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Jean-Luc Flabeau : « Nos chiffres ne correspondent pas aux simulations du Gouvernement »

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Jean-Luc Flabeau : « Nos chiffres ne  correspondent pas  aux simulations  du Gouvernement »
@ AP

Jean-Luc Flabeau est le président d'Experts-comptables et commissaires aux comptes de France (ECF). Il aborde ce qui, à ses yeux, constitue une réelle « crise de confiance » : les simulations du Gouvernement qui ne correspondent en rien aux projections chiffrées des experts-comptables.

Affiches Parisiennes : Concernant la réforme des retraites ? Quelle est la position de l'ECF ?

Jean-Luc Flabeau : Concernant cette réforme, nous avançons sur deux axes. Le premier est la défense de la retraite pour les professionnels de l'expertise-comptable. Le second est un travail de vigie sur ce que va coûter la retraite. C'est donc une approche économique pour les entreprises.

Sur l'axe de défense de la profession, ECF et l'Ifec, les deux syndicats se sont opposés ensemble à ce système de régime universel. Nous avons formulé nos craintes sur le devenir de notre caisse autonome de retraite
Cavec, qui dispose actuellement de 1,7 milliard de réserves.

Nous avons assisté à quelques réunions avec le Gouvernement, notamment avec les ministres Jean-Paul Delevoye et Bruno Le Maire. Nous avons multiplié les réunions avec le Haut-commissariat aux retraites. Finalement, elles n'ont pas donné grand-chose au regard d'hypothèses qui sont très difficiles à vérifier. Nous avions le rapport Delevoye comme document de travail, à partir duquel nous avons réalisé nos simulations. Nos chiffres ne correspondent pas aux simulations communiquées par le Gouvernement. Nous ne sommes donc pas rassurés par cette réforme, notamment sur le régime des indépendants et sur l'avenir de notre caisse autonome.

Cette réforme des retraites provoque également une crise de confiance. L'Etat traite les bons élèves que sont les régimes autonomes comme les mauvais élèves que sont les régimes spéciaux. Il faut savoir reconnaître notre gestion exemplaire de la Cavec. Le rôle de l'Etat est d'intervenir lorsque ça va mal, pas lorsque tout va bien.

A.-P. : Et concernant votre deuxième approche économique plus générale ?

J-L. F. : En région parisienne, beaucoup de Franciliens ont été perturbés par les grèves pendant un mois et demi. Malgré cela, l'opinion publique reste en majorité contre le projet de réforme des retraites.

Les gens sont contre ce projet parce qu'il a été fait « à la va vite » et n'est pas crédible financièrement.

Afin d'objectiver cela, nous avons saisi la Cour des comptes pour demander d'évaluer la totalité de la réforme, et pas uniquement la partie concernant les experts-comptables et des commissaires aux comptes. Le Gouvernement doit fournir des données chiffrées afin d'y voir plus clair.

Cette idée a d'ailleurs été reprise par d'autres car c'est un sujet important et qui inquiète. Il faut absolument savoir combien coûte cette réforme des retraites, d'autant que nous avons une augmentation significative de la dette publique. Surtout, le Conseil d'État a émis un rapport avec des réserves très importantes sur cette réforme. Il réclame, lui aussi, des données financières fiables.

À la suite de la réaction du Conseil d'État, ECF a publié une nouvelle communication dans laquelle nous demandons à être reçu par le président de la République.

A.-P. : Que devrait faire le Gouvernement à votre avis ?

J-L. F. : Il faudrait que le Gouvernement retarde l'examen du projet de loi pour travailler sur des simulations chiffrées fiables, surtout que la crise de confiance va s'accentuer avec le rapport du Conseil d'État.

Si le texte arrive en l'état à l'Assemblée nationale, les débats parlementaires vont être extrêmement compliqués avec des amendements qui vont sortir dans tous les sens. Il y a peut-être aussi des problèmes de constitutionnalité. Donc, il faut faire très attention.

Le Gouvernement, qui se veut réformiste, souhaite aller vite, sans examiner sérieusement l'ensemble les hypothèses qui s'offrent à lui. Le résultat est sans appel : personne ne comprend rien à cette réforme et la société dans son ensemble se crispe.

