AccueilEntrepriseChiffreJean-Luc Flabeau : « Nous devons aider la profession à suivre la bonne voie de la mutation »

Jean-Luc Flabeau : « Nous devons aider la profession à suivre la bonne voie de la mutation »

Jean-Luc Flabeau est le président de la Compagnie régionale des commissaires aux comptes de Paris. Il aborde les Universités d'été avec la volonté d'entraîner la profession vers un avenir favorable, en s'adaptant au mieux à la transposition de la réforme européenne de l'audit, à présent en place.
Jean-Luc Flabeau : « Nous devons aider la profession à suivre la bonne voie de la mutation »
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Affiches Parisiennes : Comment se présentent ces Universités d'été pour les commissaires aux comptes de la CRCC de Paris ?

Jean-Luc Flabeau : Comme vous le savez, ces Universités d'été, qui existent maintenant depuis plus de 20 ans, sont organisées par les trois institutions franciliennes, l'Ordre des experts-comptables de Paris et les Compagnies régionales des commissaires aux comptes de Paris et de Versailles. Nous étions l'année dernière au Palais des Congrès, nous retournons, cette année, à l'université Descartes, comme un retour aux sources. Je suis déjà convaincu, qu'une fois encore, nous allons assister à un bel événement. Nous enregistrons chaque année une affluence plus importante, et nous dépassons maintenant, et de manière systématique, la barre des 5 000 participants. Cette édition 2017 ne fait pas exception, avec encore 10 à 15 % d'inscrits supplémentaires par rapport à l'année passée. Un niveau d'affluence qui fait de nos Universités d'été un des tout premiers évéènements de la profession du chiffre. Plusieurs raisons expliquent ce succès. Tout d'abord la période : les confrères reviennent de vacances et ont encore un peu de temps et l'envie de se former. Mais il y a aussi le choix très large qui est offert aux professionnels, que ce soit en matière de formations comme de conférences. Avec des intervenants unanimement reconnus. Les professionnels, qu'ils soient commissaires aux comptes ou experts-comptables, ont une obligation de se former. Pour nos confrères franciliens, ces Universités d'été constituent une bonne opportunité de remplir, au moins partiellement, leurs obligations annuelles de formation, et ce de façon gratuite.

A.-P. : Aujourd'hui, combien y-a-t-il de commissaires aux comptes rattachés la compagnie de Paris ?

J.-L. F. : Il y a actuellement 3 000 inscrits personnes physiques et 1 200 personnes morales, à la Compagnie de Paris. A Paris, le nombre de commissaires aux comptes personnes physiques subit une légère érosion tous les ans et de façon constante. C'est le même phénomène dans la plupart des 33 compagnies régionales. Bien sûr, cette tendance ne prend pas encore en compte les effets de la transposition de la réforme européenne de l'audit. Nous devrons analyser, avec beaucoup de vigilance, cette évolution des effectifs dans les années qui viennent.

A.-P. : Quels sont aujourd'hui les enjeux et les défis de la formation pour les commissaires aux comptes ?

J.-L. F. : Depuis le 17 juin 2016, date d'entrée en vigueur de la réforme de l'audit transposée dans notre droit national, nous travaillons dans un nouvel environnement, avec un pouvoir très fortement accru de notre régulateur. Le H3C, qui a dorénavant la responsabilité finale sur la profession, a confié trois délégations à la Compagnie nationale : la délégation du contrôle qualité, la délégation des inscriptions des professionnels et la délégation de la formation continue. Cette dernière est celle qui est actuellement la moins avancée dans sa mise en place et nous avons encore quelques points à éclaircir. Mais c'est peut-être celle qui peut donner plus de prérogatives aux CRCC dans l'orientation des formations des confrères et des consœurs par rapport au système actuel. J'estime que nos compagnies régionales ont un véritable rôle à jouer dans cette délégation. Pour cela, il faut que leurs élus aient une véritable réflexion sur l'offre de formation. Nous avons jusqu'alors une obligation de formation qui est quantitative et exprimée en nombre d'heures homologuées par an. Il faut aspirer à rendre cette formation plus qualitative, et s'assurer que l'obligation puisse « coller au mieux » aux besoins spécifiques de chaque professionnel, en fonction de critères liés à la taille de son cabinet, à la typologie de ses mandats, etc. Nos institutions doivent, sans tarder, se saisir de ce chantier et c'est bien évidemment ce que nous allons faire sur Paris avec notre organisme de formation Asforef. Mais c'est avant tout un challenge à saisir par les professionnels eux-mêmes : la combinaison de leur niveau élevé de technique d'audit et d'expérience professionnelle sera le meilleur atout pour encore mieux défendre et légitimer leur mission. Et, dans ce registre, nous devons tous être en recherche de progrès constant.

A.-P. : Sommes-nous au bout de la transposition de la réforme européenne de l'audit ?

