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L'envol de la FrenchLegalTech au salon Vivatech

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L'envol de la FrenchLegalTech au salon Vivatech
© DR

Six start-up du droit ont uni leurs forces pour faire décoller leur filière au salon Vivatech. La FrenchLegaltech a porté haut ses couleurs tricolores au rendez-vous déjà mythique de l'innovation internationale, tenu dernièrement à Paris. L'occasion de « se fédérer », « lancer un mouvement », « défendre l'innovation juridique », « aller à la rencontre du marché ensemble » ou encore « de vivre un moment historique à notre petite mesure ».

Softlaw, Hyperlex, Gino LegalTech, Call a Lawyer, BlockchainyourIP et EasyQuorum étaient présentes Porte de Versailles pour aller à la rencontre des férus de nouvelles technologies, mais surtout des professionnels du droit et des investisseurs.

« Ici, nous voulons proposer nos solutions mais aussi défendre ce marché nouveau qu'est celui de la legaltech », témoigne Sandrine Morard, fondatrice de Softlaw.

Ces six legaltechs qui s'appuient sur les dernières technologies intégrant de l'intelligence artificielle (IA), la blockchain, la robotisation ou des services mobiles proposent des services innovants aux professionnels du droit.

Décollage de la FrenchLegalTech​

« C'est la première fois que les legaltechs se rassemblent et unissent leurs forces à Vivatech pour promouvoir leurs solutions et défendre l'innovation juridique », explique Cyril de Villeneuve, directeur général de Gino LegalTech.

Cette union des forces se veut comme un signal positif, une émulation et tout simplement l'envie de lancer un mouvement ouvert à tous les acteurs de la legaltech marqué par la bienveillance et l'exclusion de toute idée de concurrence.

« Comme c'est une industrie assez jeune, c'est important pour nous de se fédérer et d'aller à la rencontre du marché ensemble car ça nous donne plus de force et de visibilité. L'an dernier, nous n'étions que deux ou trois noyés dans la masse », confie Sandrine Morard.

« Ce mouvement représente pour moi la preuve que la Legaltech sort de son “cocon corporatiste, juridique et judiciaire” pour entrer pleinement dans l'économie digitale de masse », considère quant à lui Mathieu Davy, avocat fondateur de Call A Lawyer.

Née outre-Atlantique, la legaltech est un secteur en plein essor. Depuis quelques années en France, de plus en plus de start-up émergent et bousculent un secteur juridique considéré comme “traditionnel”.

Emboîtant le pas aux directions juridiques des grands groupes, les cabinets d'avocats et autres professions réglementées, notaires en tête, entament leur transition digitale. Dans ce contexte, tout un écosystème se structure, lève des fonds et multiplie les partenariats.

Alexandre Grux, fondateur d'Hyperlex, considère que « l'enjeu de la legaltech est de savoir comment faire passer les directions juridiques des lettres aux chiffres pour présenter des indicateurs décisionnels et des preuves de rentabilité aux dirigeants ».

« On a l'impression de vivre un moment historique à notre petite mesure. J'espère que l'année prochaine ou celle d'après on parlera de la FrenchLegalTech comme d'un vrai mouvement comparable à la fintech », se réjouit Vincent Fauchoux, cofondateur de BlockchainYourIP.

La France, un territoire très fertile

Avec plus de 200 legaltechs, l'Hexagone est le deuxième pays au monde le plus développé après les Etats-Unis. Par leur présence au salon Vivatech, ces six start-up souhaitent porter le dynamisme et le savoir-faire de la legaltech à la française à l'international.

Vivatech vitrine internationale

« Vivatech attire tout le monde, on sent qu'il se passe quelque chose », déclare Vincent Fauchoux.

Sur la même longueur d'onde, tous les entrepreneurs considèrent que ce salon est « absolument génial en termes de visibilité » et qu'il s'agit d'une « magnifique vitrine pour le monde entier ». Ils sont d'ailleurs convaincus, de par leurs expériences à la précédente édition comme par les témoignages de leurs réseaux, que ce salon sera porteur de retombées business.

« Je suis certain que le mouvement de la FrenchLegaltech va se développer, j'ai déjà reçu plusieurs appels me disant “on veut en faire partie”. C'est un salon hyperfédérateur, je suis persuadé que l'année prochaine nous serons vingt à Vivatech. C'est très porteur d'affaires car tous les grands comptes sont là », constate Antoine Micaud, fondateur d'EasyQuorum.

Si beaucoup de belles legaltechs n'étaient pas présentes à Vivatech « car ce n'est pas un événement sectoriel », explique Sandrine Morard, le collectif est décidé à les convertir et leur faire rejoindre leurs rangs pour la prochaine édition.

« Je m'attendais surtout à rencontrer des représentants de directions opérationnelles, j'ai été agréablement surpris d'échanger avec de nombreux directeurs de l'innovation et directeurs juridiques. Au-delà du fort impact médiatique, j'ai été impressionné par le fort intérêt et le nombre de contacts de qualité. C'est une vrai réussite », témoigne Cyril de Villeneuve.

« Ici, notre enjeu est plus de la visibilité et de la prise de besoins que de signatures de contrats car il n'y a pas forcément nos interlocuteurs privilégiés mais on crée des contacts. L'an dernier nous avons pu commencer à rentrer dans certaines grandes organisations », ajoute Sandrine Morard.

Conquête du marché juridique

De braconniers à partenaires, les start-up de la legaltech sont en train de se faire une place digne de ce nom dans le monde juridique. Si Doctrine, Attestation légale et Yousign ont pris le lead sur le marché, des dizaines de concurrentes arrivent.

