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L'égalité au cœur des débats de la REF

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L'égalité au cœur des débats de la REF
@ AP - Muriel Pénicaud, ministre du Travail, Fabienne Lissak, animatrice de colloques ex-journaliste à Bloomberg TV et Natacha Polony, journaliste directrice de la rédaction de Marianne, ont ouvert le débat sur l'égalité en soulignant la nécessité pour l'Etat d'intervenir pour la rétablir, notamment avec des outils comme l'index d'égalité salariale.

à l'heure où l'aspiration à une société plus égalitaire se manifeste partout, le Medef a souhaité ouvrir le débat en réunissant un panel d'intervenants éclectique incluant la ministre du Travail, un ténor du barreau, un écrivain et une journaliste. L'affluence pour la plénière intitulée « L'égalité, une obsession française » a montré que ce sujet politique majeur passionne les dirigeants d'entreprise.

« La sensibilité à ce qui est juste ou pas juste évolue dans notre société », lance Muriel Pénicaud, ministre du Travail, après avoir entamé les débats par un point sur l'index d'égalité salariale qu'elle a mis en place récemment.

L'égalité professionnelle figure de proue

« Aujourd'hui, il y a plus d'une entreprise sur quatre où l'égalité de salaire entre hommes et femmes à poste égal est très loin d'être atteinte et une sur deux qui n'est pas non plus à l'objectif fixé par la loi », déplore-t-elle. C'est pour remédier à cet état de fait déplorable que le Gouvernement a voulu mettre en place « un outil pragmatique et ambitieux ». « Avec cet index, j'ai été très surprise de voir que les chefs d'entreprise découvraient qu'ils discriminaient autant », explique la ministre du Travail.

Si l'égalité est si chère aux Français, toujours prompts à se révolter contre les inégalités, elle n'est malheureusement pas présente en entreprise. Et les dirigeants comme l'Etat, qui ont leur part de responsabilité, sont décidés à faire évoluer les choses.


Le célèbre avocat Eric Dupont Moretti, l'écrivain Frédéric Beigbeder et la ministre du Travail Muriel Pénicaud ont poursuivi leurs échanges un moment après le débat sur l'égalité. © A.P.

Le président du Medef l'a lui-même déclaré : terminé « les inégalités de destins », il a « la conviction que les solutions sont dans nos mains et dans nos cerveaux d'entrepreneurs ».

« Aujourd'hui, les entreprises ont le devoir d'avoir une morale et de se comporter de manière responsable car c'est la demande des travailleurs et des consommateurs », souligne justement Frédéric Beigbeder avant de reprendre une phrase prononcée une heure avant par le ministre de l'Economie Bruno Le Maire sur les écarts de salaires indécents entre grands patrons et salariés, au coefficient multiplicateur s'élevant parfois à 350.

« C'est très important et très beau qu'un ministre dise ça, car autrefois les riches étaient invisibles », explique l'écrivain avant de demander à Muriel Pénicaud ce qu'on peut faire pour « réduire cet écart obscène ». « Nous devons changer les règles de notre capitalisme vers davantage d'équilibre et de partage de la valeur entre le capital, le travailleur, le fournisseur, le territoire et le consommateur », répond la ministre du Travail mettant en avant le mécanisme d'intéressement – dispositif boosté par la loi Pacte – dont seulement
16 % des salariés bénéficient.

Un sujet ambigu

« Le choix du sujet de ce débat est très intéressant car c'est un cliché répandu que les Français préférent l'égalité à la liberté », fait remarquer Natacha Polony, journaliste, directrice de la rédaction de l'hebdomadaire Marianne.

« Votre sujet est absolument intraitable parce qu'il n'y a pas d'égalité mais des égalités, dont certaines sont tout à fait nécessaires. En plus, chacun a des idées très personnelles de ce qu'est l'égalité », considère quant à lui le ténor du barreau Eric Dupont Moretti. De son côté, Frédéric Beigbeder estime que « quand on est romancier l'égalité n'existe pas, ce qui nous passionne ce sont les différences ».

La passion pour l'égalité n'a jamais quitté l'Hexagone. Mais cette vision a-t-elle aujourd'hui encore toute sa pertinence ? Ne confond-t-on pas trop souvent égalité et égalitarisme, au point de refuser toute réforme, même nécessaire ? La vivacité des débats a laissé ces interrogations sans réponses.

