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L’économie sociale et solidaire, économie d’avenir engagée

L’économie sociale et solidaire (ESS) rassemble les entreprises qui misent, au quotidien, sur des valeurs d’inclusion, de solidarité, de respect de l’environnement. À l’heure actuelle, elles sont plus de 200 000 et représentent 10 % du PIB.
L’économie sociale et solidaire, économie d’avenir engagée
© La Ruche

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« Dès le début, l’idée était de cibler les publics sous-représentés et éloignés de l’entrepreneuriat » confie Sophie Vannier, présidente de l’incubateur La Ruche, à Paris. Depuis la création de la structure en 2008, l’incubateur a changé de locaux, suivi des centaines de porteurs de projets et surtout, s’est étendu à de grandes villes de France comme Bordeaux, Marseille, Montpellier, Strasbourg, Rennes ou Saint-Germain-en-Laye, pour promouvoir ce type d’entrepreneuriat engagé.

L’humain au cœur de l’ESS

Il y a trois ans, Khadija Salomon a lancé son entreprise, le Falaf’ ; un service traiteur exclusivement dédié à la fabrication de falafels, ces boulettes de pois chiches épicées, puis frites. L’ancienne salariée du groupe Danone a quitté son emploi pour lancer ce projet, avec la volonté d’employer des personnes originaires du Moyen-Orient, là où le falafel est roi et largement consommé. « Je voyais cet aliment comme un moyen de fédérer les peuples », confie la cheffe d’entreprise, qui ambitionne dès ses débuts d’employer des réfugiés provenant de cette région du monde. Car Le Falaf’, c’est plus qu’une simple entreprise. C’est l’opportunité pour les réfugiés qui y travaillent de signer un CDI, de s’installer en France et surtout, d’apprendre le français, tout en gagnant de l’argent, pour ensuite continuer leur route. À chaque entretien d’embauche, Khadija Salomon insiste. Elle a besoin de connaître le projet professionnel de son futur salarié. « Le Falaf’ a toujours été une passerelle pour faire quelque chose ensuite », explique-t-elle, tandis qu’elle aide ses salariés à rédiger leur CV, à corriger certains devoirs, etc. Cet engagement traduit indéniablement la volonté de cette cheffe d’entreprise de construire un monde plus inclusif, plus durable.

Sophie Vannier, la présidente de l’incubateur La Ruche à Paris, affirme que cette forme d’entrepreneuriat à impact est la voie rêvée pour construire un monde plus équitable, à condition d’accompagner les porteurs de projets dans ces démarches. « À l’incubateur, nous accompagnons tous les porteurs de projets, du concept à la levée de fonds », précise-t-elle. C’est en étant accompagnés de la sorte, avec d’autres incubateurs, que Maxime Durand et Stéphane Delebassé ont réussi à créer leur entreprise solidaire, BioDemain. Elle accompagne les agriculteurs en conversion vers l’agriculture biologique qui leur coûte cher et leur rapporte peu. La création de BioDemain est le résultat d’un accompagnement de la part d’un incubateur, certes, mais aussi d’une prise de conscience. En 2017, lorsque le grand-oncle de Maxime Durand a arrêté sa conversion biologique après deux ans de galères et de lourdes dettes, les deux étudiants ont décidé d’agir pour cette cause. Un an plus tard, ils lançaient BioDemain. Depuis, ils rémunèrent à un prix juste les agriculteurs qui ont choisi de se lancer dans le bio en prenant leurs produits dits “en conversion” et en les valorisant sous la marque BioDemain, une marque (pas encore) bio. « C’est important de soutenir les agriculteurs maintenant si on veut un jour du bio français produit près de chez nous », affirme Maxime Durand. « Avec Stéphane on voulait faire quelque chose de bien. Si nous, on ne se bougeait pas pour faire une boîte sociale, personne n’allait le faire », ajoute-t-il.

