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Présidentielle 2022

Le logement, « préoccupation majeure des Français »

Vice-président de la région Paris Ile-de-France et secrétaire national de l'UDI en charge de l'Environnement, Jean-Philippe Dugoin-Clément revient sur les principales annonces de la candidate Valérie Pécresse, en matière de logement.
Le logement, « préoccupation majeure des Français »
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Société Publié le , Propos recueillis par Boris Stoykov

Affiches Parisiennes : Valérie Pécresse a récemment fait des annonces importantes sur le logement, à Champigny-sur-Marne. Pourquoi a-t-elle choisi cette ville en particulier ?

Jean-Philippe Dugoin-Clément : Tout d’abord, l'UDI, s’agissant des questions liées au logement, porte des ambitions, des projets, des idées et des valeurs. C’est pour cela qu’on a choisi, le 22 janvier dernier, d'apporter notre soutien à la candidate issue de LR dans le cadre d'un package programmatique. Effectivement, Valérie Pécresse a choisi d'aller faire un premier déplacement sur les thématiques du logement à Champigny cette semaine. C’est une ville assez emblématique parce que reprise au Parti communiste qui l'avait dirigée depuis l'après-guerre de manière continue, avec des problématiques urbaines et sociales majeures et des exemples d'urbanisme et d'aménagement urbain ratés. C’était, pour elle, une façon de mettre en lumière des exemples à ne pas reproduire, dans des quartiers et chez des personnes qui souffrent de la façon dont s’est fait l’aménagement, pour essayer de progresser et d'améliorer les choses.

A. - P. : La première grande annonce de Valérie Pécresse est son projet de construire 500 000 nouveaux logements par an. Comment va-t-il être mis en œuvre ?

J-P. D. C. : Tout d'abord, je suis absolument persuadé, et nous le sommes tous à l’UDI, que le logement est le problème majeur des Français. La première problématique qui sort systématiquement en tête de toutes les études d'opinion est la question du pouvoir d'achat. Le logement correspond à deux caractéristiques : c'est l'endroit où on passe le plus clair de sa vie et c'est le premier poste de dépense. Or, ce poste de dépense n'a cessé d'augmenter sur les vingt dernières années, avec une décorrélation totale entre la courbe de l'augmentation des salaires et celle de l'augmentation du coût du logement. Nous pensons que rendre du pouvoir d'achat aux Français passe par une politique extrêmement volontariste sur tous les logements, qu'il s'agisse du logement privé ou social.

Valérie Pécresse propose 500 000 logements mis sur le marché chaque année, parce qu'aujourd'hui, il y a des logements à construire mais aussi des locaux qui peuvent être réhabilités et transformés, notamment des locaux de bureaux ou commerciaux vacants, vétustes ou inadaptés. On a aussi une problématique de remise sur le marché de logements inoccupés pour toute une série de raisons. Par ailleurs, on est actuellement face à une crise du logement qui touche de manière très dure les Français les plus fragiles et les classes moyennes et qui va s'aggraver très fortement dans les deux à trois années qui viennent si on n'est pas capable de réimpulser un rebond très fort.

Les années 2019 et 2020 ont connu le plus faible nombre de permis de construire délivrés et de logements sociaux agréés et le nombre de logements qui sortent aujourd'hui correspond plutôt à celui des années N-4/N-5, de rebond sur la construction. Après les deux années que l’on vient de passer, où les permis de construire n'ont pas été délivrés ou les agréments de logements sociaux n'ont pas été donnés, on va avoir un trou d'air dans deux ou trois ans. Le seul biais pour essayer de limiter cet effet qui va contribuer à tendre encore un marché hypertendu, c'est de relancer très fortement et massivement la construction ou la mise sur le marché de logements.

A. - P. : Le prix au mètre carré des logements est aussi un réel problème, notamment en région parisienne, avec des prix beaucoup plus élevés qu'en province. Comment peut-on équilibrer les choses ?

J-P. D. C. : Valérie Pécresse propose d’agir sur le prix du logement. Cela passe par plusieurs facteurs. Le premier, c'est le choc de l'offre, ce qu'Emmanuel Macron a annoncé au début de son quinquennat mais qui n'a pas eu lieu, c'est-à-dire relancer la construction et remettre des logements sur le marché. Si on n'est pas capable, notamment dans les secteurs tendus, d'avoir un choc de l'offre, les prix continueront à flamber. Deuxième chose, elle propose d'avoir une véritable politique d'aménagement en essayant d'accompagner la revitalisation de territoires considérés comme périphériques, qui correspondent à des communes moyennes de régions françaises qui ont vécu une désertification depuis des années et qui ont aujourd'hui besoin de se redynamiser et de pouvoir regagner en attractivité. C’est une politique d'aménagement du territoire visant à aider au développement et au repeuplement des villes moyennes. Cette politique peut permettre, en partie, de réduire la pression sur les zones métropolitaines denses.

