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L'EFB fait sa rentrée, entre « modernité et tradition »

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L'EFB fait sa rentrée, entre  « modernité et tradition »
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La rentrée solennelle de l'EFB, organisée dernièrement au Palais des congrès, a été l'occasion pour 1881 élèves-avocats de prêter leur « premier serment ». Cette année, c'est Bernard Cazeneuve, ex-Premier ministre et associé chez August Debouzy, qui a été désigné parrain.

« C'est plus qu'une formalité, c'est un symbole ». Après une présentation d'Alain Bensoussan sur les potentiels de l'intelligence artificielle et plus particulièrement le logiciel dénommé Manon, Pierre Berlioz, le directeur de l'EFB a rappelé le sens profond du « petit serment » aux élèves-avocats réunis au Palais des congrès.

« C'est un symbole de l'accès à un statut particulier, qui n'est pas encore celui de l'avocat. C'est un autre serment. Aujourd'hui, vous allez prêter le serment de l'élève, de l'élève-avocat et c'est le prélude à votre transformation, comme lorsque la chenille entre dans sa chrysalide », a-t-il poursuivi, avant de faussement s'interroger sur la pertinence de se former à l'EFB après avoir suivi plusieurs années d'études universitaires.

« Certains ont pu évoquer sa suppression. L'école est pourtant un pan important de notre carrière, c'est elle qui nous fait naître en tant qu'avocat », a tenu à souligner le directeur de l'EFB, qui a rapidement souhaité tourner l'attention de ses protégés vers la transition numérique.

La machine est bête

« Vous avez touché du doigt ce qu'est un juriste à l'heure de la connaissance ouverte et de l'intelligence artificielle. Vous avez vu à quel point la machine peut être un collaborateur ou une collaboratrice efficace ; et ce n'est qu'un début. Elle deviendra de plus en plus efficace. Mais on sait aussi que la machine est bête. Et voilà bien ce qui distingue le juriste de la machine », a-t-il ajouté, indiquant que si l'on parle souvent de juristes augmentés pour évoquer les juristes de demain, « il s'agit tout simplement d'un juriste intelligent, qui réfléchit ».

Pour Pierre Berlioz, « il s'agit d'un juriste qui pose les questions, mais pas d'un juriste qui répond aux questions », car les élèves doivent « douter de leurs connaissances » dans la mesure où elles sont précaires. « Pour bien travailler avec Manon, il faut avoir un raisonnement. C'est le raisonnement qui fait de nous des juristes, des membres de cette grande communauté. Car n'oubliez pas, quelle que soit votre profession, avocat magistrats juriste d'entreprise nous avons tous le même ADN », a aussi tenu à rappeler le directeur de l'EFB, expliquant aux élèves que les formations reçues dans chacune de ces branches les distingueront mais n'auront pas pour vocation à les séparer.

« Bien au contraire, elles doivent vous aider à cultiver, chacun à votre manière, cette compétence commune pour servir ensemble la réalisation du droit. Ayez toujours cela à l'esprit. Ce n'est pas parce que les branches se séparent qu'elles doivent oublier d'où elles viennent. Elles puisent toutes leur sève à la même racine et concourent toutes à produire les mêmes fruits », s'est-il ensuite exclamé.

Apprendre à porter la robe

Mais pour Pierre Berlioz, « cette méthode commune, fondatrice et même essentielle, n'est pas suffisante pour exercer la profession ».

Et le directeur de l'EFB de poursuivre : « Aujourd'hui, vous avez prêté le serment de conserver le secret. Dans le même temps, vous recevez votre première leçon. La profession d'avocat est une profession qui repose sur la foi, non pas la sienne, mais celle qu'elle doit inspirer et qui doit être le principe de sa conduite. La robe témoigne de cette nécessaire foi. Mais avant de porter cette robe, d'autres apprentissages sont nécessaires ».

