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Julien Tokarz : Un congrès sous le signe de la gestion de patrimoine

le - - Actualité - Interview

Julien Tokarz : Un congrès sous le signe de la gestion de patrimoine

Président de la Fédération nationale des experts-comptables et commissaires aux comptes de France, Julien Tokarz aborde ce congrès 2016 avec beaucoup de sérénité. Pour lui, la profession n'a pas à s'inquiéter de la pérennité de son activité. Le syndicat veille à offrir à chacun des idées pour développer son cabinet. Être force de proposition est essentiel.

Affiches Parisiennes : Ce congrès ECF est un vrai succès…

Julien Tokarz : Oui, nous avons beaucoup travaillé pour organiser un très beau congrès. Nous battons tous nos records d'affluence. Nous accueillons plus de cinq cents participants experts-comptables. Avec les partenaires, nous sommes près de huit cents. Le record précédent était de 380 participants à Biarritz, en 2007.

Ce succès est d'abord à porter à l'actif de Marseille au mois de juin, qui est très agréable, surtout au terme de la période fiscale. Nous avons prévu de belles soirées, notamment sur les terrasses du vieux port et avec la privatisation du Mucem. Le contenu intellectuel est également très riche. De l'aveu de beaucoup de professionnels du secteur, nous avons rarement réuni un tel plateau – intervenants et thématiques – pour ce type d'événement.

Une grande plénière est organisée autour de la fameuse histoire des plus-values, « travailler moins pour taxer plus », avec la participation de deux experts incontestés en fiscalité, tout aussi brillants en matière d'animation, Jean-Pierre Cossin, conseiller maître honoraire à la Cour des
comptes, et Bernard Plagnet, professeur émérite à la faculté de droit de Toulouse.

Une partie de cette plénière est plus politique, puisque nous aborderons la campagne pour les deux élections de fin d'année, pour la Compagnie des commissaires aux comptes et pour l'Ordre des experts-comptables.

A.-P. : Le thème du congrès est la gestion du patrimoine. Pourquoi cette dernière est-elle devenue une sorte de « prolongement naturel » de l'expertise-comptable, comme vous le précisez ?

J. T. : Depuis quelques années, nos missions traditionnelles – tenue comptable, révision des comptes… – baissent en termes de marge. Avec la mutation numérique, cette tendance devrait continuer à s'affirmer. Tous les travaux sans valeur ajoutée vont de plus en plus s'automatiser, ce qui n'est d'ailleurs pas propre à notre activité. Beaucoup de métiers de service sont aujourd'hui impactés.

Pour pouvoir retrouver de la marge et de la croissance, nous devons développer d'autres missions, complémentaires à notre activité traditionnelle. Nous avons un atout majeur : nous sommes quasiment la seule profession qui est en lien permanent avec le chef d'entreprise. Chaque mois, nous le voyons pour les paies, la TVA, etc. Nous sommes au cœur de l'entreprise. Nous devons donc nous servir de cet atout pour proposer d'autres services. Certains cabinets ont déjà entrepris cette démarche.

C'est à nous, syndicat, d'avoir une vision d'avenir pour notre profession et de proposer des solutions. Voilà pourquoi nous développons des thématiques sur des sujets et des missions que doivent impérativement s'approprier les confrères. Notre client, c'est bien entendu l'entreprise, mais notre interlocuteur, c'est l'entrepreneur. Quand ce dernier affronte des problèmes patrimoniaux, il est ainsi naturel qu'il s'adresse d'abord à son expert-comptable. Soit nous avons les compétences en interne, ce qui est idéal, soit nous prescrivons des intervenants extérieurs. En ayant le contact et la demande, il est pourtant dommage de ne pas prendre directement en charge ces missions. D'autant plus que nous avons un autre avantage, c'est que nous ne vendons pas de produits. Nous proposons donc un conseil indépendant, par rapport à d'autres professionnels qui pourraient être incités à diriger vers des produits à plus forte marge. C'est notre déontologie et notre force.

À la fin des années 1990, Serge Anouchian a été le premier expert-comptable à passer un DU en gestion de patrimoine. Il est aujourd'hui suivi par un nombre croissant de confrères.

En 2007, ECF a d'ailleurs créé son “Club Expert Patrimoine” pour apporter de la compétence aux experts-comptables sur ce sujet. Actuellement, dès que nous organisons un séminaire sur ce thème, nous réunissons plusieurs centaines de professionnels. Tout cela prouve que les mentalités commencent à évoluer.

