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L'engouement entrepreneurial ne se dément pas

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L'engouement entrepreneurial ne se dément pas
@ AP - Gillian Tans, la fondatrice de Booking, a partagé sa recette d'entrepreneur, aux côté de Jean Moreau (Phenix), Charlott

Pour sa 27e édition, le Salon des entrepreneurs de Paris a reçu près de 60 000 visiteurs, jeunes créateurs d'entreprises ou bien simplement curieux, venus arpenter les allées fournies en stands de partenaires conseils, assister aux ateliers pratiques et écouter les retours d'expérience des conférenciers. Une édition dynamique qui confirme l'intérêt croissant des Français pour l'entrepreneuriat, et notamment des femmes et des jeunes.

L'entrepreneuriat a battu les records en 2019 avec pas moins de 815 000 créations d'entreprises, soit une augmentation exceptionnelle de plus 300 000 créations par rapport à l'année précédente. En outre, selon un sondage réalisé pour le salon, un Français sur quatre souhaite monter sa boîte.

Apparition de nouveaux profils

Des chiffres confirmés par l'affluence au dernier Salon des entrepreneurs, tenu au Palais des congrès de Paris, qui a fait la fierté de ses organisateurs, notamment car il s'agissait de la première édition où la parité était respectée sur les panels d'intervenants, mais aussi dans le public (58 700 visiteurs dont 46 % de femmes, +7 % depuis 2017).

L'annonce de cette nouvelle parité a d'ailleurs été vivement applaudie en plénière, tout comme son thème du “positive impact”, car « les entrepreneurs construisent la société de demain ».

Les différents profils du visitorat de cette 27e édition prouvent que l'entrepreneuriat français a bien changé. Il ne s'agit plus d'une partie mineure d'hommes trentenaires qui se lancent dans l'aventure entrepreneuriale. Aujourd'hui, des centaines de milliers de créateurs et créatrices, âgés entre 20 et 60 ans, travaillant dans tous secteurs confondus, constituent un des tissus entrepreneuriaux les plus dynamiques d'Europe. En plus de la gente féminine, les jeunes, les indépendants ou encore les artisans sont venus en force au salon.


Taïg Khris, sportif émérite et créateur d'OnOff, Charlotte Cadé, cofondatrice de Selency, et Gillian Tans, fondatrice de Booking.com, ont partagé leurs secrets de réussite.

La valeur de l'exemple

Cette année, le Grand débat intitulé “Empowerment, 6 entrepreneurs livrent leurs clés de la réussite” a fait salle comble. En plus des retours d'expérience des jeunes entrepreneurs Charlotte Cadé (Selency), Jean Moreau (Phenix) et Delphine Rémy-Boutang (The bureau), et des plus aguerris comme Fred Potter (Netatmo) et Taïg Khris (OnOff), le public a pu assister en exclusivité au témoignage de Gillian Tans, la fondatrice néerlandaise de Booking, la célèbre plateforme de réservation de voyage.

« Je vous invite à respirer et prendre leur énergie communicative », a lancé l'organisatrice du salon.

Dans le partage d'expériences, le plus intéressant est parfois niché dans les récits des galères que ces créateurs d'entreprises ont réussi à surmonter. « Ce qui est crucial est la volonté d'apprendre », a ainsi déclaré Gillian Tans, et surtout d'apprendre de ses erreurs.

« Pour ma première boîte nous avons dû passer en quelques mois d'un monde où les recrutements se faisaient à la chaîne à un plan social à cause de l'arrivée d'internet. À travers cette épreuve, nous avons appris à gérer la pénurie », a ainsi témoigné Fred Potter, le fondateur de Netatmo, spécialisé dans les objets connectés.

La jeune Charlotte Cadé, cofondatrice de Selency, une place de marché de meubles design de seconde main (ex brocantelab), s'est aussi confrontée à l'épreuve de faire évoluer son concept en partant d'une marketplace adressée uniquement à des professionnels pour créer un site en ligne ouvert aux consommateurs. « Nous sommes restés fidèles à l'ADN de l'entreprise qui consiste à faire transiter des pièces design déjà utilisées entre acheteurs et vendeurs. La plus grosse galère que nous n'avons pas encore tout à fait réglée est d'aider les clients sur la logistique de livraison, qui est assez complexe dans le meuble », a témoigné l'entrepreneuse.