Mais c'est surtout « l'esprit de la profession » que l'école doit enseigner, selon le directeur de l'EFB. « Un avocat a prêté serment d'exercer ses fonctions avec dignité, conscience, indépendance, probité et humanité. C'est cela qui fera différent de celui que vous êtes aujourd'hui. Et c'est ce que vous devez apprendre. Avocat, cela n'est pas un titre qui honore ; avocat, c'est une charge qui oblige. Être avocat, c'est avoir une voix qui porte, non pour faire entendre la sienne mais pour soutenir celle d'un autre. C'est tout le paradoxe et la noblesse de cette profession. L'avocat doit avoir du talent. Il doit non pas le mettre au service de sa personne, mais des intérêts d'autrui qu'il représente ».

Pierre Berlioz a également rappelé à la fin de son discours que les avocats étaient redevables, et aux juges, et aux parties. « On pourrait dire aussi un grand rôle implique de grandes responsabilités. La robe en exprime tous les sens et toute l'essence », a finalement lancé le directeur, les premiers “lancers de robes” effectués quelques heures plus tôt devant la ministre de la Justice donnant une résonance encore plus singulière à ses propos.

« Alors, voici l'objectif essentiels de votre formation. Sa raison d'être est de vous apprendre à porter la robe et c'est ce que nous allons faire pendant ces 18 mois », a-t-il conclu, en laissant la parole au bâtonnier élu, une personne sur qui il est « important de pouvoir compter, à l'heure où la profession se bat sur tous les fronts ».

« Modernité et tradition »

« Vous débutez la première étape qui fera de vous des avocats ». Reprenant les propos de Pierre Berlioz, Olivier Cousi, 221e bâtonnier de Paris, a rappelé que le premier serment portait déjà en lui les valeurs de la profession d'avocat.

« Vous allez être des avocats non pas parce que vous avez réussi un examen difficile et sélectif, mais parce que vous aurez prêté le serment, parce que vous l'aurez voulu.

Vous porterez ces valeurs, ces valeurs de notre serment », a lancé le président de l'EFB à l'adresse des élèves-avocats. « Vous arrivez à un moment où la profession fait face à des enjeux importants, de transformation numérique, vous n'exercerez pas de la même manière le droit que nous l'avons exercé et vous-même n'exercerez pas le droit de la même manière que dans les années de votre exercice professionnel ».

Il s'agit pour le bâtonnier d'une révolution, dont ces futurs avocats devront « prendre la mesure ». Pour Olivier Cousi, « les enjeux de l'accès aux droits, les enjeux de la sécurité juridique, l'enjeu de l'efficacité, de l'optimisation des méthodes de travail dans l'utilisation de l'intelligence artificielle et des robots ou des algorithmes, mais aussi les enjeux de communication, de visibilité, de présence des avocats sur Internet » font partie des principaux défis.

« Cette transformation numérique n'implique pas que votre déontologie soit soluble dans le Web ou que notre profession disparaisse au profit de plateformes numériques », a toutefois averti le bâtonnier. « Elle ne signifie pas non plus que les robots seront un jour capables de faire preuve d'humanité, une valeur inscrite au cœur de notre serment, ou que ces algorithmes nous substitueront en termes de stratégie, d'analyses juridique complexes. Elle signifie simplement qu'il est de notre responsabilité, de votre responsabilité de tracer des perspectives de changement et d'évolution de la profession au regard de cette révolution numérique. Nous relèveront ce défi ».


Avocats et magistrats se sont réunis en fin d'audience, montrant ainsi leur volonté de resserrer leurs liens distendus depuis plusieurs années.

