AccueilActualitéRégion Île-de-France & Grand ParisL’appel à la paix des réfugiés ukrainiens
SOCIETE

L’appel à la paix des réfugiés ukrainiens

Ils seraient désormais près de quatre millions de réfugiés à avoir fui la guerre en Ukraine. Depuis le 4 mars dernier, quelque 130 d’entre eux ont été accueillis à Courbevoie.
L’appel à la paix des réfugiés ukrainiens
© A.P.

ActualitéRégion Île-de-France & Grand Paris Publié le , Propos recueillis par Boris Stoykov et Quentin Clauzon

Couples, personnes seules, femmes avec enfants âgés de 2 à 17 ans… Venus de différentes parties de l’Ukraine, ils ont été pris en charge dans un appart’hôtel de Courbevoie par l’association CASP, après un aiguillage opéré par le hub France Terre d’Asile.

Un havre de paix

« Les premiers temps ont été ceux du repos, après un voyage qui été éprouvant. Ces personnes ont quitté l’Ukraine dans la précipitation, avec quelques bagages, sans pouvoir dire au revoir à leur proches », explique Aurélie El Hassak-Marzorati, directrice générale du CASP, qui dispose de sept sites hébergeant plus de 450 personnes en Île-de-France (à Courbevoie, Ivry, Bobigny, Neuilly-Plaisance, Bures-sur-Yvette, Saulx-les-Chartreux et Saint-Pierre-du-Perray). « Nous avons pris le temps d’entrer en contact avec chacune et chacun des réfugiés, d’entendre leur parcours. Ces personnes ont besoin de mettre beaucoup de mots sur ce qui s’est passé », poursuit Aurélie El Hassak-Marzorati. « Les femmes présentes ici ont la plupart du temps laissé leurs maris en Ukraine, sauf pour celles, assez nombreuses dans cet hébergement, qui sont mariées avec des étrangers ». L’Etat a également mis en place un dispositif santé avec des associations, pour réaliser des diagnostics notamment psychologiques et psychiatriques. « On peut imaginer combien les traumatismes de ces femmes, de ces hommes et de ces enfants risquent d’être importants », ajoute la directrice générale.

Cet accueil étant temporaire, les enfants ne sont pas encore scolarisés. « Nous ne souhaitons pas qu’ils soient trimballés d’un lieu à un autre, d’une école à l’autre. Nous savons combien ils ont déjà vécu l’arrachement, et, pour nous, il est important que leur vrai lieu d’installation soit celui où ils puissent être scolarisés », souligne la directrice générale du CASP.

Ces réfugiés bénéficient tous, quoi qu’il en soit, de la protection temporaire (une autorisation provisoire de séjours de six mois, renouvelable sur une période maximale de trois ans), ce qui leur permettra de trouver très rapidement un logement plus pérenne, de bénéficier des APL, mais aussi de trouver un travail. « Les réfugiés me disent combien ils ont envie de se mettre en activité rapidement. Peut-être pour se changer les idées, mais aussi pour ne pas rester inactifs et rendre service, finalement, au pays qui les accueille », tient à préciser Aurélie El Hassak-Marzorati.

La vie sous les bombes

« Il y avait beaucoup de sirènes anti-bombardement, il fallait couper l’eau et le gaz à chaque fois, puis se cacher dans les abris, parfois toutes les deux heures. Nous devions dormir dans des caves, c’était très difficile à vivre avec un enfant. Les produits alimentaires manquaient, les gens avaient peur et s’enfuyaient dans la campagne et dans les bois », témoigne une mère de famille, qui a dû laisser son mari engagé dans la défense territoriale dans la région de Lviv, après avoir quitté Ternopil.

Pour un autre couple d’Odessa, d’une cinquantaine d’année, la guerre en Ukraine est un véritable cauchemar duquel on ne parvient pas à se réveiller. « Nous entendions tôt les bombardements. Nous avions très peur car nous avons déjà vécu la guerre en Transnistrie. Dire seulement le mot guerre nous angoisse », témoigne la femme, qui a fui avec son mari dès les premiers jours du conflit. Dans leur petite chambre dotée d’une terrasse, un cadre-photo représentant un jeune couple trône fièrement sur un meuble. « Ma fille est en Italie, où elle travaille depuis quelques mois », explique la réfugiée d’Odessa, avant d’ajouter, sans parvenir à retenir un sanglot : « Nous souhaiterions rentrer au plus vite. Nous voulons tous la paix. Nous rêvons de la paix. Nous attendons ce jour impatiemment ! ».

Un accueil apprécié

Irina, une Ukrainienne venue de Kharkiv, deuxième ville d’Ukraine tombée en ruine sous le feu des bombes russes, a passé une semaine sur les routes pour rejoindre la France, franchissant la frontière polonaise puis allemande. « J’ai laissé ma famille dans l’ouest de l’Ukraine, dans la région d’Ivano-Frankivsk. D’après ce nous savons, Kharkiv est bombardée tout le temps, les tirs n’ont jamais cessé », précise-t-elle. « Nous sommes venus avec mon fils et mon mari, qui est algérien et a donc pu nous accompagner. Heureusement, puisque tous les hommes ukrainiens de 18 à 60 ans n’ont pas le droit de sortir du pays (la mobilisation générale ayant été décrétée par les autorités, N.D.L.R.) ».

Quid des stigmates de la guerre sur les jeunes Ukrainiens, dans ce contexte ? « Les enfants ont dans un premier temps vécu un état de stress et de choc. Ils ont eu à vivre un changement très brusque. Ils sont un peu à l’image d’un arbre, déracinés et ils n’ont pas encore pu faire pousser de nouvelles racines. Mais pour le moment, leur état est plutôt stable », témoigne Irina, qui a particulièrement apprécié le traitement réservé en France aux réfugiés ukrainiens. « Ce que nous apprécions par-dessus tout, c’est l’accueil des Français qui nous entourent et des habitants du quartier. Ils en ont vraiment beaucoup fait pour nous. Nous avons par exemple des cours de français pour les adultes et les enfants », précise-elle.

Mais s’agissant de la suite des événements, Irina reste dans l’expectative. « A vrai dire, le futur est incertain. Nous aimerions que la guerre cesse. Nous réfléchissons à rentrer au pays, mais nous ne savons pas encore. Peut-être même que notre immeuble a été détruit… Nous ne savons pas ».

Partager :
Abonnez-vous
  • Abonnement intégral papier + numérique

  • Nos suppléments et numéros spéciaux

  • Accès illimité à nos services

S'abonner
Journal du 02 décembre 2022

Journal du02 décembre 2022

Journal du 25 novembre 2022

Journal du25 novembre 2022

Journal du 18 novembre 2022

Journal du18 novembre 2022

Journal du 11 novembre 2022

Journal du11 novembre 2022

S'abonner
Envoyer à un ami
Connexion
Mot de passe oublié ?