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JOP 2024 : la Cour des comptes pointe des risques financiers et organisationnels

Dans un nouveau rapport, la Cour des comptes mentionne la sécurité et les transports comme « risques à circonscrire » pour les Jeux olympiques de Paris. Elle se dit aussi incapable de chiffrer le coût global de cet événement mondial.
JOP 2024 : la Cour des comptes pointe des risques financiers et organisationnels
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« L’important n’est pas de participer, mais de réussir les Jeux olympiques et Paralympiques de 2024 à Paris ». Bien que le célèbre adage de Pierre de Coubertin soit remanié par Pierre Moscovici, Premier président de la Cour des comptes, l’objectif affiché est bien là. Pierre Moscovici a ainsi présenté devant le Sénat, le 10 janvier, le premier rapport de la Cour sur l'organisation des Jeux olympiques et paralympiques de 2024. Daté de janvier 2023, il ne prend néanmoins pas en compte la dernière révision budgétaire du Comité d’Organisation des Jeux Olympiques (Cojo) de décembre dernier.

Les Jeux olympiques et paralympiques de 2024 sont, un siècle après ceux de 1924, un événement majeur, pour lequel la ville de Paris, le comité national olympique et sportif français (CNOSF) et le comité international olympique (CIO), doivent en assurer la réussite. Cet événement va attirer pas moins de 13 millions de spectateurs et 4 milliards de téléspectateurs, ce qui en fait la plus grande manifestation mondiale sur le plan sportif et médiatique.

« L’acceptabilité, ça se gagne »

« De manière générale, les Jeux sont très souvent l’objet de dérives budgétaires, qui aggravent la confiance des citoyens dans l’opportunité d’accueillir de tel évènement », constate Pierre Moscovici. Au-delà de l’exigence de transparence, de sobriété, d’éthique et de développement durable à laquelle doivent désormais se conformer le CIO et les organisateurs, il est devenu indispensable d’inscrire les Jeux dans des politiques qui transformeront durablement les territoires dans lesquels ils se tiennent ». C’est l’une des conditions sine qua non de l’acceptabilité par les habitants des territoires concernés. « Nos concitoyens sont désormais plus regardants, plus mécontents et plus exigeants vis-à-vis d’un tel évènement. L’acceptabilité, ça se gagne et ça se mérite, ça n’est plus évident ».

Éviter les pénalités de livraison

L’acceptabilité par la population tient aussi au respect des engagements sur les délais de livraison des sites olympiques, alors que les deux tiers des dépenses du Cojo seront engagées en 2023 et 2024.

Les objectifs initiaux de limitations du nombre de sites ont été respectés. Seuls le centre aquatique olympique, l’Arena de la Porte de la Chapelle, le Prisme dédié aux sports paralympiques en Seine-Saint-Denis, le village des athlètes et le village des médias sont des équipements nouveaux. « Tout ces sites devront être terminés dans les délais prévus, mais il semble prioritaire d’éviter les très coûteuses modifications de chantier. La Cour invite donc l’ensemble des acteurs à passer dans la phase opérationnelle, pour ainsi éviter des retards qui seraient pénalisant ».

Sécurité et transports, points clés

« Les enjeux relatifs à la sécurité et aux transports restent des défis majeurs à relever et doivent faire l'objet d'une vigilance particulière des Pouvoirs publics et du comité d'organisation », selon la Cour des comptes. Sur la sécurité, elle recommande de « planifier l'emploi desforces de sécurité intérieure, en veillant à l'équilibre entre la couverture des besoins pour les Jeux et de ceux de la sécurité sur l'ensemble du territoire national ». Elle préconise de « stabiliser les besoins de sécuritéprivée et d'établir les mesures alternatives pour pallier ses probables carences » car le besoin d'agents – plus de 20 000 a minima – risque fort de ne pas être satisfait. Elle recommande, par ailleurs, de « finaliser avant la fin du premier semestre 2023 le plan global de sécurité des Jeux ».

Concernant les transports en Île-de-France, « certains projets présentent à ce stade des incertitudes sur leur délai de livraison et renforcent la tension sur le réseau de transport existant. Plusieurs opérations d'infrastructures (...) présentent des risques majeurs du fait de calendriers d'ores et déjà tendus et sans véritable marge de manœuvre », relève-t-elle, évoquant Éole et le réaménagement de la Porte Maillot.

« Si elles n'étaient pas achevées pour les Jeux, il en résulterait unetension difficilement soutenable sur les lignes fortement sollicitées, avec les risques associés d'incidents et d'engorgements pour les usagers du quotidien. De tels phénomènes contribueraient à dégrader fortement l'acceptabilité de l'événement pour la population », relève-t-elle encore.

Des risques financiers

« La majorité des surcoûts constatés s’explique par des facteurs économiques exogènes, comme l’inflation ou les difficultés d’approvisionnements ». Malgré ces obstacles, « les acteurs doivent rester mobilisés pour que les dépenses soient maîtrisées jusqu’au terme de la préparation des Jeux ».

Cet avertissement concerne aussi et surtout le Cojo, qui a augmenté son budget de 10 % et ne dispose que d’une réserve financière limitée pour faire face aux imprévus. Pour la Cour des comptes, il y a bien « des incertitudes substantielles sur l'équilibrefinal du budget du Cojo ». Elle lui reproche notamment d'avoir puisé 115 millions d'euros sur sa réserve de 315 millions, car cela revient « à différer des mesures d'économies susceptibles d'être prises ultérieurement ».

Par ailleurs, la Cour relève qu'en l'état actuel, entre les lignes budgétaires du Cojo, de la Solideo, les dépenses des collectivités et celles de l'État qui ne sont pas encore fixées, elle n'est pas en mesure de calculer le coût réel des JO et « son impact total sur les finances publiques ».

« Autour de 3 milliards de coût public »

Pierre Moscovici a évalué à « autour de trois milliards d'euros » le montant que pourrait atteindre le coût public des JO (Etat et collectivités), « après prise en compte des dépenses fiscales, des dépenses de sécurité, sanitaires, de transports ». Actuellement, ce coût est de « 2,4 milliards d'euros : 1,3 milliard d’euros pour l'Etat et 1,1 milliard d’euros pour les collectivités locales ». A ce stade, le comité d'organisation a rehaussé son budget de 10 %, passant ainsi à 4,4 milliards d'euros.

15 recommandations

À la suite de ce premier rapport de la Cour sur l'organisation des Jeux olympiques et paralympiques de 2024, la Cour des comptes a formulé 15 recommandations dans un but d’amélioration de l’organisation de cet événement. Parmi celle-ci, la Cour propose de « décliner et préciser les responsabilités des partenaires sur le plan opérationnel et financier », mais aussi de « préciser les modalités et le calendrier de livraison des sites olympiques par la Solideo au COJOP ». La Cour, au travers de Pierre Moscovici, appelle à signer dès le début de l’année 2023 toutes les conventions d’utilisation des sites et les marchés de livraison externalisés qui auraient dû l’être avant la fin de l’année 2022. Enfin, elle demande de finaliser, avant la fin du premier semestre 2023, les plans de transport et de sécurité afin d’engager leur déclinaison opérationnelle et territoriale.

« Nous entrons dans le money-time de la préparation de ces Jeux olympiques », conclut le Premier président de la Cour des comptes, avant d’indiquer qu’un nouveau rapport est prévu au premier semestre 2023.

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