Les avocats doivent être partout

Le batonnier de Paris a ensuite enjoint les futures robes noires à aller conquérir de nouveaux marchés, de nouveaux champs d'exercice. « Partout où il y a le droit, partout où il y a une activité économique, il doit y avoir des avocats. L'avocat est là pour sécuriser les transactions, proposer des structures contractuelles, faire du droit un vecteur de l'économie et du règlement français. Nous devons devenir les organisateurs privilégiés des solutions juridiques. Nous devons être présents pour apporter des conseils et de l'assistance dans le secteur de la santé, de la grande dépendance des tutelles, de l'écologie, de la responsabilité sociétale », a-t-il ensuite assuré, précisant que les avocats n'étaient pas encore assez nombreux pour couvrir tous ces sujets.

Le métier étant aussi et surtout libéral, Olivier Cousi a tenu à rappeler la nature entrepreneuriale de l'exercice du métier d'avocat, avant d'aborder la nécessaire transformation du métier. « Nous entendons les critiques. Notre profession ne saurait pas se moderniser. Oui, il faut adapter nos méthodes, nos modes de management et de gestion afin de mieux répondre aux ambitions des nouvelles générations en matière d'équilibre entre la vie professionnelle et la vie privée ».

Concernant le contrat de collaboration libérale, Olivier Cousi a estimé qu'il fallait le conserver et « faire en sorte qu'il soit un instrument d'équilibre économique et non d'apprentissage et d'émancipation ».

La retraite en ligne de mire

Le bâtonnier élu n'a pas non plus éludé, face aux élèves-avocats, la réforme des retraites, « à laquelle le Gouvernement veut à toute force intégrer les avocats ». Un projet qui « préoccupe » la profession et la conduit à « agir de manière énergique » car les modifications « imposées » à leur régime de retraite leur font « craindre pour l'équilibre économique de leurs cabinets ». Olivier Cousi a toutefois tenu à assurer que cette réforme ne ferait « pas disparaître les avocats », ajoutant avoir « besoin » des élèves-avocats pour assurer ces défis.

Une fonction particulière dans l'Etat de droit

« Votre profession a une fonction particulière dans l'Etat de droit, dans notre démocratie. Elle garantit l'équilibre entre l'Etat et les citoyens sans les avocats. Il n'y a pas de justice, il n'y a pas de procès équitable. Cela est d'autant plus vrai à l'heure où les libertés sont discutées, où la sécurité a pris le pas dans certains cas », a-t-il ensuite tenu à rappeler, invoquant l'attentat de Charlie et ses « conséquences politiques, juridiques sur notre vie de tous les jours et sur le renforcement des lois sécuritaires ».

Olivier Cousi a ensuite évoqué le secret professionnel de l'avocat, indiquant que les élèves-avocats auraient la responsabilité de participer à la protection et à la garantie de ce devoir qui ne « cesse d'être attaqué, réduit et parfois démantelé ».

« Nous devons occuper, utiliser et obtenir l'égalité des armes, mais toujours absolument toujours dans le respect du contradictoire, du procès équitable et des règles de la procédure. Les magistrats ne sont pas des ennemis, ils sont des contradicteurs, parfois des adversaires, mais ils sont avant tout des partenaires essentiels dans la réalisation de cette œuvre de justice si singulière, si humaine, si essentielle », a ensuite assuré le bâtonnier élu, évoquant la formule « d'œuvre collective de justice ».

Enfin, Olivier Cousi s'est penché lui aussi penché sur l'intérêt d'une poursuite d'études à l'Ecole de formation des barreaux. « La formation que vous allez suivre est essentielle à double titre. D'une part, elle participe au lien de confiance que nous avons avec le public. Nous démontrons notre compétence, notre crédibilité. D'autre part, cette formation participe de la culture, de notre identité, de notre unité d'avocat », a-t-il argué.