Quand on fait des calculs de prévision, il faut prendre beaucoup de précautions, sur des échéances à 30 ans, avec des actuariels, etc. Nous sommes des hommes du chiffre, des professionnels responsables, et quand ceux qui nous sont fournis par le Gouvernement ne sont pas cohérents, nous le disons.

Sur ce deuxième volet, nous ne voulons pas uniquement défendre le système de retraite des experts-comptables et des commissaires aux comptes. C'est l'ensemble des simulations du projet de la retraite universelle qu'il faut revoir.

Je ne voudrais pas qu'on se retrouve avec le même scénario que la loi sur les 35 heures. Cette dernière a été faite trop rapidement, en dépit du bon sens. Aujourd'hui, ce texte pèse encore sur l'économie française et sur les entreprises. Nous, qui intervenons au sein de trois millions d'entreprises, en France, nous avons ce rôle, aujourd'hui, d'alerter nos clients en leur disant que ce projet de loi ne convient pas.

A.-P. : Votre syndicat est-il en lien avec le nouveau secrétaire d'Etat aux retraites Laurent Pietraszewski? Ce sont les études de cas qui, à vos yeux, sont insuffisantes ?

J-L. F. : Nous avions des rapports avec son prédécesseur, Jean-Paul Delevoye, mais avec son successeur, pas pour l'instant. Aujourd'hui, la situation est un peu bloquée parce qu'on nous communique des chiffres que nous continuons à ne pas comprendre.

A.-P. : C'est un problème de prise en compte de situations et de cas spécifiques qui ne vous conviennent pas ?

J-L. F. : Le Gouvernement veut pratiquer par ordonnances, pour aller plus vite. Sur ce point, le Conseil d'État a été extrêmement sévère sur le projet de loi tel qu'il est actuellement. Je crois qu'il faut que le Gouvernement se donne un peu plus de temps pour prendre en compte les différents cas.

A.-P. : Quelle a été votre action jusqu'à présent ?

J-L. F. : Nous sommes membres de l'UNAPL et l'Ifec s'est rapproché de SOS Retraites et des avocats, même si nous défendons les mêmes choses sur le projet de réforme. L'Ifec est même allé manifester. De notre côté, nous menaçons de ne pas faire les comptes de campagne des Municipales. Nous le faisons traditionnellement pour avoir un meilleur dialogue avec les différents partis politiques. C'est une initiative qu'a prise Lionel Canesi, en Paca, et ECF l'a relayée. D'ailleurs Lionel Canesi a réuni dernièrement différents Ordres, à Marseille, les avocats, les notaires, les pharmaciens… pour prendre une position commune contre la réforme des retraites.

A.-P. : Quelles sont les dernières propositions concrètes pour faire bouger les choses ?

J-L. F. : Nous ne sommes pas contre une réforme des retraites, mais c'est un sujet extrêmement complexe. Je comprends la complexité pour le Gouvernement, mais il est nécessaire de prendre plus de temps. Il est nécessaire de bien calculer l'ensemble des données. Nous avons des craintes énormes. Le régime universel doit aller jusqu'à trois Pass, donc jusqu'à 120 000 euros de revenus annuels. Chez les experts-comptables, pour la Cavec, il y a 15 % des experts-comptables qui gagnent davantage. Avec ces 15 % qui gagnent plus de 120 000 euros, on ne pourra pas faire vivre longtemps notre caisse de retraite. On peut imaginer un régime universel, mais limité à un Pass, et non pas à trois Pass, pour garder des régimes complémentaires.

Nous demandons des garanties concernant nos réserves, car ce n'est pas très clair. Nous souhaitons également garder notre niveau de retraite actuel, alors que le projet de loi va le faire baisser de moitié. Il y aura pour les confrères plus de cotisations à payer pour des pensions moins élevées. Il faut aussi faire très attention au maintien du paritarisme. S'il s'agit d'un exercice compliqué et exigeant, notamment avec les régimes spéciaux, on peut craindre, malgré les promesses du premier ministre, que le paritarisme soit réduit.. Si nous avions une caisse unique, gérée par Bercy, les partenaires sociaux auraient une place extrêmement congrue.




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