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Journées de l'OPPE : comment former les entrepreneurs de demain ?

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Journées de l'OPPE : comment former les entrepreneurs de demain ?
© A.P. - Anaïs Pretot, Sebastien Aubry, Caroline Verzat et Jean-Charles Cailliez ont échangé leurs expériences autour du thème "Imaginer l'école de l'entrepreneuriat".

Les journées de l'Observatoire des pratiques pédagogiques en entrepreneuriat (OPPE) se tenaient cette année dans les locaux de l'Université de Nanterre. L'événement, organisé sur deux jours, a été rythmé par un hackathon autour de la thématique « Rêver l'école de demain ».

Alors que de plus en plus de jeunes souhaitent aujourd'hui entreprendre, la question de la formation des entrepreneurs se pose. Une étude, menée en début d'année par OpinionWay pour l'Union des auto-entrepreneurs révélait que 46 % des 18-24 ans avaient une envie forte d'entreprendre. Cette 17e édition des journées de l'OPPE a réuni enseignants et entrepreneurs, afin qu'ils imaginent ensemble l'école de demain.

L'OPPE a été créé, en 2001, par l'Agence France Entreprendre (AFE). L'objectif est de recenser, diffuser, et analyser les actions menées à tous les niveaux du système éducatif français.

Yannick Hoche, directeur général adjoint de l'AFE, revient sur les progrès accomplis et identifie les enjeux pour les années à venir.

Affiches Parisiennes : Le profil des entrepreneurs a-t-il considérablement changé ces dernières années ?

Yannick Hoche : Ils sont de plus en plus jeunes. Nous avons vraiment changé de culture à la fois dans la formation et dans la projection professionnelle. Il y a trente ans, parler de « monter un projet d'entreprise », ça n'existait pas.
Aujourd'hui, nous retrouvons fréquemment deux dimensions dans les projets de ces jeunes, qui font écho à leur générosité naturelle : le désir de se réaliser soi-même et celui de concevoir des projets qui ont du sens. La notion de sens est très importante et se retrouve dans la nature des projets.
L'immense travail accompli par les enseignants ces dernières années a contribué à faire émerger l'idée de l'entrepreneuriat, l'idée de prendre sa vie en main, l'esprit d'entreprendre. À partir du moment où les jeunes saisissent les mécanismes pour passer à l'acte, ils se rendent compte finalement que c'est plutôt simple.
Donc oui, il y a changement. L'entrepreneuriat est devenu beaucoup plus universel et le poids des jeunes est en train de s'installer petit à petit dans le paysage français.

A.-P. : Comment l'envie d'entreprendre est transmise aux jeunes, dans les filières qui traditionnellement ne sont pas associées à l'entrepreneuriat ?

Y.H. : Une statistique est intéressante. À la Sorbonne Paris IV, il y a quelques années, une étude avait été faite sur les anciens élèves, en histoire : 4 % d'entre eux étaient entrepreneurs, taux au-dessus de la moyenne nationale. Confrontés à la vie, à la nécessité de se prendre en mains, certains ont trouvé ce chemin. Aujourd'hui, il existe beaucoup de voies à partir du Baccalauréat, peu importe le format. Dans les forums pour étudiants, n'importe qui sur les stands est désormais capable de répondre à la question « qu'avez-vous pour les entrepreneurs ? ».

A.P. : Et pour les plus jeunes, existe-t-il des formations ?

Y.H. : L'enseignement de l'entrepreneuriat avant le Baccalauréat est encore à un stade embryonnaire. Je pense que tout le monde n'a pas encore compris que les ressorts pédagogiques qui engendrent l'esprit d'entreprendre sont transversaux.
Nous travaillons sur le savoir-être alors que les formations, dans le secondaire, sont peut-être trop axées sur le savoir.

A.P. : Les intervenants de ces journées OPPE 2018 ont évoqué des « difficultés françaises ». Comment expliquer ces freins propres à notre pays ?

Y.H. : Nous sommes particuliers. Je crois effectivement qu'il faut comprendre que cet entrepreneuriat se développe sur un terreau social. Ce que nous vivons avec la crise des “gilets jaunes” est aussi l'expression d'un sentiment aigu d'égalité, qui s'oppose à la notion de réussite individuelle, typique d'une culture américaine.

"L'entrepreneuriat est devenu beaucoup plus universel"


Nous n'avons pas la culture anglo-saxonne, il n'est d'ailleurs pas nécessaire de l'avoir. Le terme “entrepreneur” est français. En revanche, cela ne veut pas dire qu'il ne faut pas apprendre et tirer parti de ce qu'il se passe à l'extérieur.

A.P. : Constatez-vous une envie des jeunes d'entreprendre à l'étranger ?

Y.H. : Je pense que l'envie d'étranger est transversale à toutes les initiatives. Le fait de s'exposer à une culture étrangère est une richesse extraordinaire. Je pense donc que ce n'est pas spécifique à l'entrepreneuriat, c'est plutôt général, générationnel et c'est très bien comme ça.

A.P. : Constatez-vous une évolution de la place des femmes dans l'entrepreneuriat ?

Y.H. : Les réseaux d'accompagnement ne font pas de différence entre un créateur et une créatrice. En revanche, l'entrepreneuriat est immergé dans une sociologie générale, et aujourd'hui il serait erroné de penser que les stéréotypes sont morts. La projection de ce que l'on veut faire, c'est la projection de ce que l'on croit être.
Les femmes se limitent parfois, se censurent même. Je pense qu'il faut trouver un équilibre général, pour libérer la capacité des femmes à se projeter. Quand nous considérons la façon dont les projets sont montés, nous constatons des méthodes différentes, des richesses différentes.

