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L'homo-ecologicus est-il né ?

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L'homo-ecologicus est-il né ?
© Medef - En haut : Edwige Chevrillon, animatrice des débats, Caroline Poissonnier-Bryla, directrice générale du groupe Baudelet Environnement et Ilham Kadri, DG Solvay. En bas : Christian Gollier, directeur général de la Toulouse School of Economics, Véronique Torner, administratrice de Syntec Numérique et Planet Tech'Care, et Laurent Berger, secrétaire général de la CFDT.

A l'occasion de sa « REF Transition écologique », le Medef a réuni un panel d'intervenants pour débattre du rôle de l'Homme dans cette période de bouleversements. Une table ronde qui montre bien que si la volonté des acteurs de s'inscrire dans cette transition écologique existe, elle ne se fera pas sans un véritable dialogue économique et social car il s'agit d'une dynamique collective.

« Et l'Homme dans tout ça ? » s'interroge le mouvement patronal. Car au-delà de l'empreinte et du rôle majeur qu'ont les entreprises dans la transition écologique, il s'agit avant tout d'un bouleversement sociétal.

Besoin d'établir une stratégie d'ensemble

« Ce qui est assez dramatique est qu'il y a un manque de réflexion globale sur nos objectifs alors que nous avons besoin de transformations radicales », considère Christian Gollier, directeur général de la Toulouse School of Economics (TSE) qui cite comme exemple l'utilisation du gaz naturel à la place des centrales à charbon. Il est vrai que le virage vers l'utilisation d'énergies renouvelables reste très lent et devrait être global. En outre, il ne se fera pas sans victimes collatérales. « Il n'y a pas de transition écologique heureuse », c'est encore « une utopie » pour l'économiste.

« Il y a effectivement une urgence écologique et humaine et les risques sont réels, non seulement de survie mais aussi d'investissement. On vit au-dessus de nos moyens », confirme Ilham Kadri, directrice générale de Solvay, prenant l'exemple de ce qui s'est passé récemment au Texas confronté à un grave problème énergétique face à une vague de froid exceptionnelle.

« Les entreprises ont une responsabilité éthique et morale pour mener cette triple transformation : écologique, digitale et humaine », admet-elle. Pour Solvay, il faut mettre l'humain et la technologie au cœur de cette transition.

Un constat largement partagé, notamment par Véronique Torner, administratrice de Syntec Numérique présidente du programme Numérique Responsable. « Il y a un point commun dans toutes les transitions que nous vivons c'est le numérique. C'est une révolution anthropologique car il est au cœur de tous nos dispositifs. Notre industrie a donc un double défi : transformer et se transformer », explique l'entrepreneure en charge de l'initiative Planet Tech'Care qui rappelle qu'il faut prendre conscience de l'empreinte environnementale du numérique « encore un peu virtuelle ».

Quid de la transformation des emplois

« Cette transition absolument nécessaire, il faut qu'elle soit juste, donc qu'on ne tarde pas à prendre les mesures dans le cadre d'un dialogue car il n'y aura pas d'emplois sur une planète morte », souligne Laurent Berger, secrétaire général de la CFDT.

En effet, l'idée selon laquelle le progrès écologique serait l'ennemi de l'emploi et de la croissance reste bien installée chez certains. Du coup, la mise en place de politiques environnementales ambitieuses peut faire l'objet de résistances. Il est vrai que la décarbonisation de l'économie ne se fera pas sans certains dégâts sociaux. Cependant, si cette transition va nécessairement faire disparaître certains emplois, comme toute révolution majeure des modes de production et de consommation, elle va aussi en créer de nouveaux.

Au-delà du développement de domaines innovants (énergies renouvelables, transports, économie circulaire…), les défis de la transition écologique impactent tous les secteurs d'activité (industrie, bâtiment, finance, agriculture, éducation…).

« Nous créons des énergies alternatives vertes à partir des déchets. Il faut transformer l'essai car nous savons les produire mais nous avons encore du mal à les vendre », témoigne Caroline Poissonnier-Bryla, directrice générale du groupe Baudelet Environnement, convaincue que la dynamique est enclenchée et que la relance sera verte.

Cependant, cette dynamique nécessite la mise en place d'une politique de formation professionnelle. « Plus on laissera les gens sur le bord de la route moins il y aura d'acceptation de cette transformation car les salariés et citoyens sont souvent dans une temporalité autre, plus courte, et il faut assurer un avenir à ceux qui seront directement impactés », précise le syndicaliste.

Si le défi est colossal puisque la transition écologique se mêle à la transition numérique et, qu'en termes de compétences, il va falloir agir conjointement sur les deux fronts, c'est aussi l'occasion de donner davantage de sens au travail et de remotiver les travailleurs.

Les Français ont conscience de l'urgence de la situation

Le Medef a profité de l'occasion pour commander une étude exclusive à l'Ifop. Frédéric Dabi, directeur général adjoint de l'institut de sondage, en a présenté les résultats selon lesquels les Français reconnaissent majoritairement l'urgence de la transition écologique et estiment qu'il s'agit d'une responsabilité partagée par tous les acteurs de la société.

Cette enquête inédite montre que si l'homo-economicus ne semble pas encore tout à fait né, il est toutefois en pleine gestation. En effet, 7 Français sur 10 estiment que la transition écologique est urgente à mettre en œuvre selon ce sondage.

« C'est intéressant car c'est une vraie rupture avec les crises passées. Ce sujet n'est plus relégué au second plan », note le directeur de l'Ifop.

En outre, la majorité des citoyens se déclarent bien informée sur la nécessité de se lancer dans la transition écologique, et ce plus particulièrement chez les jeunes (moins de 35 ans) et les cadres. Des chiffres qui confirment la prise de conscience actuelle.

Par ailleurs, l'étude montre que pour les personnes interrogées il s'agit d'une responsabilité partagée. Selon eux, parmi les acteurs qui doivent agir en priorité sur ce sujet « l'Etat arrive en tête aux deux tiers, mais il n'est pas seul car 46 % estime que les citoyens doivent aussi agir et 38 % les entreprises ». Certains citent aussi le rôle des collectivités locales, des associations et des ONG en la matière.

On voit poindre une véritable dynamique : « 79 % des répondants se sentent une responsabilité particulière en matière de transition écologique ce qui est très fort. Malheureusement, il y a un hiatus entre la responsabilité et les moyens », relève Frédéric Dabi en précisant que « 44 % des Français estiment qu'il n'y a pas assez de moyens au regard des enjeux ». Les citoyens semblent ainsi en attente d'actions concrètes.

Enfin, ces derniers portent une vision optimiste de cette transition : ils anticipent des conséquences plutôt positives sur leur vie et la considèrent comme indissociable du développement économique et de nouvelles opportunités. « Aujourd'hui ils pensent que la transition écologique peut être vecteur de croissance économique », se réjouit le statisticien.




Anne MOREAUX
Journaliste

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