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Jean-Philippe Tholas : « Celui qui détiendra l'information détiendra le pouvoir »

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Jean-Philippe Tholas : « Celui qui détiendra l'information détiendra le pouvoir »
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Membre du bureau du Conseil de l'Ordre des experts-comptables de Paris - Île-de-France, Jean-Philippe Tholas évoque les missions de la commission de Devoirs et intérêts professionnels dont il est le président. Son rôle : travailler sur le respect de la déontologie et de la confraternité.

Affiches Parisiennes : Vous dirigez un cabinet d'expertise comptable comptant trois associés et vingt-cinq collaborateurs. Pouvez-vous nous présenter vos principales activités ?

Jean-Philippe Tholas : Nous faisons essentiellement de l'expertise comptable et du conseil, assortis d'une petite activité de commissariat aux comptes. Dans l'expertise-conseil, nous sommes un cabinet proche des clients, plus particulièrement dans les activités de prestation de services, sociétés informatiques, éditeurs, conseils… Nous avons également un département qui ne traite que les professions libérales, autour de la marque « Avexxens professions libérales », animée par notre associé Philippe Szafir, avec l'importance des relations humaines dans ce secteur. L'autre associé Cédrick Bastien, quant à lui, a travaillé dix ans avec moi avant de devenir notre troisième associé.

Nous avons tous les trois travaillé aux côtés de Michèle Rahier qui avait monté et développé notre cabinet. Nous avons donc la même culture, ce qui est très avantageux. Nous avons, par ailleurs, développé une filiale de dix personnes qui ne prend en charge que le social (paies, charges sociales, conseil…) du contentieux et des contrats, en relation avec un cabinet d'avocats, chacun dans son domaine d'intervention. Dans la vraie vie professionnelle, avocats et experts-comptables travaillent très bien ensemble. L'interprofessionnalité est effective sur le terrain. Le groupe de travail le plus efficace est constitué par l'expert-comptable, l'avocat, le notaire, et le client. Des CGPI sont également sollicités en fonction des besoins des clients.

A.-P. : Vous êtes le conseil par excellence des PME, comment voyez-vous votre rôle au-delà de la mission classique de l'expertise-comptable ? Peut-on parler d'une mission “full service” ?

J.-P. T. : En effet, c'est la tendance car notre profession est en pleine évolution. Nous avons toujours fait du conseil tout au long de nos missions, mais sans le vendre. Avec les réformes, nous avons aujourd'hui une extension de notre périmètre d'intervention. Tout ce qui n'est pas strictement réservé aux notaires et aux avocats nous est autorisé. Tout cela ouvre la voie au ‘‘full service'' qui se met donc progressivement en place, de la plus petite tâche au conseil le plus pointu. Qu'est ce que les clients attendent de nous ? Une extension vers l'administratif ? La préparation des paiements ? Les relances du poste clients ? C'est le suivi naturel de la comptabilité… Un exemple concret sur l'extension de nos missions de conseil concernant les professions libérales est que nous sommes de plus en plus sollicités également sur la gestion de leur patrimoine privé.

A.-P. : De quels projets d'évolution de la profession peut-on parler aujourd'hui ? Peut-on parler d'une forme d'uberisation concernant les experts-comptables ?

J.-P. T. : Il y a des années que nous entendons dire que nous ne pouvons plus gagner d'argent avec la tenue de comptabilité. Cependant, certains cabinets prospèrent encore sur cette mission. Nous faisons du conseil, mais le client vient d'abord chez nous pour nous demander de tenir sa comptabilité. L'expert-comptable peut très bien se dire pourquoi vais-je faire autre chose puisque je gagne toujours bien ma vie. Évidemment, il ne faut pas attendre le jour où cela va s'arrêter. Il faut donc que notre profession se modernise.

Un client consacre généralement un certain volume d'honoraires à son expert-comptable. Même si nous lui proposons des services différents, il se dirigera souvent vers d'autres conseils. L'idée pour nous est donc de limiter la partie consacrée à la tenue de comptabilité et de dégager, à prix égal pour le client, davantage de temps pour le conseil.

Après être passés par une phase de numérisation – nous prenons de l'information papier que nous convertissons en numérique –nous allons à présent vers l'acquisition d'information 100 % numérique. Les fichiers bancaires sont récupérés directement auprès de la banque. La plupart des professions utilisent aujourd'hui des logiciels de caisse ou de facturation capables d'exporter et de transférer un fichier. Reste les achats. Nous aurons bientôt l'obligation d'établir des factures numériques pour les sociétés qui vont facturer l'État. Sur la gestion de données, nous allons donc inévitablement vers l'automatisation avec des logiciels qui comptabilisent directement l'écriture.

