux USA et seulement 10 % en Europe. « Donc la France existe à peine », commente Eric Chaney, conseiller économique de l'Institut Montaigne.

Toutefois, l'Hexagone n'est pas si mauvais. Il est même à la pointe dans certains domaines comme le droit ou la médecine.

Le professeur chirurgien thoracique Olaf Mercier a ainsi porté le regard le plus bienveillant de l'assistance sur l'IA française, qu'il considère « très utile pour la gestion et la prévention des risques autant au bloc opératoire qu'en suivi ou dépistage des patients cardiaques », mais surtout comme la possibilité d'ouvrir l'accès à la médecine. « L'IA pourrait faire en sorte que notre expertise vienne draper tout le globe », explique-t-il. Il faut cependant veiller à la confidentialité des données et à l'importance du « pacte médical » avec son praticien. Le chirurgien conseille d'utiliser l'IA « comme le Vidal et non comme une boîte noire », en sachant par qui, comment et pourquoi les lignes de codages ont été créées.

Thierry Philipponnat, directeur de l'Institut Friedland, a rappelé que l'IA allait bouleverser l'économie en impactant l'emploi, la productivité, la croissance et certainement l'inflation. S'il est néanmoins très délicat de faire de la prospective en la matière, « les scénarios catastrophes en matière macroéconomique sont peu plausibles », selon lui. Il faut ainsi abandonner toute velléité de projections à long terme et faire des études de microéconomie sur certains secteurs.

L'Etat a donc un rôle clé : celui d'étudier, d'éduquer, de former et de créer des infrastructures, « pour ensuite donner aux acteurs l'accès à un marché », a conclu la députée.

Besoin d'encadrement et de formation

Si l'aspect économique a occupé une grande partie des débats, ceux-ci se sont aussi beaucoup focalisés sur l'éthique. Stephen Hawking, Elon Musk et Bill Gates ont alerté du danger de voir l'IA prendre le pas sur l'humain.

Comment les entreprises doivent-elles gérer cette transition technologique et ses impératifs de changement ? Quelles formations ? Quels business models pour demain ? Comment garantir la protection des données ? Comment intégrer l'humain au cœur de cette révolution ?

« Nous sommes nécessairement dans une logique de complémentarité entre la technologie et les êtres humains », il n'y aura donc pas de suppression massive des emplois mais une transformation, rassure Thierry Philipponnat.

« En matière de justice ou de droit,
l'IA est une tentation de facilité », explique Olivier Cousi, avocat associé du cabinet Gide. Une justice de moins en moins humaine, rendue par des machines, serait une erreur. Pour cet avocat, l'IA ne peut donner que des décisions conservatrices, alors que « la justice est avant tout un effort de compréhension des imperfections humaines et des évolutions de la société ». Le droit et la justice sont en cela « éminemment humains » car ils accompagnent nos innovations et avancent avec nous vers l'avenir.

Pourtant, la possibilité offerte par les algorithmes de trier, classer, analyser et traiter des millions d'informations ne peut être ignorée par les professionnels du droit, plus que tout autre métier. Pour certains juristes, l'utilisation d'outils d'IA est déjà un enjeu de rationalisation, de baisse des coûts, d'efficacité professionnelle et donc de concurrence. Olivier Cousi n'est pas contre, tant que cela est fait dans un cadre éthique. Ce dernier a ainsi participé l'an dernier à la rédaction de la charte éthique des legaltechs.

Laurence Devillers, professeur au Limsi-CNRS auteure de l'ouvrage « Des robots et des hommes : mythes, fantasmes et réalité », prône l'empowerment « pour éviter les clivages et les soulèvements ». Pour cette chercheuse, il s'agit d'un challenge non seulement économique mais aussi de solidarité. Elle tente ainsi de casser le discours anxiogène sur l'IA tout en avertissant les citoyens de certains risques, notamment le nudging.

Si elle se montre très rassurante sur les IA que l'on utilise aujourd'hui « très peu performantes sur des systèmes ouverts », elle alerte en revanche sur la possibilité d'hybridation entre le vivant et l'IA.

Il ne faut donc pas se braquer contre l'arrivée de l'IA dans les entreprises mais rester vigilant. Pour la députée Laure de La Raudière « la peur est une grave erreur car elle a toujours été mauvaise conseillère et bride l'action ». Il convient toutefois d'établir des règles et des modes d'encadrement de l'IA.

« Les meilleurs algorithmes sont encore des boîtes noires aujourd'hui », déplore Eric Chaney pour qui la concurrence et les appels d'offres seraient le meilleur moyen de contrôler l'IA.

Pour Eric Peres, vice-président de la Cnil, « innovation et protection peuvent aller de pair ». L'IA est une formidable opportunité pour avancer dans de nombreux domaines (énergies, transports, médecine, droit…) « à condition qu'on se pose la question de sa finalité ». Cet expert a mis en avant l'importance d'avoir confiance dans des algorithmes conçus en privacy by design avec une éthique et une protection des données personnelles.

Ce n'est pas un débat futuriste. L'exemple de l'algorithme d'APB (admission post-bac) qui a fait scandale l'an dernier et laissé des milliers de bacheliers sans place à l'université montre que nous y sommes déjà confrontés.

C'est ce qu'a démontré le philosophe et ancien ministre Luc Ferry dans sa conclusion flamboyante. « À part quelques députés comme Cédric Villani, nos politiques n'ont pas la moindre idée de l'impact de l'IA dans nos vies », lance-t-il consterné. Pourtant, nous sommes « en voie de colonisation très accélérée ». Il critique vivement le fait que l'on investisse des millions dans les JO à Paris et une « somme ridicule » sur l'IA. « On est mort », s'exclame-t-il.

Luc Ferry est convaincu par l'utilité de l'IA, mais seulement l'IA dite faible, celle qui ne pense pas et fait tourner toute l'économie collaborative. En revanche, il ne croit pas au développement de l'IA forte, c'est-à-dire un humanoïde réellement intelligent avec des connexions neurales qui lui permettrait de penser avec conscience de soi, libre arbitre et ses propres émotions (projet des chercheurs de l'université de la singularité). Sur ce point, il est rejoint par la scientifique Laurence Devillers.

Finalement, il convient de s'interroger sur la construction technique et démocratique de ces technologies. « C'est une affaire trop sérieuse pour la laisser aux seuls mains des informaticiens », ironise Eric Peres.




Anne MOREAUX
Journaliste

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