Fermer la publicité
Journal d'information juridique et d'annonces légales

Jean-Luc Forget : Voyage en terre d'avenir pour le CNB

le - - Droit - Actualité du droit

Jean-Luc Forget : Voyage en terre d'avenir pour le CNB
© DR

Le Conseil national des barreaux (CNB) vient de clôturer une consultation qui a permis d'interroger les avocats et les élèves-avocats français sur les grandes lignes de leur avenir. Jean-Luc Forget, l'un de ses vice-présidents, livre les premiers enseignements de cette opération inédite qui devraient à présent influer sur les axes de réflexion et sur l'action de l'institution.

Affiches Parisiennes : Comment a mûri cette idée de consultation de la profession et quel a été l'objectif du CNB ?

Jean-Luc Forget : C'est une idée de Christiane Féral-Schuhl, développée pendant sa campagne, lorsqu'elle a décidé de se présenter à la présidence du CNB. Nous avons donc eu à cœur d'aller au bout de ce souhait qui était le sien. Cette idée était, non pas la consultation de la profession, mais la consultation des confrères. Le sens de cette démarche a été d'aller vers chaque avocat, individuellement, en lui proposant d'exprimer le sujet professionnel qui l'intéresse et les propositions qu'il voudrait porter pour l'avenir de sa profession.

A.-P. : C'est donc une démarche institutionnelle ?

J.-L. F. : Je dirais plutôt une démarche participative qui visait à redonner la parole à chacun et pour nous, institution, à vérifier que ce que nous faisons, que les sujets qui nous préoccupent, que les réflexions qui nous animent, sont bien en cohérence avec les sujets qui intéressent les confrères et les réflexions qu'ils ont. Cette démarche s'est développée pendant près de 10 mois. Cet aspect purement participatif vient de s'achever en fin de semaine dernière.

A.-P. : Quelles ont été les grandes étapes de cette consultation ?

J.-L. F. : Dans un premier temps, nous avons ouvert une plateforme qui visait à interroger les avocats sur les thèmes qu'ils souhaitaient porter, pour fixer, en quelque sorte, l'ordre du jour qui leur paraissait le plus adapté à leur approche de l'avenir de leur profession.

Forts des 2 400 contributions, nous avons mis en place quatre groupes de travail, composés d'avocats, d'élèves avocats, d'acteurs des réseaux sociaux et d'élus, investis dans la démarche, pour analyser ces thèmes et formuler 40 propositions qui ont été ensuite soumises lors de cette consultation qui vient d'être clôturée. Voilà l'idée et la méthode. à présent, la démarche se poursuit et s'intègre dans le processus de décision du CNB.

Muni des enseignements de cette consultation, mais aussi des enseignements des contributions, des réflexions, le CNB va soumettre ces éléments à ses commissions, s'approprier ou se réapproprier ces ordres du jour et discuter, délibérer, pour être force de proposition à l'égard des Pouvoirs publics, ce qui était également l'objectif.

A.-P. : Le CNB souhaite ainsi amplifier son rôle proactif ?

J.-L. F. : La profession a trop l'habitude de voir son ordre du jour imposé par les Pouvoirs publics ou par des partenaires extérieurs, le plus souvent dans l'urgence. L'idée de ces Etats généraux est aussi d'imposer des thèmes et des ordres du jour aux Pouvoirs publics. Nous voulons leur dire que les avocats ne souhaitent plus se placer en réaction aux propositions et aux décisions des uns et des autres. Nous souhaitions changer cette démarche et proposer les sujets qui préoccupent réellement les avocats.

A.-P. : Pensez-vous que la profession d'avocat doit se réformer ?

J.-L. F. : Nous pensions bien entendu à ce besoin de réforme avant même cette consultation. Mais nous avons voulu associer directement tous les avocats aux évolutions de leur profession. Ces évolutions, ce n'est pas nous qui les décrétons. Le plus souvent, nous les subissons. C'est rarement nous qui les maîtrisons justement parce que nous sommes trop souvent sur la défensive. L'idée était donc de demander aux avocats les évolutions qu'ils souhaitent aujourd'hui imposer. Nous voulions savoir si les réflexions de l'institution représentative sont bien celles des confrères. C'est important pour le CNB de vérifier que ce qu'il fait, que ses débats, ses réflexions, ses thèmes, ses votes, sont en adéquation avec ce que pensent l'ensemble des avocats et des futurs confrères que sont les élèves avocats.

A.-P. : Vous revenez aux sources de la raison d'être et d'agir d'une institution...