De l'autre côté, la restitution d'informations se fait en direction du client, des administrations et des banques. Aujourd'hui, toutes les déclarations à l'administration sont totalement dématérialisées. D'ailleurs, pour nous, le déclaratif prend de plus en plus de temps. Nous avons l'impression que l'administration fiscale a mis beaucoup d'obligations à notre charge, notamment le fastidieux fichier des écritures comptables.

Les gains de temps permis par le numérique vont nous amener vers le lowcost pour certaines missions, et le progrès technique nous permettra de revenir vers l'humain en développant nos conseils et nos services.

A.-P. : Vous êtes membre élu du bureau de l'Ordre des experts-comptable de Paris – Île-de-France et président de la commission Devoirs et intérêt professionnels. Quelles sont les missions de cette commission ?

J.-P. T. : Au sein de cette commission, nous devons favoriser la conciliation amiable dans les litiges professionnels. Nous traitons des litiges entre les confrères – notamment entre associés, abus de majorité, par exemple, ou en matière de succession de dossiers ou de détournement de clientèle – et entre les clients et les confrères – rétention de pièces comptables, mails offensants… En revanche, nous ne prenons pas en charge les problèmes d'honoraires ni de responsabilité. Nous travaillons beaucoup sur le respect de la déontologie et de la confraternité.

La commission est constituée d'un président, de deux vice-présidents et une quinzaine de membres, élus ou non élus. Nous nous réunissons six fois par an. Nous ouvrons environ 300 dossiers par an. Si nous ne parvenons pas à régler le différend au terme d'échanges de courriers et de mails, nous recevons les parties, confrères et clients, demandeurs et défendeurs, ensemble, assistés ou non par un avocat. Chacun expose son point de vue et nous essayons de les guider vers une solution.

À ce stade, soit les parties arrivent à un accord avec le concours de la commission, soit elles continuent à ne pas s'entendre. La plupart des litiges sont le résultat d'un manque de communication. Nous aidons les parties à reprendre le dialogue. En revanche, nous ne prenons pas de décision disciplinaire. Soit nous classons les dossiers, considérant que nous ne sommes pas compétents, soit nous préconisons des solutions aux parties.

Nous pouvons également proposer une convocation, du ou des confrères, devant le président de l'Ordre, ou demander au Conseil de diligenter un article 31 de l'ordonnance du 9 septembre 1945, c'est-à-dire une enquête. Dans ce cas, un élu de l'Ordre se rend dans le cabinet pour vérifier les faits. Nous pouvons enfin demander au Conseil de traduire les confrères devant la chambre de discipline. Un rapporteur instruit l'affaire avant de la soumettre au magistrat du tribunal administratif qui préside cette chambre. Ce type d'affaire reste relativement rare et la procédure est souvent très longue.

A.-P. : Les litiges sont-ils plus nombreux actuellement ?

J.-P. T. : Il est vrai que nous observons actuellement une certaine déconsidération de certains confrères vis-à-vis de l'institution. Ils sont membres d'un ordre et nous constatons que, malheureusement, ils se souviennent expressément de leurs droits en ayant tendance à oublier leurs obligations. Ces quelques confrères ne prennent même pas la peine de répondre à nos courriers, à nos convocations. Ils ne se présentent pas devant le président de l'Ordre, sans les moindres excuses ou explications.

Pour ces motifs, je viens de proposer la traduction de 15 d'entre eux devant la chambre de discipline régionale – ou nationale, dans le cadre d'éventuels appels. Nous mesurerons les conséquences dans deux ans. Les sanctions sont codifiées, du blâme à la radiation, en passant par la suspension. Bien entendu, ces cas restent isolés et c'est, je crois, un problème assez parisien. Nous n'insistons peut-être pas assez sur les règles déontologiques lors des actions de formation de nos stagiaires. Heureusement, la plupart des confrères se comportent très bien.

A.-P. : Quels sont les différends les plus fréquents ?

J.-P. T. : Les litiges entre expert-comptable et client sont les plus fréquents. Ils représentent quelque 80 % des dossiers ouverts. Les 20 % restants sont entre experts-comptables. Dans les différends avec les clients, les causes sont la plupart du temps une non-réponse aux questions ou la rétention de documents (44 % des litiges en 2013). 15 % des dossiers sont en lien avec un comportement déplacé des experts-comptables ; 11 % avec les conditions de rupture de la lettre de mission. Quand un confrère nous saisit d'un litige en responsabilité, nous l'invitons à faire une déclaration à son assureur. Nous nous devons également de communiquer le numéro de la police d'assurance de l'expert-comptable à la demande de l'un de ses clients qui veut saisir directement la compagnie.

Les litiges entre confrères concernent essentiellement la confraternité : manque de courtoisie, désaccord dans le cadre d'une cession, transferts de clientèles, reprise de dossiers…




Emilie BOUSQUET
Journaliste

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