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“L'Effet Maire“ fait son effet

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“L'Effet Maire“ fait son effet
© REY

Le 102e Congrès des Maires organisé par l'AMF se tient sous le signe des élections municipales. La France va élire en mars 2020 les conseillers municipaux qui désigneront les maires des communes. Leurs fonctions sont-elles éphémères ? Jean-Luc Bœuf a été directeur général des services dans différentes collectivités territoriales. Il nous parle de son livre « L'effet Maire » et des municipales.

Affiches Parisiennes : Comment vous est venue l'idée de ce livre ?

Jean-Luc Bœuf : Au début du phénomène des Gilets jaunes, les maires étaient assez critiqués par la pouvoir central. Ce dernier se demandait si la France avait besoin d'autant d'édiles à l'heure du haut débit et de la modernisation. Les maires étaient également critiqués par nos concitoyens qui se demandaient si ces élus apportaient toujours les réponses adéquates dans les territoires. Tout le monde s'est ensuite rendu compte que dans un pays qui a perdu une bonne partie de ses repères – politiques, religieux, syndicaux... – le maire reste, encore et toujours, celui vers qui il est possible de se tourner. Certes, ce dernier n'apporte pas toutes les solutions d'un coup de baguette magique, mais il écoute. Avoir un interlocuteur qui écoute avant de faire ce qui est possible est particulièrement important dans les territoires.

Je me suis donc dit qu'il pouvait être intéressant de mettre en perspective l'actualité quotidienne, sur une année, à travers des moments positifs, des moments parfois plus difficiles. Dans tous les cas, les maires répondent toujours présents.

A.-P. : Pour votre livre, vous avez opté pour une couverture jaune. Est-ce en référence aux gilets de la même couleur ?

J.-L. B. : Effectivement, j'aurais pu avoir cette idée. Mais non, ce n'est pas du tout lié aux Gilets jaunes. En fait, j'ai simplement choisi une couleur visible plus proche de l'effet “maillot jaune” du Tour de France. Le maire mène le peloton sur son territoire. Quand on porte ce maillot emblématique, on est obligé d'attaquer pour rester en tête.

A.-P. : Pour poursuivre la métaphore, vous avez entamé un tour de France avec cet ouvrage qui a commencé dans les années 1970 et qui se termine avec l'actualité des municipalités...

J.-L. B. : J'ai entamé une rétrospective à travers des mouvements d'humeur qui animent les territoires. On trouve dans ce livre tout ce qui a entouré le Grand débat, tout ce qui a trait aux finances des collectivités locales, un peu de chiffres, un peu d'attente, un peu d'interrogations face à l'Etat... On y découvre également quelques références cinématographiques avec le Festival de Cannes et l'origine de ces bâtiments municipaux que l'on trouve partout. C'est donc un tour de France à la fois historique et conjoncturel.

A.-P. : Manque malheureusement à ce livre un chapitre consacré au décès de Jacques Chirac qui a marqué l'Histoire de la Ville de Paris...

J.-L. B. : L'administration de Jacques Chirac est presque ambiguë. Je ne pas sûr qu'il ait été un grand décentralisateur. Aux deux grands moments de la décentralisation, ses positions ont été assez contradictoires. C'est un opposant farouche à la réforme de 1982 et il conduit en 2003 une fausse décentralisation. Face à la perte des élections régionales et départementales en mars 2004, le président de la République change son fusil d'épaule et fait d'un texte qui devait être décentralisateur et régionalisateur une loi départementaliste. Voilà pour le côté verso...

Du côté recto, Jacques Chirac a utilisé de la meilleure façon possible les failles du système. Songeons qu'il fut, par exemple, dans le même temps, président de deux Conseils généraux. Pendant deux ans, il fut président de la Corrèze et président du Conseil de Paris. Cela ne s'était jamais vu en France sous la Ve République.
Sur le local, en 1982-1983, il s'est posé en opposant farouche au président François Mitterrand et surtout à Gaston Defferre. Je garde toujours en mémoire un dessin de Jacques Faizant. On y voit le ministre de l'Intérieur agenouillé et Jacques Chirac lui dit « En pénitence, vous direz un “Notre maire” et trois “Je vous salue Paris” ».

A.-P. : Avez-vous un exemple de maire courageux ?

