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L'essor du télétravail

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L'essor du télétravail
© DR - Entre mouvements sociaux et ponts du mois de mai, les entreprises vont davantage avoir recours au télétravail.

Entre les mouvements sociaux de la SNCF ou d'Air France et les ponts du mois de mai, les entreprises vont davantage avoir recours au télétravail. Modifié récemment, le régime légal de cet outil RH est au cœur des préoccupations des dirigeants.

En témoigne le succès de la conférence intitulée « Télétravail, ce qui change pour les entreprises », organisée le 25 avril par Patrick Thiébart et César Solis, avocats au sein du pôle social du cabinet Jeantet.

Une pratique plébiscitée

Déjà très pratiqué en France (lire encadré ci-dessous), le télétravail est en voie de démocratisation, notamment grâce à une volonté gouvernementale. Le travail à distance est une pratique de plus en plus courante, plébiscitée, tant par les salariés que par les directions des ressources humaines (RH) et les dirigeants d'entreprise.

« La révolution numérique fait voler en éclat l'unité de lieu de travail, l'unité de temps de travail et la relation de subordination », explique Maître Patrick Thiébart.

Dirigeants comme salariés estiment globalement bénéfique sa mise en place, sans toutefois en ignorer les risques, notamment sur le plan du relationnel et de la dynamique collective.

Selon une étude Ifop conduite fin 2017 pour Malakoff Médéric, les télétravailleurs et dirigeants lui attribuent de nombreux bénéfices. Pour les télétravailleurs, le travail à distance permet une meilleure autonomie (90%) ainsi qu'une plus grande productivité (87%) et un engagement accru (82%) ; un ressenti largement partagé par les dirigeants. Les bénéfices du télétravail se mesurent également en termes de bien-être et d'épanouissement personnels en permettant un meilleur équilibre entre vie professionnelle et vie personnelle (87%), une diminution de la fatigue (86%), une santé améliorée (81 %) et un plus grand épanouissement dans le travail (78 %).

Du côté des dirigeants, l'engagement des salariés (82%) ainsi que la responsabilisation et l'autonomie (80%) arrivent en tête des bénéfices. L'amélioration de l'image de l'employeur est également citée dans ce cadre (68%).

Même les entreprises les plus réfractaires y viendront car le télétravail correspond aux attentes de la société.

Le télétravail concerne déjà un quart des salariés

L'enquête conduite en novembre dernier par l'Ifop pour Malakoff Médéric auprès d'un échantillon représentatif de 1 507 salariés (questionnaire en ligne) et 401 dirigeants d'entreprise du secteur privé d'au moins 10 salariés (interviews par téléphone), démontre que la pratique du télétravail est largement répandue en France.

Toutefois, cela se passe majoritairement de manière non contractualisée ce qui présente des risques et un enjeu majeur pour les entreprises. Une situation due à la complexité et l'obsolescence de l'ancienne réglementation, selon Me Thiébart.

Le télétravail contractualisé ne concerne que 6 % des salariés du secteur privé, alors que 19 % travaillent à distance de façon informelle. Les secteurs de l'information et la communication sont surreprésentés tant dans le cadre contractuel (16 %) que non contractuel (37 %), ainsi que les emplois cadres (17 % de télétravail contractuel et 42 % non contractuel).

C'est loin d'être une pratique marginale et occasionnelle car 57 % des télétravailleurs travaillent à distance au moins un jour par semaine. Si 47 % travaillent depuis leur domicile, les espaces de coworking sont également plébiscités.

Qualité de vie au travail

Perçu comme l'un des axes majeurs d'amélioration de la qualité de vie au travail, il permet aux salariés, non seulement de gagner du temps et de générer moins de fatigue du fait de la suppression des trajets et des perturbations des transports, mais également de réaliser des économies.

De fait, s'épargner les frais de transport ou la garde d'enfant sont des économies non négligeables qui ont été estimées à environ 125 euros mensuels.

Les entreprises aussi peuvent thésauriser grâce à la pratique du télétravail, du fait des économies générées sur les locaux et des dépenses courantes qui y sont associées mais aussi à la meilleure productivité des télétravailleurs (moins d'absences, meilleurs engagement et efficience).

Bien qu'ils soient en très grande majorité satisfaits de cette pratique, les télétravailleurs identifient plusieurs inconvénients au télétravail selon l'étude Ifop. Au premier plan, le risque d'isolement social et de perte de l'esprit d'équipe (65 %), suivi d'une difficulté accrue de séparer les temps relevant de la vie privée et ceux relevant de la vie professionnelle (59 %), et des temps de travail quotidiens plus élevés (55 %). Ils appréhendent également à 45 % un retard dans leurs possibilités d'évolution professionnelle.

Du côté des dirigeants, le risque majeur est également celui de l'isolement social (47 %) mais aussi les difficultés à manager (38 % et jusqu'à 50 % pour les entreprises de 250 salariés et plus).