A.P. : Le numérique bouleverse-t-il l'entrepreneuriat ?

Y.H. : Le numérique est une révolution lente. Les choses se mettent doucement en place, notamment le changement de modèle et d'organisation. Nous sommes peut-être tous malmenés et nous n'avons probablement pas encore saisi tous les raisonnements.
Mais dans le changement, il y a des opportunités. Lorsque le monde est stable et figé, il est plus difficile d'apporter des solutions. Le changement n'est ni bon ni mauvais, il existe. Cela n'enlève rien à la responsabilité que nous avons tous, individuellement, d'agir sur ce changement.

Sébastien Aubry, directeur général de Convergence Entrepreneurs MDE, association à but non lucratif, basée à Aulnay-sous-Bois, intervenait aux côtés Caroline Verzat, professeure chez ESCP Europe, Anaïs Pretot, directrice générale de Live Mentor et Jean-Charles Cailliez, directeur d'HEMisF4iRe Design School, pour une table ronde dédiée au thème « Imaginer l'école de l'entrepreneuriat ».

Les intervenants ont partagé leurs expériences d'anciens étudiants, de mentors, d'entrepreneurs ou de professeurs avec les participants. Une première difficulté est rapidement évoquée : le sentiment d'isolement du jeune entrepreneur. L'un des principaux enjeux pour les formateurs est de donner accès à un réseau, à une communauté.

« Les profils étant de plus en plus spécifiques, la question est de savoir comment créer des parcours spécifiques et évolutifs en fonction de la maturité du projet, et du type d'élève, sans avoir à recruter une armée de mentors », souligne Anaïs Pretot.

L'approche de l'association Convergence Entrepreneurs est territoriale. L'idée est de construire un hub, dans des zones où les offres nécessaires sont absentes, et ainsi de « fédérer les synergies ».

Affiches Parisiennes : Pourquoi avoir choisi la Seine-Saint-Denis pour votre travail ?

Sébastien Aubry : Je suis urbaniste de formation et j'ai fait un MBA en Amérique du Nord. J'ai donc une double culture du développement économique et du développement des territoires. La Seine-Saint-Denis est un terrain-laboratoire passionnant. C'est sur ce type de territoire que l'on peut concrétiser des choses innovantes.

A.P. : Durant la table ronde “Imaginer l'école de l'entrepreneuriat”, vous avez employé l'expression « bagage culturel ». Pourriez-vous nous en dire plus à ce propos ?

S.A. : Quand nous parlons de bagage culturel, nous désignons l'ensemble des savoirs, des savoir-faire, mais surtout l'accès à un milieu, à des contacts, des réseaux, et des communautés d'entraide. Lorsque l'on caractérise un bagage culturel faible, nous évoquons des communautés fragiles, pas facilement intégrées dans la société et qui ne vont donc pas offrir les mêmes accès à la connaissance et au développement. Mais au-delà de l'accès au réseau, il s'agit également d'avoir accès à la compréhension. Se posent alors différentes questions : comprend-on les leviers qui permettent le succès et a-t-on accès à ces leviers ?

A.P. : Quel est le profil des porteurs de projet ou entrepreneurs que vous rencontrez ?

S.A. : Nous travaillons beaucoup avec des jeunes, puisque le département de la Seine-Saint-Denis est un département vraiment très jeune, avec des problématiques spécifiques, notamment un grand nombre de « décrocheurs ».
Nous avons une appréciation très étroite des « jeunes » en France, allant de 16 à 25 ans. On est jeune jusqu'à 35 ans, d'après la définition québécoise, par exemple.
C'est d'ailleurs notre point de vue, et nous considérons qu'il faut laisser le temps de se construire, surtout la personne n'a pas bénéficié, dans son milieu familial, de ce bagage culturel qui permet de comprendre comment le système fonctionne.

A.P. : En quoi consistent votre projet et l'aide que vous apportez aux porteurs d'idées ?

S.A. : Notre projet vise à industrialiser un certain nombre d'idées. Aujourd'hui, il y a beaucoup d'initiatives qui ont été prises dans le domaine de la formation et de l'entrepreneuriat, mais ce n'est pas tant l'invention de nouveaux modèles qui est en jeu, que leur industrialisation et leur intégration, par exemple, dans un lieu.
Il faut incarner dans un lieu, un territoire, un ensemble de solutions ou d'offres. Le but est donc de répondre à des besoins, mais aussi de donner une visibilité.

A.P. : La formation fait-elle partie de vos missions ?

S.A. : Oui. Nous formons à l'entrepreneuriat, sur un temps long. Nous proposons un programme d'incubation de neuf mois (trois puis six mois), qui forme à l'entrepreneuriat. C'est un accompagnement intensif, sur un temps long.

"Il serait erroné de penser que les stéréotypes sont morts"


Mais nous mesurons que neuf mois n'est tout de même pas suffisant, c'est pourquoi nous portons un projet plus ambitieux. Ce projet comportera une phase de pré-incubation de trois mois, une phase d'incubation/accélération sur neuf mois et ensuite un accès à d'autres programmes, comme le leadership entrepreneurial, des programmes de mentorat pour entrepreneurs, etc.

A.P. : Tout candidat peut être incubé ?

S.A. : Absolument, l'idée c'est de ne pas sélectionner. C'est pour cette raison que les phases de pré-incubation sont importantes. Cela permet au candidat, au bout des trois mois, de savoir si l'entrepreneuriat lui plait. Une majorité continue, mais à l'issue de la phase de pré-incubation, les deux tiers seulement vont partir dans une phase d'incubation/accélération. Nous souhaiterions aussi en faire des parcours certifiant pour que les acquis de la formation puissent être valorisés par la suite.




Anne MOREAUX
Journaliste

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