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L'éthique comme vecteur d'encadrement de l'IA

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L'éthique comme vecteur d'encadrement de l'IA
© A.P. - Paul Hermelin, Marie-Paule Cani, Daniel Fortin, Maurice Levy et Cédric Villani.

“Comment assurer plus d'éthique dans l'IA ?”, c'est la question à laquelle ont tenté de répondre les intellectuels invités à la deuxième table ronde de la conférence IDEETHIC. Imposer plus de transparence, renforcer l'arsenal juridique et réguler ses usages sans freiner les avancées que procure cette technologie, autant de défis au cœur des débats.

A l'occasion de la première édition d'IDEETHIC, une table ronde animée par Daniel Fortin, rédacteur en chef aux Échos, s'est tenue sur l'IA et l'encadrement de son développement. Ont été invités, pour éclairer l'auditoire sur ce thème, quelques intelligences, celles-ci bien réelles, dont le mathématicien et député de l'Essonne, Cédric Villani.

Dans la société actuelle, et quelles que soient ses sphères, le sujet de l'IA est abordé tant avec enthousiasme qu'inquiétude. Nombreuses sont les craintes de l'homme de se voir dépasser par cette technologie, voire d'en perdre le contrôle. Pour encadrer cet outil, les intellectuels à la table soutiennent l'importance de la place de l'éthique dans son utilisation.

L'éthique dans l'entreprise

Les entreprises sont les premiers acteurs à être confrontés à l'intelligence artificielle et à se sensibiliser à ses impacts sur leurs activités. Elles sont directement concernées par la mise en place d'une ligne de conduite éthique visant à rassurer tant les salariés que le public de l'utilisation saine qui en est faite. Pour autant, 76 % des chefs d'entreprise doutent du caractère éthique de l'usage de l'IA dans leur société..

Du côté des consommateurs, l'éthique est un facteur qui a une réelle importance. Une large majorité indique discriminer favorablement la consommation de produits d'entreprises qui auraient une réputation éthique dans le domaine de l'IA.

Dès lors, dans quels secteurs assurer une telle éthique ? Pour Paul Hermelin, président de CapGemini, il s'agit de l'usage des données, de la transparence et de la responsabilité.

"L'IA ne représenterait pas de risques pour l'autonomie de décisions humaines dès lors que l'être humain reste à l'initiative de l'exécution."
Marie-Paule Cani

Or, les comportements humains intègrent trop peu d'éthique en matière d'IA, constat partagé par tous les invités à la table ronde. Le président du conseil de directoire de Publicis, Maurice Lévy, regrette qu'il n'y ait pas de « rigueur et d'éthique absolue dans la gestion des données personnelles », estimant que l'éthique doit correspondre à une exemplarité de comportement, « à tout point de vue ». Il dénonce également l'insuffisante application du règlement général sur la protection des données, « très largement non respecté, à l'échelle de 80 % ».

L'homme d'affaires conclut sa prise de parole en plébiscitant la nécessité d'une éthique qui pallierait l'incapacité de la loi à s'adapter à cette technologie versatile : « éditer des règles de bonne gouvernance et de bon comportement me paraît une nécessité absolue mais aussi un élément indispensable qui doit se substituer à la loi dans un premier temps, dans la mesure où l'on est sur un terrain mouvant ».

Entre nécessité d'innovation et régulation

Représentante du domaine scientifique, Marie-Paule Cani insiste sur les avancées scientifiques et médicales qu'offrent l'IA et appelle à ce que la recherche soit encouragée. Tout en s'accordant avec ses confrères assis à ses côtés sur la nécessité de réguler les usages de cette technologie, elle estime qu'une telle intelligence est « une aide à la création, un vecteur de développement de l'inventivité et de la créativité humaine ». Et les entreprises ont bien compris que l'IA est un levier d'innovation, une source de gain de productivité et de croissance.

Toutefois, il s'agit là d'une notion en mouvance et l'intelligence artificielle que l'on nomme comme telle aujourd'hui n'est peut-être pas exactement celle de demain. D'où la survenance de risques nouveaux.

Comme l'expose Cédric Villani, « avec le développement de l'apprentissage automatique, il y a plein de nouveaux problèmes éthiques qui se posent liés à la fiabilité des algorithmes, aux techniques d'apprentissages et à l'appropriation de l'IA par les humains ».

Pour y répondre, le mathématicien préconise de « réaffirmer le principe de responsabilité humaine partout où il doit être, mettre en place un comité d'éthique, mettre en place une politique d'audibilité des algorithmes et puis, bien sûr, prévoir des garde-fous sur les données ». Ce comité d'éthique est un dossier en cours et aura pour objectif de définir les pratiques éthiquement acceptables ou non.

Autre proposition formulée lors de la table ronde, exiger des entreprises utilisatrice de l'IA qu'elles publient leurs principes éthiques mis en place et donner le pouvoir à de hautes autorités de contrôler leur respect.

L'autonomie, sujet de préoccupation

Le débat s'est ensuite orienté sur la question de l'autonomie de la machine et des risques liés à sa capacité à prendre des décisions en lieu et place de l'Homme. Dans de nombreux domaines de notre société ultra-connectée (juridique, médical, automobile…), l'Homme a accordé à l'IA un large pouvoir d'action et de décision. Si bien qu'il en est arrivé à craindre pour sa propre autonomie de décision.

Pour la professeure en informatique, l'autonomie de décision accordée à une intelligence artificielle est un réel danger. Marie-Paule Cani plaide plutôt pour un système d'aide à la prise de décision et ajoute qu'« en médecine, c'est essentiel ».

De prime abord, l'IA ne représenterait pas de risques pour l'autonomie de décision humaine dès lors que l'être humain reste à l'initiative de l'exécution. Il n'en reste pas moins que l'artificielle modifie et façonne les comportements et que de tels changements sociétaux prennent du temps. L'instauration de garde-fous est donc d'autant plus indispensable, « en attendant qu'on ait une meilleure vision de ce que pourra réellement faire ce que l'on appelle intelligence artificielle ».




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