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Au Sénat, Yves Jégo plaide pour un projet de société autour du “produire en France“

L'ancien maire de Montereau-Fault-Yonne et fondateur de l'association Pro France a expliqué en quoi le “produire en France“ pourrait permettre à la jeunesse, et plus largement au pays, de trouver sa voie, dans une période de bouleversements profonds.
Au Sénat, Yves Jégo plaide pour un projet de société autour du “produire en France“
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« Que fait-on pour la génération qui monte et particulièrement aujourd'hui, dans un monde bouleversé, de changements à la fois profonds et brutaux ? C'est un des sujets majeurs de toute société et de tous ceux qui s'engagent en politique ». Entendu par la Commission des affaires économiques du Sénat dans le cadre de la « Mission d'information sur la politique en faveur de l'égalité des chances et de l'émancipation de la jeunesse », le président d'honneur et fondateur de la certification Origine France Garantie s'est dit « passionné » par le sujet porté par le président Jean Hingray.

Il faut dire qu'Yves Jégo est engagé depuis plusieurs années autour de cette « France des usines et des ateliers ». Si le pays abrite « des entreprises avec des actionnaires et des marques », ces dernières n'ont plus d'usine et d'ateliers en France. « C'est toujours de l'économie, mais c'est une partie de l'économie qui pose un certain nombre de difficultés à la bonne vie de notre pays », a estimé l'ancien maire de Montereau-Fault-Yonne.

« Je suis attaché à la production française, non pas dans une vision fermée ou ultra souverainiste consistant à dire qu'il faut s'enfermer derrière nos frontières et ne produire plus que pour nous, mais dans une vision d'un monde ouvert où les produits circulent », a-t-il assuré, déplorant que la fermeture de ces mêmes usines et ateliers ait contribué à la création d'une « géographie française des mécontentements, du chômage, des difficultés ».

A la différence des centres-villes, des métropoles où les services sont en masse, cette France rurale ou semi-rurale est aujourd'hui « en désespérance faute d'avenir pour sa jeunesse ».

D'où le combat mené par l'ancien élu avec la certification Origine France Garantie (OFG), qui vient d'en céder la présidence après 12 ans passés à sa tête. L'ambition était simple : donner un outil aux entrepreneurs pour attester de la provenance de leur produit. Justement, pour Yves Jégo, la question de l'origine des produits, de « savoir ce que l'on achète », est prégnante dans la société actuelle. D'autant que la marque et l'origine sont souvent décorrélés. « Vous achetez une Renault Clio, elle fabriquée en Turquie. Vous ne le savez pas. Vous achetez une Toyota Yaris. Elle est fabriquée à Valenciennes, vous ne le savez pas forcément non plus », a illustré le fondateur de l'association Pro France. La certification OFG fait donc appel à un process exigeant, avec des organismes extérieurs chargés de vérifier si ses éléments constitutifs sont bel et bien remplis. Concrètement, 50 % a minima du prix de revient unitaire doit être français et le produit doit prendre ses caractéristiques essentielles en France. Depuis 10 ans, plus 600 entreprises ont fait cette démarche et plus de 2000 gammes de produits ont été certifiées.

« Ce combat pour la France des usines et des ateliers m'anime depuis des années. Je pense que le “produire en France“ est un projet de société collectif. Je l'ai constaté en tant qu'élu, nous manquons d'un projet partagé, de quelque chose qui puisse faire le lien entre tous les Français. Beaucoup de responsables politiques l'ont cherché et le cherchent encore », a rappelé Yves Jégo. Ce projet collectif doit mener à « mobiliser d'abord nos outils de formation, et surtout notre jeunesse ». Il s'agit de lui « offrir des perspectives dans la production, dans la capacité de prendre place dans la société, en travaillant sur des produits qui sont ceux de la vie quotidienne et dont nous avons besoin », avec, à la clé, des bénéfices importants en termes d'emploi, de qualité de vie et d'épanouissement.

« Dans les usines, je ne vois pas des gens malheureux, mais de jeunes apprentis fiers de ce qu'ils font et heureux d'apprendre un métier », a assuré Yves Jégo. Avec l'avènement des « makers », soit le fait de fabriquer soi-même ses vêtements, ses meubles, etc., la production gagne en popularité et devient un sujet de société, d'économie.

Les ouvriers ne sont pas les seuls concernés par les opportunités d'emploi : on peut également citer les techniciens, les ingénieurs, les ouvriers ; en amont de la production, les métiers du design ; en aval, ceux de la logistique et de la commercialisation. « Au fond, avec la production, c'est toute la chaine de l'économie de notre pays qui est concernée, et c'est très mobilisateur », a poursuivi Yves Jégo.

Reste à régler, désormais, le problème du déficit d'image dont souffrent les métiers industriels. « Nombreux sont les chefs d'entreprises qui nous disent que certaines jeunes femmes préfèrent être caissières, pour ne pas avoir à dire qu'elles travaillent à l'usine », a témoigné le député. D'où la nécessité, selon lui, de travailler sur la communication et la promotion autour des métier industriels, pour créer « des stars du produire, de la fabrication », à l'instar de ce qui a été fait depuis des années avec la cuisine et des émissions comme Top Chef. L'effort peut aussi être porté sur la promotion autour du digital, de l'usine 4.0 et l'amélioration des conditions de travail des ouvriers.

« Bonne nouvelle, il y a une génération “made in France“ qui est en train de monter. Des centaines jeunes veulent créer leur entreprise, produire en France et faire de ce principe leur socle éthique fondateur. Il faut s'appuyer sur cette génération pour en faire les héros de demain, les valoriser pour que les métiers de la production redeviennent des métiers attirants », a poursuivi Yves Jégo.

Ce projet est aussi l'occasion de mobiliser fortement les territoires. Selon le fondateur d'OFG, avoir une France des usines et des ateliers, c'est avoir des territoires qui se mobilisent pour accueillir, former, accompagner les clusters, créer des écosystèmes de territoires, construire des bâtiments, mobiliser des formations professionnelles. Il s'agit finalement d'un projet global, capable d'entrainer avec lui toute la société. « La culture française à laquelle nous sommes attachés donne de la dimension à la production française. La marque France portée par les produits français est différente des marques des autres pays, parce qu'elle est portée par l'imaginaire culturel français. Un artiste français porte la marque France, il lui apporte ce “plus“. Derrière ce levier artistique, il y a aussi un levier qui favorise l'économie de la production, les industries, les ateliers, etc. », a expliqué Yves Jégo, indiquant que la France possédait toutes les compétences nécessaires, mais aussi tous les acteurs et tous les leviers capitalistiques.

D'autant que l'enjeu en vaut la chandelle, comme l'a souligné Arnaud Montebourg, président de la société Les équipes du made in France et administrateur à OGF, à la suite d'Yves Jégo : relocaliser nos industries permettrait, en 10 ans, de gagner 3,5 à 4 points de PIB et de rattraper notre retard au niveau européen (avec 12,4 % du PIB, la France est l'une des dernières nations du classement européen, se plaçant derrière l'Espagne et l'Italie). L'ancien ministre de l'Industrie plaide également pour la création d'écoles similaires à « 42 », une formation au code lancée par Xavier Niel, afin de répondre directement aux besoins des entreprises.

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