Par ailleurs, et ça ne fait pour l'instant pas partie des propositions de Pécresse, je pense, comme beaucoup de mes collègues élus, que le seul véritable moyen de maintenir les prix du foncier, c’est de les maitriser, de les contrôler. On assiste aujourd'hui à un renchérissement des coûts de construction face à des coûts de foncier qui continuent à exploser. Même en augmentant l'offre de logements, on ne fera pas baisser les prix parce qu’il faudra toujours que le constructeur amortisse son coût d'achat du foncier et son coût de construction. Il faut, pour l'ensemble des structures publiques et notamment étatiques, mettre fin à la vente aux mises aux enchères et vendre à prix fixe et à prix coûtant. Aujourd'hui, l'Etat ne peut plus et ne doit pas accepter de vendre des terrains aux enchères et contribuer ainsi à faire monter les prix. Il faut se poser la question des modalités de l'encadrement d'un prix maximum de vente du foncier dans les zones très tendues.

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A. - P. : Face à la problématique de la location courte durée et de meublés, via des plateformes comme Airbnb, qui diminuent les offres de logements dans certaines communes touristiques, quelles réponses peuvent-être apportées ?

J-P. D. C. : C'est dramatique pour les classes moyennes et populaires qui ne peuvent plus loger dans certains secteurs touristiques et pour l'industrie hôtelière, qui paie des impôts en France, emploie et fait vivre des centaines de milliers de personnes et se retrouve concurrencée par ces plateformes de location. La réalité aujourd'hui, c'est qu'un propriétaire, dans des zones touristiques tendues, peut avoir plus intérêt à louer son bien un mois par an à des touristes que toute l’année à une famille. Il va quasiment louer plus cher, fiscalement il y gagne, et il n'a aucun risque d'impayés parce que les plateformes les garantissent.

Si on veut contrer le phénomène Airbnb et remettre des logements sur le marché, il faut instaurer une différence de fiscalisation forte entre les revenus immobiliers issus de locations saisonnières et ceux de location à l'année à des familles qui ont besoin de vivre. Il faut aussi réfléchir à des systèmes de garantie pour les propriétaires qui font l'effort de louer leur bien à l'année à des personnes qui ont besoin d'y vivre avec leurs enfants plutôt que de le faire pour des touristes qui viennent louer un appartement parce que ça coûte moins cher que d'aller à l’hôtel.

A. - P. : S’agissant de l'accès à la propriété, quelles sont les mesures incitatives prévues pour l’accélérer ?

J-P. D. C. : Il y a deux points extrêmement importants dans les propositions de Valérie Pécresse. D’une part, la remise en place de APL accession, et, d'autre part, la regénéralisation du prêt à taux zéro, le PTZ, qui a été très malmené au début du quinquennat qui s'achève. Parallèlement, et ça fait partie des sujets dont j'espère que la candidate ou d'autres s’empareront dans le débat présidentiel, ce qui se fait aujourd'hui en Suède ou Suisse, le transfert de l’emprunt de la personne au bien, pourrait être parfaitement décliné en France. Dans ces pays, vous pouvez acheter en prenant un emprunt classique ou en prenant un emprunt de longue durée, sur 50, 60 ou 70 ans, garanti par l'Etat ou par des structures paraétatiques, comme la Banque des territoires, qui permettent de resolvabiliser la personne puisque sa capacité d'emprunt n'est pas diminuée, l’emprunt ne portant pas sur elle, qui permet de diminuer le montant des mensualités et donc de rendre du pouvoir d'achat, et qui n’impacte pas la banque, puisque l'emprunt est porté sur le bien et quand celui-ci est vendu, il l’est avec l’emprunt. Ce sont des dispositifs qui fonctionnent à l'étranger et dont on pourrait éventuellement s'inspirer.

A. - P. : Sur le logement social, Valérie Pécresse propose d’instaurer un bail renouvelable de six ans. Cette mesure n’est-elle pas insécurisante pour les nouveaux entrants ?

J-P. D. C. : Nous pensons à l’UDI que cette mesure est une erreur si elle devait être maintenue et anxiogène pour les locataires du logement social, qui représentent 10 millions de personnes. Elle est inefficace parce que la possibilité de résilier un bail lorsque la situation de la personne ne correspond plus au logement social existe déjà même si elle n'est quasiment jamais appliquée. La réalité sociale fait qu’on ne va pas mettre à la rue une personne ou un couple âgé parce qu'il occupe seul un T4 après avoir vécu des années dedans, ni une famille avec enfants qui paie ses loyers parce qu'ils ont un surloyer ou qu'ils ont dépassé de quelques euros le plafond du logement social. C'est une mesure qui a été retenue sans accord politique entre les différentes formations et familles soutenant la candidate. Nous souhaitons donc qu’elle soit retirée et que nous ne pourrions pas la voter si elle était présentée à l'Assemblée nationale ou au Sénat.

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