« Je crois que l'égalité en entreprise est possible à condition de se donner un temps et des objectifs atteignables, comme l'avait fait la loi Copé-Zimmermann sur la parité dans les conseils d'administration », illustre Muriel Pénicaud, plutôt optimiste sur les avancées de l'égalité dans le monde des affaires. Un sujet abordé de façon ludique et pédagogique par les avocats du cabinet Capstan, notamment par la présence du robot Pepper sur leur stand proposant des quizz pour fédérer et sensibiliser les entrepreneurs autour de la lutte contre les inégalités sociales.

Une devise bien française

« Quand Robespierre a écrit la devise de notre pays sur une nappe, il a écrit la liberté en premier mais je suis pour la réécrire dans l'ordre alphabétique : égalité, fraternité, liberté car le monde actuel a besoin d'être rééquilibré et humanisé davantage », déclare Frédéric Beigbeder.

Si l'écrivain espiègle a toujours le mot pour rire, il souligne toutefois la nécessité de maintenir la fraternité dans notre société, « condition sine qua non de l'égalité et de la liberté ».

Une vision que semble partager l'avocat pénaliste Eric Dupont Moretti. Surnommé « acquitattor », le ténor aux 144 acquittements fait un parallèle avec le principe de la personnalisation de la peine. Ce mécanisme judiciaire très important pour lui « car il prend en compte l'expérience et la vie des justiciables, qui n'ont pas eu les mêmes chances » – beaucoup moins de bagages et beaucoup plus d'obstacles en somme – permet aux avocats de les raconter afin que le tribunal puisse les comprendre pour mieux les juger.

D'ailleurs, l'avocat tacle farouchement l'école nationale de la magistrature qui offre « une formation trop corporatiste qui ne permet pas l'appréhension sociale élargie ».


Les gradins étaient pleins à craquer pour la plénière sur l'égalité et son panel éclectique composé de la ministre du Travail Muriel Pénicaud, du ténor du barreau Eric Dupont Moretti, de l'écrivain Frédéric Beigbeder et de la journaliste Natacha Polony. © A.P.

Pour la journaliste Natacha Polony, directrice de la rédaction de Marianne, « il est nécessaire d'avoir un mélange de bienveillance vis-à-vis des individus qui n'ont pas eu les mêmes chances, car l'égalité c'est aussi l'égalité des chances. Il ne faut pas confondre égalité et similitude et consacrer l'égalité de droits ». « Le plus grand enjeu politique actuel est de réussir à concilier la démocratie et les libertés individuelles », et pour cela, l'intervenante estime que la puissance publique « doit se donner les moyens de rétablir l'égalité ».

Les inégalités sont croissantes dans le monde mais la France tente, à son échelle, de les réduire.

« Participer au bien commun est de plus en plus dans les mentalités aujourd'hui », se réjouit Muriel Pénicaud. Prenant l'exemple de la réussite du chef Thierry Marx (ascension sociale atypique) et de son action associative, la ministre ne manque d'ailleurs pas de mettre en avant le fort engagement des entreprises françaises dans le secteur associatif et le mécénat.

Les dirigeants sont donc vivement appelés à contribuer car, comme la puissance publique, ils font partie de la solution.

Le cœur (professionnel) des hommes

Les entreprises mènent depuis plusieurs années des politiques visant à favoriser égalité professionnelle et mixité, mais la situation reste compliquée. Dans ce contexte, le réseau “Les entreprises pour la Cité” lance une grande enquête nationale sur le thème « Relation à l'entreprise et qualité de vie au travail : ce que veulent les hommes », avec comme objectif premier de comprendre l'influence des normes masculines sur l'emploi et son impact sur la qualité de vie dans le milieu professionnel. Parmi les thématiques abordées, on trouve la relation à l'emploi et à l'évolution professionnelle, l'influence des normes masculines sur cette relation et sur l'organisation du travail salarié et sur la culture d'entreprise, ainsi que le rapport à la parole et à l'expression des attentes. Les résultats de l'enquête permettront d'affiner les politiques RH des entreprises, de prévenir les risques psychosociaux, de mieux comprendre les fondamentaux et les enjeux liés à la qualité de vie au travail. Des plans d'actions pourront être mis en place pour une plus grande mixité et égalité professionnelle, ainsi qu'une meilleure conciliation entre vie professionnelle et vie personnelle.

L'enquête vise donc à recueillir la parole des hommes, notamment sur la place de leur vie professionnelle dans leur épanouissement personnel, mais cherche également à mettre en lumière le point de vue des femmes sur le sujet : le questionnaire et les entretiens s'adressent aussi à elles.

Le questionnaire numérique a été élaboré à partir d'entretiens individuels et les réponses obtenues permettront d'obtenir des statistiques. Les premiers résultats seront disponibles à l'automne prochain.




Anne MOREAUX
Journaliste

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