« Le plus compliqué est la gestion RH », a confié Jean Moreau, fondateur de Phenix qui s'attaque à une problématique d'intérêt général : le gaspillage alimentaire. Ce dernier a perdu beaucoup de salariés au moment du changement de projet de sa boîte qui « a migré d'une mission essentiellement sociétale au service des démunis à une mission environnementale qui s'est ouverte aux consommateurs en ligne ». Un virage que le créateur ne regrette absolument pas car il faut bien faire du chiffre d'affaires afin de pouvoir faire du social.

« J'ai à peu près 3 galères par jour, entreprendre c'est sportif », a plaisanté Delphine Rémy-Boutang, créatrice de The bureau (groupe de communication qui travaille sur la transformation digitale des entreprises et leur présence digitale sur les réseaux sociaux) en confiant qu'elle avait signé un contrat avec son premier gros client sans se rendre compte qu'elle s'engageait pour développer son concept dans toutes les filiales partout en Europe.

« Au début, les galères financières étaient très dures et je me suis cassé les dents pour convaincre les investisseurs. Une fois, je n'avais plus que 3 jours pour trouver l'argent pour payer mes 40 salariés, et j'ai convaincu la personne assise à côté de moi dans l'avion d'investir », a raconté avec le sourire Taïg Khris, fondateur de nombreuses boîtes dont la dernière est OnOff (appli mobile permettant d'avoir deux numéros, un professionnel et un personnel, sur le même téléphone). Depuis, et certainement grâce à sa notoriété, ce qu'il ne nie absolument pas, il a convaincu 130 investisseurs et soulevé 10 millions d'euros. « Le sport m'a appris à tenir la pression », a finalement conclu le triple champion du monde de roller, considéré comme le sportif le plus titré de l'histoire des sports extrêmes, qui trouve désormais son adrénaline dans l'aventure entrepreneuriale.

L'importance d'être bien accompagné

Le constat est implacable : une entreprise sur deux périclite avant sa sixième année, et seulement une sur trois lorsqu'elle est accompagnée. Intervenant lors de la plénière, Arnaud Bernet, le directeur commercial d'American express, conseille donc fortement aux créateurs de faire appel à des conseils. Il met ainsi en lumière le fait que si les dirigeants d'entreprise que sa banque accompagne sont très confiants dans l'avenir, et veulent se développer à l'international, ces derniers confient souvent « être sous l'eau et complètement débordés ».

Si le numérique va certainement leur permettre de se dégager du temps en automatisant les taches à faible valeur ajoutée, ça ne suffira pas selon les différents intervenants. De fait, il apparaît indispensable pour les entrepreneurs de se faire accompagner et soutenir par des réseaux et des experts juridiques, comptables, fiscalistes, managériaux… Et cet écosystème de soutien est très actif. En effet, les institutions spécialisées dans l'accompagnement des créateurs d'entreprise se comptent par dizaines. L'Agence France Entrepreneur, BpiFrance, Moovjee, Business France, la Caisse des dépôts, CCI France, le réseau Initiative Ile-de-France… sans compter les partenaires privés bancaires et les professionnels du chiffre et du droit.

« Au-delà de l'envie, il faut passer le cap de prendre des risques donc avoir de l'audace, s'engager, travailler beaucoup et surtout bien choisir ses partenaires », a souligné Fabrice Gourgeonnet, directeur du développement de la Caisse d'épargne.

Soutien actif des Pouvoir publics

Comme pour les éditions précédentes, le Salon des entrepreneurs a mobilisé le Gouvernement avec la présence de sept ministres, dont notamment de Bruno Le Maire, ministre de l'Économie et des Finances, Muriel Pénicaud, ministre du Travail, et Frédérique Vidal, ministre de l'Enseignement Supérieur, de la Recherche et de l'Innovation, mais aussi des personnalités politiques territoriales, les candidats à la mairie de Paris, ainsi que des figures institutionnelles de l'écosystème entrepreneurial.