« En tant qu'experts-comptables, nous sommes les mieux placés pour conseiller et pour gérer le patrimoine des entrepreneurs. »

A.-P. : Quels sont vos défis pour ce congrès ECF ?

J. T. : Le défi aujourd'hui, c'est d'avoir assez de place pour accueillir tous les professionnels qui nous rejoignent à Marseille. Par ailleurs, nous devons continuer à évangéliser la profession et à apporter de la formation sur des sujets techniques et pointus, pour qu'ils puissent, a minima, détecter les besoins des clients.

Je vous donne un exemple. Un chef d'entreprise achète son siège social ou ses locaux commerciaux. Faire un démembrement d'immobilier d'entreprise, devient alors d'un intérêt majeur, économiquement, fiscalement… Si l'expert-comptable ne connaît pas les grandes lignes de ce mécanisme, il préconisera des solutions plus classiques mais bien moins avantageuses pour son client.

À Marseille, les ateliers que nous proposons sur ces thèmes ne sont pas des formations longues, mais contribuent à une bonne sensibilisation sur une thématique précise, assortie des premières notions, des opportunités et des points de vigilance.

D'ailleurs, si l'expert-comptable souhaite approfondir ses connaissances dans ce domaine, nous allons faire une annonce lors du congrès qui va dans ce sens.

Le rôle du syndicat est de permettre à chacun de trouver des idées pour développer son chiffre d'affaires par d'autres services au profit des clients de nos cabinets. Il faut que nous soyons force de proposition. Nous devons donner envie et les moyens aux experts-comptables de s'ouvrir à d'autres missions en suscitant des vocations. Et le tout dans une ambiance conviviale. C'est aussi la marque d'ECF !

A.-P. : Le but n'est donc pas de transformer les experts-comptables en Conseils en gestion de patrimoine ?

J. T. : Nous sommes uniquement sur le thème de l'ingénierie patrimoniale, pas sur de la mise en place de produits. Nos conseils passent par de l'optimisation de situations – au regard de l'ISF par exemple –, de la transmission de patrimoine, du démembrement immobilier…

A.-P. : Avez-vous l'impression que votre profession est menacée par une certaine uberisation ?

J. T. : L'uberisation signifierait qu'une révolution technologique menace une profession existante. Je n'ai aucune inquiétude sur la pérennité de notre activité. Les experts-comptables ont en poche cinq années d'études et trois années de stages. Nous avons d'autres compétences que celles de tenir des comptes et faire du déclaratif fiscal. Je n'ai donc pas de doute sur la faculté de notre profession à apporter davantage de services à haute valeur ajoutée à l'entreprise.

Actuellement, l'uberisation fait peur au sein des professions réglementées. L'expert-comptable a pourtant subi bien d'autres transformations dans les années 1970 et 1980. Il s'en est finalement plutôt bien sorti. La révolution numérique devrait donc être assimilée par notre profession.

Qui plus est, il y a une véritable relation humaine et une relation de confiance qui s'instaurent entre l'expert-comptable et son client. Ce genre de chose est impossible à uberiser.

A.-P. : En termes de lobbying, vous pensez que vous avez encore des choses à entreprendre ?

J. T. : Il y a tout à faire. Malgré les efforts entrepris, nous sommes peu écoutés par les Pouvoirs publics. Le problème, c'est que nous faisons face à des hauts fonctionnaires qui n'ont aucune idée de l'impact économique sur la TPE de chaque mesure de complexification. Nous nous en rendons vraiment compte, notamment quand nous allons à Bercy.

Le problème c'est que nous avons, ces dernières années, une inflation des normes administratives (fiscales, sociales…) qui nous empêche de faire autre chose que du déclaratif. Nous avons la mise en place de la DSN (déclaration sociale nominative), nous avons le FEC (fichier des écritures comptables), la Decloyer (la déclaration des loyers des locaux professionnels). À chaque exercice, nous affrontons ainsi une nouvelle couche de complexité. En revanche, le volant d'honoraires pour une PME n'est pas vraiment extensible… Nous demandons à l'administration de simplifier réellement le déclaratif afin que nous puissions davantage nous consacrer à l'accompagnement de nos clients, au développement et à la croissance de l'entreprise. C'est d'ailleurs tout le problème de notre économie nationale.

En France, malgré les beaux discours de simplification des politiques, l'inflation normative est galopante. Sur le terrain, c'est une véritable catastrophe parce qu'aujourd'hui, nous vivons dans une société qui ne veut aucun risque. L'importance des normes et des contrôles est en train de freiner l'esprit d'entreprise et la croissance. Il faut donner aux entrepreneurs un espace de liberté et de prise de risque. Il convient donc de lâcher un peu la bride à l'économie pour favoriser la reprise.

