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L'essor de la legaltech

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L'essor de la legaltech
© AP - Philippe Wagner (Captain Contrat), Rui Cabrita (Solegal.fr), Marie Abadie (Microsoft) et Cristophe Albert au POSS.

De braconniers à partenaires, les legal start-up sont en train de se faire une place digne de ce nom sur le marché du droit. La révolution numérique, qui a modifié la pratique professionnelle des juristes et des avocats, a ouvert une brèche dans laquelle se sont engouffrés les membres de la legaltech. Le premier Village de la LegalTech au Paris Open Source Summit et les Journées européennes d'informatique juridique en témoignent.

Salle comble pour la conférence d'ouverture du tout premier Village de la LegalTech qui s'est tenu les 16 et 17 novembre au Paris Open Source Summit (POSS).

Intitulée « Révolution numérique, quels impacts sur la pratique et les métiers des professionnels du droit ? », ce rendez-vous professionnel a eu un grand succès, si bien que juristes et avocats étaient assis sur les tables, et même par terre.

Camille Charles, membre d'Open Law qui a participé à la création du Village de la LegalTech, a d'abord présenté l'objectif de l'association « qui se positionne à la fois comme un tiers lieu neutre, un espace de dialogue entre professions réglementées traditionnelles et acteurs de la legaltech, mais aussi comme un laboratoire d'expérimentation de la transformation numérique du droit ».

Le mot « legaltech » résonne partout depuis plusieurs mois selon Christophe Albert, directeur du Village de la Justice, qui a introduit le sujet de la révolution numérique qui modifie substantiellement la pratique professionnelle des juristes et avocats.

« Le marché du droit n'est plus le même », a-t-il constaté.

Nous entrons inévitablement dans une « phase bouillante où tout est possible » pour celui qui se réjouit de la présence de 18 legal start-up et de 3 acteurs traditionnels du droit au POSS.

Trois orateurs venus d'horizons différents (entreprise, cabinet d'avocat et legal start-up) ont ensuite pris la parole pour une table ronde intéressante et sans langue de bois.

Marie Abadie, directrice des affaires juridiques de Microsoft France – groupe qui ne compte pas moins de 1 200 juristes dans le monde – a expliqué faire partie d'une équipe composée de seulement cinq juristes opérationnels pour servir plus d'un millier d'employés. Elle voit donc d'un très bon œil l'arrivée des legaltechs. Machine learning, Big data, justice prédictive, chatbot, FAQ, GED… lui sont tout à fait familiers.

Cela fait déjà plusieurs années que les grands groupes comme Microsoft ont mis en place des GED (gestion électronique des données), des outils de communication électronique (intranet, skype), et des plateformes de partage qui accompagnent les salariés de la création du véhicule contractuel jusqu'à son archivage.

Un gain de temps

Toutes ces nouvelles technologies numériques permettent l'optimisation du temps. La juriste apprécie « d'être aidée par les machines et les algorithmes », en complémentarité des cerveaux de son équipe qui peuvent se consacrer aux tâches les plus complexes. « On ne travaille que sur la crème », se réjouit-elle, tout en admettant que les tâches les plus rébarbatives qui prennent des heures sont sous-traitées en Inde

« On n'a plus le temps d'aller voir dans les Dalloz et compagnie, c'est fini. Je regarde sur doctrine.fr, je ne le cache pas ! ».

Les nouvelles technologies rendent les juristes « plus agiles » selon Marie Abadie, à condition qu'ils sachent s'en servir. Cette dernière fait ainsi la promotion des formations internes comme externes, sur la compliance, la data protection et le contract management notamment.

« Nourrie aux nouvelles technologies », en ayant commencé comme avocate chez Alain Bensoussan (pionnier du droit des robots), elle explique qu'il faut savoir prioriser et faire le bon choix d'organisation des outils juridiques.

Cette dernière rêve d'ailleurs de mettre en place un chatbot chez Microsoft pour aider les salariés, notamment les commerciaux, à obtenir une réponse rapide à des questions juridiques simples.

Rui Cabrita, avocat associé de Solegal.fr suit, quant à lui, « le parti pris d'innover sur internet et de faciliter la prise de contact du client ». Il utilise ainsi les nouvelles technologies pour développer son espace client, sécuriser et faciliter l'échange d'informations.

Au-delà de ça, son cabinet a signé récemment un partenariat avec la legal start-up Prédictice pour développer un algorithme de justice prédictive. « Sans aller jusqu'à ce qu'on a pu voir dans le film Minority Repport », plaisante-il, ce type d'outil permet à l'avocat de répondre à la question classique des clients : « quels sont le retour d'expérience et la jurisprudence en la matière ? Quelles chances de succès ? ». Il explique et donne les éléments qui influent sur la décision du juge. C'est « tout à fait fantastique », d'après Marie Abadie.

Optimiste, cet avocat prédit un gain de productivité dans les 5 ans pour Solegal et se dit « content de s'être installé à ce moment-là ». S'il décrit un mouvement d'accélération au barreau sur ce sujet, certains ne voient pas le train passer. « Il arrive que des étudiants ou élèves-avocats ne savent même pas faire des calculs sur Excel alors qu'il font du droit des affaires ! », déplore-t-il.

Vers un développement des services

De son côté, Philippe Wagner, cofondateur de Captain Contrat, propose « une nouvelle expérience du juridique auprès des entreprises » pour rendre le droit plus accessible. De plus en plus performant sur le « live cycle management », cette plateforme pratique et peu coûteuse décharge les entrepreneurs et acteurs du juridique tels que les avocats de certaines tâches compliquées ou rébarbatives comme le suivi des contrats.

En montant cette start-up, il a fait le choix d'embaucher de bons juristes « pas forcément doués en informatique », et de les former à l'utilisation de leur algorithme.

Il se réjouit aussi que les usages évoluent et que le marché du juridique s'agrandisse. Captain Contrat va approfondir sa relation avec les avocats et continuer de proposer aux entrepreneurs une nouvelle expérience du juridique « au-delà de la génération automatique de documents ».

La start-up va vers la signature électronique, et compte bien se lancer dans l'édition de logiciels à destination des grandes sociétés et des cabinets d'avocats. Preuve que les legaltechs ont toujours plus d'un tour dans leur sac !

L'Adij et Open Law remettent au bâtonnier la Charte éthique des legaltechs

© Twitter@HdeLaMotteRouge

La "Charte éthique pour un marché du droit en ligne et ses acteurs" a été remise au bâtonnier de Paris Frédéric Sicard, par l'Adij et Open Law à l'occasion des 4es Journées européennes d'informatique juridique les 23 et 24 novembre dernier.

Alexis Deborde, coordinateur de la charte, s'est réjoui du succès du texte "très bien reçu" par le bâtonnier.

Ce dernier l'a qualifié de document « indispensable » et « équilibré » qui remet en avant une des pierres angulaires de la déontologie du barreau : l'humanité. « Il y aura de la technologie, il y aura des accords avec les legaltechs mais il y aura toujours une part d'humanité », résume Frédéric Sicard.

L'Association pour le développement de l'informatique juridique (Adij) et l'association Open Law œuvrent depuis déjà dix mois à la rédaction d'une charte éthique commune entre les legaltechs et les différentes professions du droit. Composée d'un préambule et de huit articles, cette charte propose un ensemble de règles visant à donner à tous les usagers du droit des garanties de compétence, de confidentialité et de responsabilité afin de stimuler l'innovation de la legaltech dans un cadre harmonieux et respectueux de la diversité des acteurs.




Anne MOREAUX
Journaliste

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