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L'apprentissage, un vaccin contre le chômage des jeunes ?

Pour certains, l'apprentissage est le remède pour pallier le chômage des jeunes et favoriser l'accès à l'emploi durable. Le système allemand en est un exemple probant. L'Institut Montaigne et l'ASMEP-ETI ont fait appel à Bertrand Martinot, l'un des plus fins connaisseurs des politiques d'emploi et de formation en France, pour réaliser une véritable « radioscopie » comparée des systèmes d'apprentissage allemand et français.
L'apprentissage, un vaccin contre le chômage des jeunes ?
© www.institutmontaigne.org

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En France, le recours à l’apprentissage est en chute libre depuis plusieurs années : baisse de 8 % en 2013 et à nouveau de 3,2 % en 2014. Il s’agit pourtant d’un levier incontournable pour favoriser un accès durable à l’emploi, comme le montre l’exemple de l’Allemagne où seuls 8 % des jeunes sont au chômage et 16 % en apprentissage, contre respectivement 25 % et 5 % en France.

Le diagnostic que Bertrand Martinot établit à l’issue de cette étude est sans appel : dans notre pays, l’obsession du diplôme, l’hétérogénéité des parcours et la complexité des circuits relèguent, de fait, l’apprentissage au fond de la classe des filières de formation. Tout le contraire du système « dual » allemand qui a su en faire une voie d’excellence à laquelle enseignants, familles et entreprises sont très fiers de contribuer.

Au-delà des constats bien connus – différences culturelles fortes et organisations des systèmes éducatifs distinctes – l’Allemagne présente un cadre législatif, juridique et financier plus clair et plus stable qui valorise réellement cette formation et encourage le recrutement d’apprentis.

Cette étude analyse de façon inédite et en profondeur les systèmes allemands et français. Bertrand Martinot y formule des propositions pour conduire davantage de jeunes vers l’apprentissage, revaloriser cette voie et augmenter la capacité des entreprises à les accueillir et à les former dans les meilleures conditions.

« Le chômage des jeunes est certainement le premier fléau de la société française. Nous ne devons pas nous y résoudre tant ses conséquences sont dramatiques tant pour la cohésion sociale que pour le dynamisme de notre économie. Les entreprises – et en particulier les ETI – ne s’y retrouvent plus et s’inquiètent du recul significatif du nombre d’apprentis. La comparaison avec l’Allemagne montre, en creux comme en relief, ce que nous devons changer dans notre modèle français. C’est tout le mérite de cette étude et du travail précis et éclairé de Bertrand Martinot. Il y a dans nos ETI un gisement considérable à condition de rendre l’apprentissage plus stable, plus souple, plus simple et plus incitatif pour les entreprises ; plus long et plus attractif pour les jeunes.»

Philippe d’Ornano, président du directoire de Sisley, co-président d’ASMEP-ETI

Bertrand Martinot propose cinq axes de réflexions :

Axe 1 : un pilotage rationalisé et décentralisé

Proposition 1 : transférer aux conseils régionaux la compétence sur le pilotage et le financement de l’ensemble des établissements relevant de la formation professionnelle initiale (apprentissage et enseignement scolaire professionnel). Les dotations de décentralisation seraient fonction des efforts consentis par chaque région et des résultats obtenus.

Proposition 2 : réorganiser la concertation et renforcer le rôle des partenaires sociaux au niveau régional.

Proposition 3 : mettre en place une véritable animation nationale de l’apprentissage.

Proposition 4 : placer l’animation nationale de l’apprentissage sous la responsabilité unique du ministère del’Éducation nationale.

Proposition 5 : créer une « Agence nationale pour l’apprentissage et la formation professionnelle » à partir des multiples administrations existantes. Placé sous l’autorité du ministre de l’Éducation nationale, cet organisme assurerait l’animation et le pilotage d’ensemble de la politique de l’apprentissage, les actions de communication, ainsi que l’organisation de la coopération entre Etat, régions et partenaires sociaux au niveau national.

« L’apprentissage est, en Allemagne, une voie incontournable et sélective pour accéder à plus de 300 métiers »

Axe 2 : un accès facilité à l’apprentissage

Proposition 6 : développer une filière de pré-apprentissage au sein du collège. À partir d’un bilan de compétence approfondi, les jeunes collégiens se verraient proposer à partir de la quatrième la possibilité de suivre un enseignement général allégé, des cours de rattrapage personnalisés sur le socle de compétences de base, des enseignements professionnalisant (économie, vie de l’entreprise…) et des stages de découverte des métiers.

Proposition 7 : construire et structurer avec les conseils régionaux et le service public de l’emploi une véritable voie« préprofessionnelle » servant de transition entre la sortie du système éducatif et l’apprentissage.

Proposition 8 : mobiliser et mettre sous tension le service public de l’emploi (Pôle emploi et missions locales) autour de l’apprentissage aussi bien pour la collecte des offres de postes que dans le conseil aux candidats à l’apprentissage.

« La différence essentielle, qui surdétermine bien des développements sur le marché du travail, aussi bien pour les jeunes que pour les adultes, est que les jeunes de qualifications intermédiaires réussissent bien mieux en Allemagne qu’en France. »

Axe 3 : une voie de droit commun pour les diplômes de l’enseignement professionnel secondaire

Proposition 9 : basculer l’enseignement secondaire professionnel scolaire vers l’apprentissage, les lycées professionnels devenant progressivement des CFA.

Axe 4 : des entreprises engagées en faveur de l’apprentissage

Proposition 10 : alléger les contraintes juridiques pesant sur les entreprises (droit du contrat d’apprentissage, durée, etc.).

Proposition 11 : dynamiser la négociation sociale des branches professionnelles sur l’apprentissage.

Proposition 12 : rationaliser, cibler et regrouper les aides à l’embauche d’apprentis au sein d’un « forfait apprentissage »unique prenant la forme d’un crédit d’impôt, avec un système de bonus-malus renforcé.

Proposition 13 : rapprocher les contrats d’apprentissage et les contrats de professionnalisation (grilles de rémunération, uniformisation des documents à remplir, rapprochement des certifications pouvant être préparées …).

Proposition 14 : rapprocher les référentiels et les programmes scolaires du besoin réel des entreprises et des jeunes.

« Contrairement à la France, les pouvoirs publics allemands n’aident financièrement que très peu les entreprises pour embaucher des apprentis. La dépense publique par apprenti est environs trois fois plus forte en France qu’en Allemagne. »

Axe 5 : un acte national pour l’apprentissage

Proposition 15 : solenniser l’engagement de toutes les parties prenantes par la signature d’un « Pacte national pour l’apprentissage », comportant des objectifs chiffrés et des financements pour la durée d’un quinquennat et organiser la tenue, chaque année, d’un débat parlementaire sur l’apprentissage.

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