J.-L. F. : Les textes de cette réforme ont été publiés, de l'ordonnance de mars 2016 aux conventions de délégation – inscription, formation contrôle qualité – qui ont tardé, en passant par le décret applicable depuis le 17 juin 2016. Nous avons attendu encore plus longtemps la réécriture du code de déontologie, publié en avril dernier. Aujourd'hui, nous avons tout ! La transposition française est donc en place. A présent, nous allons nous adapter, en déterminant notamment qu'elles vont être les rôles respectifs du H3C, de la Compagnie nationale et des Compagnies régionales, notamment à travers les trois conventions de délégation que je viens d'évoquer.
Mais au-delà des effets de la réforme au niveau des institutions, il faut surtout observer les implications sur l'exercice professionnel des confrères. Il nous faut un peu plus de temps pour les mesurer et analyser. Nous devons vérifier que cette réforme n'aboutisse pas, comme je le crains, à un effet de concentrations au seul profit des plus grands cabinets. Le phénomène a déjà commencé sur les entités d'intérêt public, dites EIP. Nous devons également savoir quel est le devenir des mandats PME. Vont-ils être conservés avec leurs seuils actuels ? Les Pouvoirs publics vont-ils au contraire remonter ces seuils ? Pour nous, voilà les sujets majeurs à rattacher à la réforme européenne de l'audit, puisque l'Europe a fixé des seuils PE – petites entreprises –, tout en les laissant à la liberté à chacun des Etats membres. C'est maintenant que nous devons défendre au mieux l'utilité de la mission du CAC dans les PME, tout en proposant une meilleure adaptabilité de nos diligences en fonction de la taille des entités auditées.

A.-P. : La profession demande-t-elle la baisse de ces seuils ?

J.-L. F. : Non puisque la France a déjà des seuils plus bas que ceux préconisés par l'Union européenne. Certains pourraient avoir envie d'appliquer ces seuils européens pour la France, pour de simples raisons d'harmonisation ou encore de simplification. Mais revenons à ces textes européens de réforme de l'audit, qui ont introduit beaucoup d'options afin que chaque Etat membre puisse adapter au mieux cette réforme en fonction de ses propres caractéristiques. Or, une des particularités de la France est son très large tissu de PME et PE. La typologie de nos entreprises est par exemple très différente de celle de nos voisins Outre-Rhin, puisqu'ils ont beaucoup plus d'entreprises de taille intermédiaire. Je crois qu'il est primordial de continuer à apporter ce dispositif de sécurisation financière aux nombreuses PME françaises. C'est particulièrement vrai pour les plus modestes en taille qui, par nature, sont les plus exposées aux aléas économiques ou autres. Est-il encore besoin de rappeler que le commissaire ne fait pas que certifier les comptes, même si c'est le cœur de sa mission légale ? Il a un devoir d'alerte lorsque la pérennité de l'entreprise peut être remise en cause. Mais il a un rôle dans la détection des fraudes, lesquelles se développent de façon exponentielle dans les mêmes PME, se traduisant par des pertes de valeur dans le meilleur des cas mais aussi par la disparition de l'entreprise dans le pire.

A.-P. : Le statu quo en matière de seuils irait d'ailleurs dans le sens de la loi Sapin II ?

J.-L. F. : Oui, bien sûr. Nous ne pouvons pas à la fois vouloir mieux sécuriser les entreprises face à tous les risques qu'elles peuvent encourir et, en même temps, diminuer le périmètre d'intervention des auditeurs légaux. C'est pourquoi nous devons continuer à expliquer le rôle du commissaire aux comptes qui n'est toujours pas assez connu. Mais il faut aussi savoir faire évoluer notre mission pour l'adapter à la petite entreprise. Elle doit nécessairement changer avec la mutation digitale qui prend beaucoup d'ampleur partout. A ce sujet, nous avons mis en place un groupe de travail sur l'audit informatique qui a notamment organisé une formation sur l'audit des systèmes d'information qui a réuni 500 confrères début juillet. Il faut que nous aidions la profession à suivre la bonne voie de la mutation.

A.-P. : Quel est l'avenir du commissaire aux comptes ?

J.-L. F. : La situation de la profession est actuellement assez paradoxale. L'utilité du commissaire aux comptes est parfois remise en cause alors que sa mission est totalement dans l'air du temps, quel que soit le domaine d'activité et quel que soit le secteur d'intervention. Pour moi, le commissaire aux comptes apporte un genre de compliance dans les petites et moyennes entités. Nous sommes là pour assurer la sécurité et la transparence financière ainsi que le respect des réglementations.

A.-P. : Comment faire comprendre que le commissaire aux comptes ne marche pas sur les platebandes de l'expert-comptable.

J.-L. F. : Tout simplement en répétant inlassablement la vérité : ce sont deux missions distinctes ! Ou plus exactement, deux missions distinctes dans leur finalité mais qui peuvent être complémentaires pour les entités qui ont à la fois un expert-comptable et un commissaire aux comptes. L'expert-comptable est le conseil du chef d'entreprise. Il l'accompagne le développement et établit également les comptes. De son côté, avec une autre approche par les risques, le commissaire aux comptes certifie ces données financières. On ne demande surtout pas au commissaire aux comptes de faire le travail de l'expert-comptable.
A l'instant, j'évoquais le tissu très particulier des entreprises françaises, constitué en très grande partie de petites entités. Nous pouvons toujours regretter de ne pas avoir autant d'ETI que nos amis allemands, mais ce tissu est la richesse économique de notre pays. Et je crois réellement que l'intervention complémentaire de deux professionnels du chiffre est beaucoup plus un atout qu'une lourdeur ou contrainte pour tous les entrepreneurs de ce pays.

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