J.-L. B. : Olivier Guichard est le premier qui me vient à l'esprit. Compagnon de la Libération, ministre du Général De Gaulle, fut très longtemps maire de La Baule. Pour moi, il représente à la fois ce pouvoir provincial, local, municipal, et ce pouvoir qui organise le pouvoir en province. En tant que père de la Datar, puisqu'il en est le premier directeur, à cette grande époque où l'Etat avait à la fois les moyens financiers et la décision, il permet d'entamer la décentralisation économique dans les territoires. Pendant près d'un quart de siècle, Olivier Guichard sera d'ailleurs président de la Région Pays de la Loire. C'est l'une des figures locales qui m'a le plus marqué, à la fois maire, président de Région et compagnon du Gaullisme pendant très longtemps.

A.-P. : L'Association des maires de France est très importante dans notre pays. Quelle est selon vous sa principale utilité ?

J.-L. B. : Comme tout lobby qui bénéficie d'une certaine ancienneté, on peut la voir de deux manières. D'un côté l'aspect un peu poussiéreux d'une association créée en 1907, qui a parfois un peu de mal à évoluer et à faire son aggiornamento. De l'autre côté, j'y vois son extraordinaire actualité. En représentant tous les maires de France, depuis l'origine et de façon non partisane, elle permet de faire vivre ce qu'on avait appelé en 1900 le fameux “Banquet des 100 000 maires”.

Il n'y a évidemment jamais eu 100 000 édiles en France, mais quand le président de la République, Emile Loubet, décide lors de l'Exposition universelle d'inviter à déjeuner tous les maires de France, plus de 23 000 d'entre eux sur les 35 000 vont accepter. Tous prennent le train par un beau jour de 1900 pour participer à ce banquet républicain au sens plein et entier du terme. Pour moi, c'est cet esprit de l'AMF qui perdure en faisant entendre la voix des territoires au niveau national. Des gens comme Michel Giraud, Jacques Pélissard, Jean-Paul Delevoye ont présidé cette association... Tous ont des personnalités consensuelles.

A.-P. : A travers l'AMF, les maires de France participent à tous les débats initiés par l'Etat...

J.-L. B. : Sur le Grand débat, on peut dire que les maires ont pleinement joué le jeu, en étant présents aux côtés de l'Etat dans l'un des aspects du dénouement de la crise des Gilets jaunes. Sur la réforme des retraites, c'est peut-être un peu plus difficile. Ce n'est pas leur champ immédiat de compétences. En revanche, s'il faut organiser des débats dans les territoires, ils seront là, bien sûr. L'année dernière, les maires ont assez mal vécu l'absence du président de la République à leur congrès. Pour un président en exercice, c'est presque une figure aussi imposée que le Salon de l'Agriculture.

A.-P. : Que peut-on dire des élections qui se profilent ?

J.-L. B. : Depuis 1965, les élections municipales n'ont jamais été faciles pour le pouvoir en place. Ce n'est ni étonnant ni gênant. A travers le prisme court-termiste des médias, c'est un peu différent. Si cette élection n'est pas favorable, elle peut être interprétée comme une défaite du Gouvernement. En 2014, ces Municipales avaient entraîné des changements gouvernementaux, avec la démission du Gouvernement et le changement de Premier ministre. Après, sur la façon dont l'exercice du mandat change, étant donné que depuis plusieurs mandats on assistait à un certain vieillissement des maires, il est normal que nous assistions à un renouvellement. Bien sûr, ce dernier se greffe sur un mécontentement, sur la crise des vocations sur la violence dont ils peuvent être victimes, mais cela fait aussi partie du jeu normal d'un changement d'époque. Certains maires ont fait plusieurs mandats et ils passent la main.

Dans les grandes villes, cela se traduit de façon beaucoup plus partisane pour deux raisons. La première c'est qu'il y a toujours une focale sur Paris-Lyon-Marseille. La deuxième chose, c'est que du résultat des élections municipales de 2020 dépendra le renouvellement sénatorial de septembre prochain. Cela polarise l'attention des Pouvoirs publics au niveau national. Lors des soirées électorales de mars 2020, nous verrons la comptabilisation du ministère de l'Intérieur se focaliser sur les villes de plus de 30 000 habitants. C'est en effet, le seuil à partir duquel tous les conseillers municipaux sont électeurs sénatoriaux avec en plus la désignation des grands électeurs ; ce qui représente une composante partisane supplémentaire.




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