J.-L. F. : Oui, cette démarche vise ou contribue à restaurer le lien, à améliorer la relation entre les avocats et l'institution qui les représente. Nous ne voulons pas faire uniquement ce qui nous intéresse et ce qui nous paraît essentiel, mais faire ce qui intéresse les avocats et ce qu'ils considèrent comme essentiel. Que souhaitent-ils que nous portions pour eux ?

A.-P. : Est-ce qu'à vos yeux, la consultation qui vient de s'achever a atteint son but ?

J.-L. F. : Avant même les résultats de cette consultation, elle est pleine d'enseignements. Je l'ai trouvée enrichissante, intéressante, parfois même un peu surprenante. Elle contient beaucoup de matière pour les ordres du jour futurs de l'institution.

Cette consultation a suscité plus de 7 700 votes, sur 70 000 votants potentiels, ce qui est, à nos yeux, un résultat intéressant. Je rappelle que c'est la première fois qu'une telle démarche est initiée. C'était pour nous un “voyage en terre inconnue” pour reprendre le titre de la célèbre émission. C'est la première fois que le CNB se met au service des confrères de cette manière-là. Même si nous devions être déçus de l'analyse des résultats, cette déception serait pour nous positive. Si nous sommes étonnés, et nous le sommes, cet étonnement est source d'enseignements. Cette démarche n'est pas traditionnelle pour les avocats, mais je la trouve, d'ores et déjà, et avant même les analyses des résultats, plus riche que je ne l'imaginais.

A.-P. : Quelles vont être les suites de cette consultation globale de la profession ?

J.-L. F. : à présent, après la clôture de la consultation, le CNB va s'approprier les résultats et va décider de transformer une partie de ces propositions en propositions pour la profession. Certaines d'entre elles sont très novatrices, voire très courageuses. Elles conduiraient à rendre notre profession plus dynamique. Nous allons prendre le temps pour analyser attentivement les résultats. Mais, des débats de ce jeudi 27 juin et de la consultation, il m'a semblé que, parmi beaucoup d'autres, l'avenir de la postulation et de la collaboration libérale préoccupaient nos confrères.

A.-P. : Le statut d'avocat en entreprise fait-il partie de ces propositions novatrices ?

J.-L. F. : Je ne considère pas la proposition concernant le statut d'avocat salarié en entreprise comme la plus novatrice. En tout cas, ce n'est pas un sujet nouveau ; c'est un sujet sur lequel le CNB s'est souvent prononcé. J'observe que sur la plateforme initiale, ce n'était pas une proposition qui émergeait comme un sujet de préoccupation majeur des avocats. Nombreux sont les confrères qui ne considèrent pas que cette proposition est nécessaire. Elle a été formulée par le groupe de travail parmi d'autres propositions et la consultation exprime un rejet. Mais cela peut-être un sujet que l'actualité nous impose d'apprécier.

A.-P. : Ne pensez-vous pas que d'autres professions, réglementées ou non, comme par exemple les notaires ou les experts-comptables, se réforment plus rapidement et plus intensément que les avocats ?

J.-L. F. : Je ne crois pas à la modernisation des professions et à la comparaison des modernisations entre professions. Il n'est pas complexe pour la profession de notaire ou d'expert-comptable d'évoluer et de propulser un même corps vers des voies nouvelles et novatrices, puisqu'il y a une homogénéité, une cohérence, une identité des fonctions exercées. Chez les avocats, vous le savez, l'identité ne se fait pas autour des fonctions, mais autour des valeurs. Ce sont les valeurs qui s'exercent dans nos fonctions. Il est beaucoup plus difficile de faire évoluer la profession d'avocat à travers nos exercices multiples, nos fonctions ou nos ambitions contraires qui s'affrontent.

L'idée de cette consultation était aussi de vérifier que ce qui se fait dans un certain nombre de cercles, de groupes de la profession est bien en adéquation avec ce que pensent les avocats.




Ses derniers articles

Abonnez-vous à l'offre Papier + Numérique

Affiches Parisiennes Journal d'information juridique et d'annonces légales

  • ›   Pour plus de contenu, papier + web
  • ›   l’accès aux annonces légales,
  • ›   l’accès aux ventes aux enchères.
Je m'abonne

À lire également


Réagir à cet article

Message déjà envoyé Adresse e-mail non valide


Fermer
En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies et de technologies similaires par notre société ainsi que par des tiers, afin de réaliser des statistiques d'audiences et de vous proposer des services éditoriaux et la possibilité de partager des contenus sur des réseaux sociaux. En savoir plus / paramétrer