© DR - Bio Demain

Être incubé

Depuis 2015, la Ruche propose ses programmes d’accompagnement à toutes les personnes « sous-représentées ou trop éloignée de l’entrepreneuriat », souligne Sophie Vannier. Par exemple, les programmes Les Audacieuses ou Tech for good s’adressent aux femmes, encore trop absentes dans le monde de l’entrepreneuriat. L’incubateur travaille main dans la main avec les acteurs principaux de l’emploi en France, comme Pôle Emploi, avec qui il collabore. Désormais, c’est le parcours créateur, élaboré avec le ministère de l’Emploi, qui accompagne le plus de porteurs de projets au sein de la Ruche. Au sein de l’incubateur, ce parcours “débutant” compte trois stades d’accompagnement pour les projets : émergence, croissance et accélération. Tous les programmes sont entièrement gratuits, à l’exception de l’un d’entre eux, néanmoins finançable avec le Compte professionnel de formation (CPF). L’incubation, c’est une étape qu’a connue l’entreprise Le Falaf’, actuellement incubée à Station F. C’est la troisième année que Khadija Salomon y travaille afin de développer le projet, considérée comme une “Graduate” au sein de la structure. Pourtant, ce n’est pas là qu’elle a commencé. Dès qu’elle souhaité créer le Falaf’, elle s’est approchée de divers incubateurs, comme Singa, qui lutte pour l’intégration des réfugiés, ou la Frégate, spécialisé dans le domaine alimentaire. Pour les deux fondateurs de BioDemain, être suivis par un incubateur n’est pas à négliger. Maxime Durand et Stéphane Delebassé se sont d’abord tournés vers un incubateur de l’économie sociale solidaire, Evident, vers l’incubateur alimentaire de la métropole lilloise, Euralimentaire, et se sont fait accompagner par Pépite, la structure de référence pour les étudiants entrepreneurs. Côté subventions aussi, ils se sont fait aider pour BioDemain. « Nous avons commencé avec 400 euros de capital, c’était nos économies étudiantes et cela représentait beaucoup d’argent pour nous à l’époque », confie Maxime. Depuis, BioDemain a été financé par la subvention “Entreprendre autrement” de la Métropole européenne lilloise (MEL), par des prêts que les fondateurs ont contractés, mais surtout par l’incroyable levée de fonds de 1,4 million d’euros, réalisée en mars 2021.

Vers une économie inclusive

Aider les autres, c’est la raison d’être du Falaf’. Pour cela, l'entreprise met un point d’honneur à employer les réfugiés sur du long terme, pour plus de stabilité. C’est le cas de Moutaz Shekhany, qui est passé par la fabrication de falafels en job étudiant, avant de se professionnaliser comme commercial. Syrien d’origine, il a fui son pays en 2015 pour des raisons politiques et a quitté ses études de droit. Arrivé en France, son premier boulot d’étudiant, est un vrai calvaire. « Je travaillais beaucoup et j’étais mal payé », confie-t-il, en reconnaissant au passage que trouver un travail en France sans maîtriser la langue est particulièrement difficile. Son expérience chez le Falaf’ n’a rien à voir avec la précédente, « Khadija est exceptionnelle », confie-t-il, preuves à l’appui. « Elle a adapté tous les horaires à mes études. Grâce à elle, je travaillais mieux, j’étais mieux payé et toutes mes heures étaient comptées ».

