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L'employeur, médecin malgré lui

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L'employeur, médecin malgré lui
AP - de gauche à droite : S. Wilmotte ; P. Légéron ; M-F Clavel ; C. Castagnet ; P. Delmas ; O. Torres

Très récemment, s'est tenu à la Maison du barreau un colloque au libellé original : « L'employeur, médecin malgré lui ». Entrepreneur, directeur des ressources humaines, psychiatre, professeur d'université ont réfléchi ensemble à la responsabilité de l'employeur dans la prévention de la souffrance au travail.

Hubert Flichy, encore président du syndicat national des avocats d’entreprise en droit social Avosial, a prononcé quelques mots d’accueil pour annoncer qu’il quittait la présidence de l’association, après dix ans d’exercice à cette fonction.  On connait bien les raisons de ce départ, et Hubert Flichy ne s’en est pas caché : il souhaite se consacrer pleinement à sa campagne au vice-bâtonnat de Paris, auprès de David Gordon-Krief.

Cette précision faite, il a introduit le thème du colloque en parlant de ce qu’il connait le mieux : sa profession. Il a ainsi mentionné une étude du Conseil national des barreaux (CNB) qui indique que 47% des congés maladies accordés aux avocats résultent d’une pathologie liée au stress. Un chiffre exorbitant qui fait réfléchir, même si l’on sait qu’en termes de conditions de travail – et notamment de rythme – les avocats demeurent particulièrement mal lotis…

 

La souffrance au travail, quels facteurs de risque pour quel état des lieux ?

Stéphane Wilmotte, directeur des ressources humaines chez Electro Dépôt, est venu témoigner de son expérience. Pour les acteurs en ressources humaines, il le consent, l’indicateur de souffrance au travail généralement retenu est l’absentéisme des salariés. Pourtant, ce marqueur manque cruellement d’appréciation qualitative. Aussi, la souffrance des employés s’exprime parfois en dehors de leur lieu de travail. Stéphane Wilmotte confie, par exemple, avoir mis en place un module de gestion des économies privées, lorsqu’il apprenait qu’un de ses cadres, pourtant très correctement payé, ne disposait plus que d’une poignée d’euros à la fin du mois. Pour le directeur RH, il y avait nécessité qu’Electro Dépôt sorte du cadre strictement professionnel pour pouvoir agir efficacement sur la santé mentale de son salarié.

Olivier Torrès, professeur à l’université de Montpellier Business School et fondateur de l’observatoire de la santé des dirigeants des PME, Amarok, a fait une intervention éloquente et très appréciée, à en croire les manifestations du public présent dans l’auditorium. Début 2009, il signait une tribune dans le quotidien Le Monde qu’il avait librement intitulée « L’inaudible souffrance patronale ». C’est alors l’une des premières fois qu’était abordé le sujet du suicide des patrons : « La souffrance patronale, j’ai osé l’oxymore ! », sourit Olivier Torres. D’après une étude réalisée auprès de 250 chefs de PME qu’il a lui-même initiée, trente causes différentes de stress peuvent être identifiées chez les dirigeants d’entreprise. Classées selon leur fréquence et leur intensité, arrivent en tête, dans l’ordre, le dépôt de bilan, le redressement judiciaire, et la surcharge de travail. Pour ce qui est la surcharge de travail, le fondateur d’Amarok l’affirme, « la rémunération des dirigeants de PME, ramenée aux très nombreuses heures supplémentaires qui s’imposent à eux, n’est pas loin du salaire moyen des Français ». Heureusement, pour lot de consolation, l’acte de création de leur entreprise leur offre la satisfaction, un sentiment – paraît-il – « bon pour la santé ».

L’autre prise de parole remarquée de la table ronde était celle du docteur Patrick Légeron, psychiatre et fondateur du cabinet Stimulus. Intervention remarquée car en réalité inattendue de la part de celui qui est l’auteur du rapport sur les risques psychosociaux pour le ministère du Travail. Son discours n’est pas alarmiste, du moins se montre-t-il sceptique vis-à-vis « des statistiques qui pullulent en la matière ». Selon lui, il est impossible de s’y retrouver, et le stress est un terme qui lui-même souffre de bien grands maux : « tout peut s’appeler stress, aujourd’hui », regrette le psychiatre. Idem pour le concept du burn-out, « ce thème à la mode ». Aussi, a-t-il rappelé que « si le travail est riche en facteurs de risque, il est aussi riche en facteurs de protection ». Car, en effet, le travail est un conservateur de bonne santé : moins de sédentarité, moins d’accidents vasculaires-cérébraux, et moins de maladies en général. Heureusement, les Français semblent l’avoir compris et arrivent en tête, en termes d’investissement au travail. Le docteur Patrick Légeron a également mis en garde contre la formulation des questions intra-entreprises et de statistiques qui peuvent conduire à un diagnostic démesurément alarmant. Il cite pour exemple l’item fréquemment retrouvé « Etes-vous heureux au travail ? ». Une réponse négative n’est pas nécessairement un marqueur de souffrance ; la question du bonheur au travail est importante, mais elle n’est pas une composante de la santé mentale. Le psychiatre tente le parallélisme : « Fumer procure du plaisir au fumeur ; pourtant ce n’est pas bon pour la santé. »

D’ailleurs l’expression « souffrance au travail » est purement française. Elle ne trouve pas d’égal dans la langue anglaise selon Patrick Légeron qui, pourtant invité dans de multiples conférences internationales, n’a jamais entendu quelque expression comme « suffering at work ». En bon latiniste, le médecin précise également que, loin de l’idée reçue qui en fait un terme anglo-saxon, « stress » provient directement du verbe latin estressare. Finalement, il conclut : « La France est un peu trop doloriste. » Puis plaisante : « C’est peut-être parce qu’entre France et souffrance, la rime est riche. »






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