Parmi les temps forts de ces deux journées de salon, on note aussi la présence de l'État par le biais de sa banque publique d'investissement qui a notamment signé un nouveau partenariat de soutien à l'entrepreneuriat dans les cités. Après avoir lancé treize promotions depuis sa création (dont une à Cergy en novembre 2019 et deux en janvier 2020 en Ile-de-France), l'association « Les Déterminés » développe, depuis le mois de février, un programme d'accompagnement sur le territoire national en partenariat avec Bpifrance intitulé Tour de France 2020. Ce programme est opéré par la banque publique d'investissement dans le cadre du Plan d'investissement dans les compétences (PIC), piloté par le ministère du Travail.

En outre, la CCI Paris Ile-de-France et la BnF ont renouvelé l'accord de partenariat, initié en 2009, visant à faciliter l'accès des créateurs et repreneurs d'entreprise aux informations économiques dont ils ont besoin, grâce aux fonds de la BnF.

Cap sur la reprise !

Le Conseil supérieur de l'Ordre des experts-comptables (CSOEC) a profité du Salon des entrepreneurs pour annoncer le lancement de sa « Plateforme Reprise » qui facilite la recherche et la mise en relation entre repreneurs et les clients cédants des experts-comptables. Un coup de pouce bienvenu au moment où le nombre de reprises ne fait que chuter.

La nouvelle a été annoncée par Eric Bouron, le président du comité transmission du CSOEC, membre du réseau Transmettre et entreprendre, qui animait un atelier dédié à la reprise d'entreprise. Venu en masse, le public s'est montré très attentif à cette annonce et les conseils de l'expert sur la meilleure façon de monter un plan de reprise.

« Quand vous rachetez une boîte, il faut accepter le risque de perdre votre apport, pas plus mais pas moins », annonce d'emblée l'expert-comptable. Une reprise nécessite dans tous les cas un apport financier personnel de plusieurs milliers d'euros. Il faut d'ailleurs justifier « d'une capacité financière minimum de 200 000 euros » pour pouvoir s'inscrire sur la plateforme du CSOEC qui permet aux repreneurs d'être visibles des 21 000 experts-comptables inscrits à l'ordre.

« La logique est d'avoir un tiers d'apport et deux tiers de dette », précise Eric Bouron. Aujourd'hui, il est très facile, selon lui, d'obtenir un prêt d'honneur de la part d'organisations comme le Réseau entreprendre ou les grandes sociétés, ou bien d'avoir recours au financement bancaire ou participatif. En revanche, il prévient que « les boîtes sont un peu chères en ce moment, il faut pouvoir convaincre les financeurs de la qualité de votre candidature ».

« Au départ, allez voir le banquier de la boîte à reprendre mais pas seulement. Le taux d'emprunt n'est pas le seul critère à regarder, attention au montant des assurances, au risque, à la caution… », conseille-t-il en soulignant que le montage financier de l'opération est important car il faut d'abord déterminer l'ampleur des ressources à mobiliser pour faire tourner l'entreprise et la moderniser. « Dans la reprise, la garantie de passif est un enjeu majeur », assure-t-il en ajoutant qu' « on s'aperçoit souvent que dans les petites boîtes il y a des turpitudes, notamment en matière de droit du travail, il faut donc faire attention à la garantie de passif ».

En plus du côté financier, on relèvera que l'expert insiste sur les relations à entretenir avec le dirigeant cédant. « Servez-vous bien de l'expérience du vendeur, mais il ne faut pas que l'accompagnement dure 3 ans, il faut privilégier une durée de 6 mois », déclare-t-il.

Enfin, l'expert rappelle aux repreneurs qu'il ne vaut mieux pas fantasmer sur les collaborateurs clés, qui ne sont pas si indispensables dans un projet de reprise.




Anne MOREAUX
Journaliste

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