Depuis, Moutaz est diplômé de Sciences Po où il a intégré un programme dédié aux étudiants réfugiés. Khadija Salomon était invitée au premier rang lors de sa cérémonie de remise de diplômes et il a depuis signé un CDI, le tout premier, qui lui permet ainsi de demander la nationalité française. Ces histoires, c’est la raison d’être de l’entreprise, le moteur de Khadija. “Ce sont des histoires qui te touchent et c’est ça qui te motive encore”, confie-t-elle, reconnaissant au passage que l’entrepreneuriat est loin d’être de tout repos. En débutant avec un concept de restaurant street food franchisé, l’entreprise a finalement opté en 2019 pour un service traiteur, « pratique pour tester l’activité à moindre frais ». Avec Elior comme client dès le premier mois d’existence de la structure, Le Falaf’ s’est rapidement fait un réseau avec ses falafels 100 % bio produits avec des ingrédients 100 % français. Rentable dès la première année, l’entreprise gérée par Khadija Salomon a continué sur sa lancée lors de sa deuxième année d’existence, en 2020. Avec deux ans de pause forcée due à la crise sanitaire, Le Falaf’ a travaillé son retour sur les événements et diversifie même son offre au grand public avec l’ouverture d’un point de vente sur le tout nouveau food court Hoba, qui ouvre le 4 avril dans le 17e, près des jardins de Batignolles. Jonathan Pegoud, responsable marketing pour le Falaf’ chapeaute l’ouverture de cette petite nouveauté pour l’entreprise.

À l’incubateur la Ruche, pas de doutes : pour Sophie Vannier, cette économie est une évidence, une nécessité, notamment parce qu’elle est inclusive. « J’ai la conviction que l’ESS n’a de sens que s’il est inclusif », admet-elle. Alors, à la Ruche, on a aussi misé sur l’inclusivité, en co-créant deux incubateurs avec la fondation The human safety net (THSN), entièrement dédiés aux porteurs de projet réfugiés. Localisés à Saint-Denis et à Montreuil, c’est aussi une manière de proposer aux réfugiés qui souhaitent entreprendre l’opportunité de le faire directement.

La transition écologique, nouvel atout de l’ESS

Dans l’ESS, c’est la solidarité qui prime. Pourtant, l’environnement et son respect sont au cœur des préoccupations, notamment pour BioDemain. Maxime Durand explique que c’est une marque à vocation solidaire, qui encourage les agriculteurs à aller vers le bio avant tout. « Pendant trois ans, les agriculteurs ont tous les coûts du bio, mais aucun avantage. La chute de rendement à ce moment-là peut aller jusqu’à 40 %, alors que cultiver bio coûte en moyenne 50 % de plus”, explique-t-il. Alors BioDemain achète les produits de ces agriculteurs en transition, les transforme, appose le label orange de la marque pour ensuite les revendre dans les magasins partenaires comme Naturalia, Bio c’Bon, etc. À seulement 21 et 22 ans, les deux fondateurs de la marque se sont lancés dans l’aventure alors qu’ils étaient encore étudiants, en partant démarcher, puis vendre, les produits d’agriculteurs en conversion sur les marchés de la Métropole européenne lilloise (MEL) en 2019. Deux ans plus tard, les deux amis ont changé de stratégie. “On s’est rendu compte que ce n’était pas Maxime et Stéphane en se levant à 5 heures du mat’ le week-end qui pourraient changer le monde. Donc, aujourd’hui, nous vendons nos produits en magasin”, explique Maxime Durand.

© DR - La Falaf

L'ESS, une économie qui a la cote

Pour BioDemain, il y a un enjeu international à étendre l’initiative. La marque s’est récemment implantée en Belgique, afin de travailler main dans la main avec des agriculteurs locaux. Pour la Ruche Paris, Sophie Vannier et son équipe ont décidé de proposer des événements ouverts au public, qui se déroulent directement au sein du Transformateur, un espace mitoyen aux locaux de l’entreprise. C’est une façon directe de sensibiliser le public à ces nouveaux enjeux que l’économie sociale et solidaire prend en compte. « L’entrepreneuriat social se démocratise, il y a un mouvement de la jeunesse qui a envie de s’engager et mettre du sens dans sa vie professionnelle. On le voit avec les partenaires et les jeunes qui ont envie de participer à l’aventure », confie Sophie Vannier, persuadée que les entreprises de l’ESS vont continuer de se développer et se créer à l’avenir, avec des porteurs de projets de tous profils.

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