« Le mouvement va s'amplifier et c'est tant mieux », considère Cyril de Villeneuve.

Ce mouvement renforce la filière juridique car « il démocratise le droit et donc le fait pénétrer dans notre quotidien pour devenir un vrai outil, qui ne divise plus mais rassemble », explique Mathieu Davy.

« La concurrence arrive mais elle n'est pas encore très forte sur notre domaine. La chance qu'on a aujourd'hui est que l'IA sur le marché juridique français est très cloisonnée à la fois par la tradition juridique et par la langue. Si le marché anglo-saxon est mature, il propose uniquement des solutions en anglais pas du tout opérationnelles chez nous. Dans notre domaine il y a donc un véritable besoin », explique Sandrine Morard, appuyé par le fondateur d'Hyperlex.

Avec 24,6 millions d'euros levés en 2018, le dernier Baromètre des legaltechs françaises réalisée pour le site Actualités du droit en partenariat avec Maddyness, montre que le secteur connaît une hausse de 92,2 % du montant des levés de fonds par rapport à 2017. Il y a donc une professionnalisation du marché.

Pour Sandrine Morard, « le marché évolue car il est en pleine croissance : le droit devient de plus en plus complexe, la réglementation change tout le temps et les enjeux juridiques prennent de l'importance. Le juridique devient une arme commerciale et économique ».

En outre, d'après une étude récente du Cercle Montesquieu, CMS Francis Lefebvre et Day One sur la digitalisation des directions juridiques, 2019 sera “l'année de la bascule vers l'intelligence artificielle et de la prise en main des technologies”.

« Le boom des clients arrive maintenant car l'IA est quelque chose de neuf pour le secteur juridique. Si on sentait un intérêt pour la question depuis au moins deux ans, il a fallu un petit temps de maturation pour que les entreprises françaises et le marché soient mûrs pour tester et adopter ses solutions », témoigne Sandrine Morard qui cible tous les secteurs, avec une prévalence du bancaire et de l'immobilier.

Les entreprises commencent en effet à identifier des cas d'usage où la technologie peut les aider parce qu'elle fait des tâches rébarbatives à faible valeur ajoutée où l'humain présente des limites.

« Le luxe et la mode sont nos secteurs de prédilection mais en réalité notre solution est totalement ouverte et peut tout à fait être adaptée à l'industrie innovante, la robotique, la pharma..tous ceux qui créent ou innovent », précise Vincent Fauchoux.

« Notre cœur de cible sont les grands comptes et les ETI et mais nous commençons à compter parmi nos clients des banques et des assurances qui voient dans notre outil une façon de gagner du temps mais aussi de pouvoir réaliser des audits réglementaires », témoigne quant à lui Alexandre Grux.

Accompagner la transition digitale

« La révolution legaltech vient finalement des entreprises qui doivent faire leur transformation digitale dans tous leurs services. Nos legaltechs vont permettre l'émergence de ce qu'on appelle le juriste augmenté en l'accompagnant dans son travail en lui permettant de passer moins de temps sur des tâches répétitives et de commettre moins d'erreurs liées à la volumétrie, par exemple dans le secteur corporate ou le notariat. Ça va être valorisant pour l'évolution du service juridique », résume parfaitement Alex Grux.

Les fondateurs de legaltech revendiquent leur participation à la genèse du fameux juriste augmenté. Ils développent à vitesse grand V de nouveaux outils pour aider le juriste à faire face au contexte de plus en plus nébuleux dans lequel il évolue et une charge de travail accrue et complexifiée, avec des tâches de veille et d'audit très chronophages.

En aidant les professionnels à apporter leurs compétences et se concentrer sur leur domaine d'expertise plutôt que sur des taches à faible valeur ajoutée, les legaltechs participent à ce changement de mentalités. « Les legaltechs permettent aux directions juridiques de remonter sur la chaîne de valeurs en mettant en avant leur expertise », se réjouit Antoine Micaud.

Si les grands groupes sont en train d'acquérir une maturité digitale, les legaltechs souhaitent accompagner les autres entreprises, ETI et TPE-PME, majoritaires dans le tissu économique hexagonal. La FrenchLegalTech constate depuis six mois une effervescence, notamment auprès des entreprises innovantes et des professions du droit et du chiffre

Vers une labellisation des legaltechs ?

Sur le projet de certification ou de labellisation des legaltechs proposé par la Chancellerie, les créateurs sont plutôt réservés.

« Je pense qu'il y a un intérêt mais que c'est très difficile à mettre en œuvre. C'est important d'encadrer cet enjeu sérieux et les offres qui ne sont pas toujours complètement transparentes, pour autant si le Gouvernement mène ce type d'initiative, c'est très important qu'il soit au clair sur des critères justes sans distorsion de concurrence », confie Sandrine Morard.

Est-ce un véritable besoin ? Cette réglementation censée répondre au besoin de transparence, de crédibilité et de sérieux du marché présente le risque d'une charge administrative supplémentaire pas forcément gage de qualité du service. La clientèle ne peut-elle pas faire le tri elle-même ? Certains fondateurs prônent la loi du marché.

« Pourquoi pas labelliser. Tout ce qui va contribuer à l'émergence du secteur est bon. Après, le diable est dans les détails, il faudra voir quelles en seront les modalités. Il faut se méfier de cette volonté de normaliser quelque chose d'instable et d'évolutif. Ce n'est pas urgent, contrairement au besoin de soutien politique, à l'instar des Vendôme Tech, qui me paraît beaucoup plus important que la labellisation », estime Vincent Fauchoux.




Anne MOREAUX
Journaliste

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