Pour Patrick Thiébart, les dirigeants comme les salariés n'ont pas à craindre une dilution du sentiment d'appartenance tant que les entreprises se conforment à la nouvelle réglementation en vigueur.

La loi du 29 mars 2018, qui a elle-même ratifié l'ordonnance du 22 septembre 2017 sur la prévisibilité et la sécurisation des relations de travail,« donne aux entreprises de réels garde-fous pour que le télétravail ne vienne pas perturber l'organisation du travail collectif », explique l'avocat.

Face au risque d'isolement, les télétravailleurs estiment que le temps de télétravail doit rester minoritaire ; selon eux, la durée idéale de télétravail se situe autour de deux jours par semaine en moyenne.

Un droit très encadré

La loi du 29 mars 2018 a profondément modifié le régime du télétravail. Elle confère, pour la première fois, un droit au télétravail en faveur du salarié mais ce droit est encadré par accord collectif ou une charte élaborée par l'employeur.

Selon l'enquête Ifop, 58 % des salariés interrogés déclarent ne pas savoir que les ordonnances du 22 septembre 2017 ont assoupli les règles de mise en œuvre du télétravail. Les personnes déjà concernées par le sujet (télétravailleurs contractuels, salariés du secteur des services, cadres et salariés aidants) sont davantage au fait de ces dispositifs légaux. 81 % des personnes interrogées considèrent néanmoins que ces ordonnances sont une bonne chose.

Grâce à cette réforme et au contexte économique, 40 % des salariés s'attendent à ce que le télétravail se développe dans leur entreprise. Une vision partagée par 16 % des dirigeants.

Les avocats spécialisés en droit social ont donc du pain sur la planche pour expliquer à leurs clients comment rédiger un accord collectif ou une charte conforme aux exigences légales et quelles clauses impératives doivent figurer dans le contrat de travail des télétravailleurs.

L'encadrement contractuel est très important, notamment « du fait de la difficulté à contrôler le travail de celui qui n'est pas présent dans l'entreprise, sans compter la gestion des problématiques liées à la sécurité des données et des systèmes d'information », souligne Me Thiébart.

Pierre Gattaz, président du Medef, invité de la Matinale de France Inter, a d'ailleurs précisé en rebondissant sur le problème de la grève SNCF qu'il était souvent compliqué pour les petites entreprises de pratiquer le télétravail.

« Dans les plus petites entreprises on ne peut pas mettre en place le télétravail et du coup beaucoup d'entre elles sont bloquées », regrette Pierre Gattaz.

Si l'objectif affiché de la réforme est de favoriser le recours au travail à distance, il n'en demeure pas moins que le nouveau droit au télétravail est « relatif » pour les avocats du pôle social de Jeantet.

En effet, selon le nouvel article L.1222-9 al 6 du code du travail, l'employeur est libre d'accepter ou de refuser la demande de télétravail d'un salarié, quand bien même celui-ci occuperait un poste éligible au télétravail, dès lors qu'il le fait dans les conditions prévues par accord collectif ou, à défaut, par la charte et qu'il peut justifier son refus.

En laissant l'entreprise (avec ou sans ses partenaires sociaux) définir les conditions de mise en place du télétravail via l'accord collectif ou la charte, le législateur incite ainsi l'employeur à fixer lui-même le cadre dans lequel il entend permettre aux salariés de travailler à distance.

Par conséquent, plus aucune entreprise n'a d'excuse pour ne pas s'emparer de cet outil RH très efficace.

L'Etat s'intéresse au coworking
Avec le déploiement du télétravail et de l'auto-entrepreneuriat, les lieux de coworking se développent à vitesse grand V. Une grande consultation nationale pour la mission « Coworking : territoires, travail, numérique » commence avec le lancement de la plateforme www.mission-coworking.fr.
L'organisation des entreprises se transformant, les citoyens ont désormais besoin d'un lieu, en ville comme en milieu rural, où se rencontrer, se former, développer leurs projets professionnels, accéder à de nouveaux services tout en intégrant une communauté de travail et en contribuant à l'activité de leur territoire.
Pour Julien Denormandie, secrétaire d'Etat auprès du ministre de la Cohésion des territoires, « le numérique permet de redéployer les perspectives de travail sur le territoire, à travers le télétravail mais aussi à travers les nouvelles formes d'emploi ». Il a donc confié la mission d'établir un diagnostic sur les espaces de coworking en territoire au président de la fondation Travailler autrement, reconnue pour son expertise en accompagnement humain du changement et spécialiste des enjeux managériaux et sociaux.
Le but est d'identifier les pistes d'opportunité et déterminer les conditions de réussite de ces nouveaux lieux d'activité sur les territoires. La mission conduite par Patrick Levy-Waitz, président de la fondation Travailler Autrement, avec l'appui du Commissariat général à l'égalité des territoires (CGET), va utiliser cette consultation nationale en ligne pour réaliser un diagnostic des tiers lieux et des espaces de coworking en France.




Anne MOREAUX
Journaliste

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