A.-P. : Comment la profession devrait-elle évoluer ?

J. T. : L'automatisation de la saisie peut être une vraie chance pour nous, à condition que les cabinets montent en compétence et puissent proposer une palette de missions beaucoup plus large ; que ce soit des missions à très forte valeur ajoutée comme la gestion de patrimoine, mais aussi celles à valeur ajoutée plus limitée, comme le secrétariat.

Avec l'interprofessionnalité, la boucle va être bouclée. Si nous ajoutons à nos compétences celles du notaire et de l'avocat, le client va avoir un interlocuteur unique, le cabinet. Des sondages montrent que cette « maison de l'entreprise » est plébiscitée par quelque 80 % des patrons de PME.

De notre côté, nous nous sentons plus utiles autour de missions de mise en place, d'indicateurs, de reporting, de business plan… pour inciter nos clients à prendre les bonnes décisions, plutôt que de sécuriser le social et le fiscal et ne plus faire que ça !

A.-P. : Vous êtes le candidat désigné d'ECF à l'élection du Conseil supérieur, quelles sont les grandes lignes de votre programme ?

J. T. : Pour moi, l'un des enjeux majeurs est la mutation numérique des cabinets. L'expert-comptable va devoir maîtriser les flux d'informations de l'entreprise. Nous le faisons aujourd'hui avec le papier.
Demain, nous devrons les maîtriser de manière électronique.
Il va falloir que « je déclare » (www.jedeclare.com) le premier portail télédéclaratif de France, fasse, lui aussi, sa mutation. C'est déjà un portail d'échanges des données bancaires, puisque nous avons passé des accords avec toutes les grandes banques. Il doit désormais devenir un portail d'échanges et d'archivage des factures électroniques, à travers des accords signés avec tous les grands facturiers de la place, développant tous les logiciels de facturation. Cet enjeu est vraiment stratégique pour notre profession. Si mes consœurs et mes confrères me confient la présidence du Conseil supérieur, ce sera pour moi l'un des plus gros chantiers à mettre en œuvre.

Parallèlement, les cabinets devront, à leur tour, assurer leur mutation numérique. Nous allons donc mettre en place des parcours gratuits d'accompagnement dans toute la France, pour les dirigeants des cabinets, mais aussi pour leurs équipes. Cette mutation numérique est d'ailleurs davantage un défi organisationnel qu'un enjeu en termes d'outils. C'est toute l'organisation des cabinets qu'il va falloir revoir.

Autre volet dont nous parlions précédemment, c'est le développement de toutes les autres missions. Les associés du cabinet auront sans doute à se remettre en questions pour avancer. Les collaborateurs vont devoir monter en compétences dans certains domaines, peut-être en se spécialisant davantage. À tous les niveaux, la formation devient stratégique. Il faut que nous engagions une grande réflexion stratégique sur les formations initiale et continue pour les adapter au mieux à l'avenir de nos métiers, en collaboration avec certaines universités et écoles. Pourquoi ne pas créer et gérer nous-mêmes une école de la profession pour prendre en charge des formations véritablement adaptées au terrain ?

Actuellement, notre diplôme, le DEC, géré par l'Éducation nationale, a des difficultés à évoluer. Pourquoi ne pas associer à cette formation initiale, des DU sur certaines spécialisations ? Les jeunes sortiraient de l'école avec des compétences terrain beaucoup plus larges.

Par ailleurs, nous avons lancé une grande consultation nationale pour l'avenir de l'expertise et de l'audit. Le syndicat a envoyé à toute la profession, une quarantaine de propositions auxquelles nous avons réfléchi pour construire notre projet ECF 2016. Chacune d'elles doit être notée de un à trois. Les propositions les plus soutenues seront retenues dans le projet ECF pour les prochaines élections, et elles deviendront, mes actions prioritaires.

Il faut mener la bataille pour alléger les contraintes qui pèsent sur nos cabinets et mettre en place de nouveaux modèles pour élargir nos missions et permettre la croissance de nos cabinets.

Les prochains rendez-vous d'ECF
• Séminaire de Bayonne, 27-29 juillet, pendant les fêtes de la ville.
• Séminaire social, 24-27 août, à Barcelone.
• Séminaire CAC, 18-26 octobre, au Mexique.
• Séminaire gestion de patrimoine, 26 novembre au 4 décembre, à Goa.
• Bar camp, journée d'accompagnement numérique pour les cabinets, le 18 octobre à Aix-en-Provence.



Emilie BOUSQUET
Journaliste

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