Et le président de l'EFB de conclure : « Il faut le dire ici publiquement en cette rentrée : parmi vous, beaucoup deviendront juristes dans les entreprises et c'est une très bonne chose. La formation est en effet appréciée des directions juridiques qui recrutent des titulaires du CAPA. Cette grande communauté des professionnels du droit existe, elle est active. »

Des inquiétudes légitimes

Le parrain de la promotion 2019, Bernard Cazeneuve, a ensuite été invité à prendre la parole. Indiquant avoir désormais le sentiment d'appartenir à « la grande famille du droit et plus particulièrement la famille des avocats », l'ancien Premier ministre a souhaité axer son discours sur les « valeur et le sens que nous devons donner à notre engagement dans la profession ».

« Je me souviens qu'il m'était arrivé très souvent de trouver en face de moi ceux qui sont aujourd'hui mes confrères, lorsque j'étais notamment le ministre de l'Intérieur, venus exprimer leurs inquiétudes sur un certain nombre de lois que je portais au Parlement, dans un contexte national qui était sérieux et tragique. Ils craignaient alors que soient remis en cause un certain nombre de libertés et de principes auxquels ils tenaient. Et je me souviens que si ces lois étaient mises le métier à l'époque, ce n'était pas par la volonté d'assurer de façon artificielle, par le discours ou par la norme, la sécurité au détriment de toutes les libertés, mais c'était précisément parce que la violence extrême qui s'exerçait à l'égard de notre pays et qui semait dans son cœur un immense chagrin remettait en cause aussi nos libertés fondamentales », a poursuivi le parrain de la promotion 2019, avant d'expliquer par le truchement d'une anaphore : « lorsque l'on assassinait de façon froide et terminée des journalistes, des caricaturistes, parce qu'il incarnaient la liberté d'expression et l'impertinence par leurs caricatures dans une grande et belle tradition française qui est aussi une tradition universelle ; c'est à la liberté d'expression qu'on s'en prenait, lorsque l'on assassinait des prêtres dans des églises ; c'est à la liberté de conscience et de religion qu'on s'en prenait ; lorsque l'on prenait en otage, dans une épicerie, des compatriotes de confession juive et qu'on les assassinait, c'était à la fraternité, à la concorde républicaine, une manière d'exercice de nos libertés, que l'on s'en prenait ».

Assurant que c'était « précisément parce que ces texte que nous prenions pouvaient faire vaciller des frontières, remettre en cause des principes et interroger le fondement de ce à quoi nous croyant ensemble et qui est posé au creuset des valeurs républicaine » que ces mesures avaient été prises, Bernard Cazeneuve a tenu à assurer à ses futurs confrères qu'il avait « éprouvé une très grande fierté de voir [sa] profession capable d'interpeller le pouvoir politique pour le rappeler à des principes qui devaient continuer à jalonner son chemin »

L'ex-Premier ministre a toutefois indiqué en fin de propos être « frappé par la confrontation telle qu'elle s'engage, s'instaure et se développe dans notre société et notre démocratie », estimant qu'elle semblait « faire fi du respect, une notion sans laquelle la confrontation n'est pas possible ».

Les relations s'améliorent

« On a rarement attendu un discours aussi fort, aussi puissant, aussi important, si marquant ».

Jean-Michel Hayat, pour sa première rentrée à l'EFB en tant que Premier président de la Cour d'appel de Paris, après avoir salué les propos du bâtonnier élu, a tenu à redire sa détermination à resserrer les liens entre avocats et magistrats. « C'est ici que se sont tenues les premières assises consacrées à la relation avocats, magistrats et personnels de justice. Beaucoup de sujets essentiels ont été abordés, y compris ceux qui fâchent. Et la qualité des travaux démontrent, s'il en était besoin, que nos deux professions doivent pouvoir en discuter pour mieux se réconcilier », a ensuite rappelé le haut magistrat.

« Il n'est de justice sans un barreau puissant exerçant librement les droits de la défense. Vous pouvez compter sur mon engagement à promouvoir ce qui nous unit plutôt que ce qui nous divise », s'est-il finalement exclamé, avant que les 1880 élèves-avocats de la promotion Bernard Cazeneuve ne prêtent leur « petit serment ».




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