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Jean-Luc Flabeau : « Il faut que les institutions aient une stratégie claire »

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Jean-Luc Flabeau : « Il faut que les institutions aient une stratégie claire »
© A.P.

Jean-Luc Flabeau, président d'ECF (fédération française de syndicats régionaux d'experts-comptables) et vice-président délégué de la Compagnie régionale des commissaires aux comptes de Paris, alerte ses confrères sur le manque de vision de leurs instances représentatives.

Affiches Parisiennes : Êtes-vous satisfait du thème retenu par ce congrès ?

Jean-Luc Flabeau : Oui, ce thème est très bien sauf qu'il faut voir si son contenu aura un impact concret. La stratégie est en effet un axe très important. Je suis d'accord avec le président du Conseil supérieur de l'ordre pour dire que chaque cabinet doit adopter une stratégie, qu'il soit petit, moyen ou grand. En revanche, j'estime qu'il faut aussi que les institutions aient une stratégie claire, ce qui n'est pas le cas à mon avis.

A.-P. : Quelles nouvelles compétences doivent acquérir les experts-comptables ?

J.-L. F : Nous sommes en pleine mutation mais nos collaborateurs ne vont pas se transformer du jour au lendemain en consultants. Il est donc évident qu'il faut une stratégie et la formation qui va avec. Je peux vous dire avec mon expérience professionnelle que ce n'est pas chose facile. Ce qui est certain est que l'activité du chiffre va être de plus en plus importante dans les prochaines années, et va toucher énormément de domaines. Notre activité va certainement s'étendre vers l'évaluation, la fiscalité, la gestion de patrimoine, les ressources humaines, l'analyse et l'expertise dans le système d'information. Je pense d'ailleurs que grâce à cet élargissement de notre champ de compétences, l'attractivité de la profession va s'améliorer. Nous allons avoir des cabinets beaucoup plus protéiformes qu'auparavant et ce processus va s'amplifier.

A.-P. : Comment va évoluer l'exercice de votre mission ?

J.-L. F : Aujourd'hui, nous avons une prérogative d'exercice (l'expert-comptable est le seul à pouvoir ouvrir, tenir, réviser, centraliser, redresser et consolider la comptabilité des entreprises dans le cadre d'une prestation sans contrat de travail). A l'avenir, cette prérogative pourrait évoluer du fait des pouvoirs publics, mais elle évoluera nécessairement par les évolutions technologiques que notre profession connait.

Afin d'anticiper au mieux ces évolutions, le Conseil supérieur doit donc travailler rapidement sur cette problématique. Il est nécessaire d'anticiper ces évolutions pour ne pas nous retrouver en danger comme cela est le cas pour la profession de commissaire comptable dans le cadre du projet de loi Pacte.

A.-P. : Selon vous, les membres d'ECF ont-ils pris le virage digital ?

J.-L. F : Tous les membres d'ECF, comme toute la profession, ont pris conscience de l'importance du numérique et cherchent maintenant un moyen d'intégrer les nouvelles technologies dans leurs cabinets. Mais ce qui m'inquiète actuellement, c'est l'écart entre les cabinets libéraux et les grands réseaux — les big 4-. Il est en train de se creuser car ces derniers investissent massivement dans le digital, ce que ne peuvent pas faire les petits cabinets. C'est donc au Conseil supérieur de rétablir l'équilibre. Si l'institution n'est pas en capacité de faire la même chose pour les professionnels libéraux, nous risquons de louper le virage du digital. Pour passer au numérique, il faut arrêter les palabres et passer à l'opérationnel. C'est une belle opportunité car les cabinets d'expertise peuvent être proactifs en accompagnant leurs clients dans cette mutation.

A.-P. : ECF propose-t-il de nouvelles formations ?

J.-L. F : Oui, nous proposons, entre autres, des formations sur le RGPD et la blockchain qui ont beaucoup de succès. On voit clairement qu'il y a un fort intérêt des collaborateurs et des clients sur ces problématiques.

A.-P. : Quel sera l'impact de la loi Pacte sur les experts-comptables et sur les commissaires aux comptes ?

J.-L. F : Sur le volet commissaires aux comptes, la loi Pacte est un tsunami à cause de la volonté farouche du Gouvernement de relever les seuils d'audit, sans beaucoup de concertation. Si le projet de loi est voté en l'Etat, il va sortir les professionnels libéraux de l'activité de commissariat aux comptes. Il y a toutefois une forte responsabilité de la Compagnie nationale des commissaires aux comptes qui n'a pas su adopter de stratégie et voulu défendre son audit traditionnel sans promouvoir l'audit PE qu'ECF demande depuis 15 ans.
Sur le volet experts-comptables, il y a plusieurs mesures intéressantes comme l'expert-comptable en entreprise, le mandat implicite, la possibilité de faire des mandats de paiement, les honoraires de succès… Je suis favorable à toutes ces avancées qui vont faciliter la vie des cabinets et qui sont des projets proposés et défendus par ECF.

En revanche, la loi Pacte ne me convient pas en globalité car le premier volet nous fait perdre un chiffre d'affaires considérable qui n'est pas compensé par le second. Le compte n'y est pas, loin de la ! C'est pourquoi il faut que toutes les instances de la profession se battent contre, même si le processus législatif est déjà bien avancé.

Il faut absolument mettre en place une stratégie pour réfléchir aux évolutions que pourra connaître la profession. Si nous nous confortons dans l'immobilisme, les experts-comptables risquent de connaître le même sort que les commissaires aux comptes.

A.-P. : Qu'attendiez-vous de la visite du Premier ministre ?

J.-L. F : J'espérais d'une part qu'il reconsidère la remontée des seuils de la loi Pacte, et d'autre part qu'il donne des gages sur les missions des experts-comptables, notamment en revoyant le projet de TESE (Titre Emploi Service Entreprise, NDLR) et le projet Confiance + qui est une aberration totale. Je voudrais qu'il y ait pour une fois des paroles et des actes.

Lors de son allocution, j'ai entendu le Premier ministre nous assurer de l'utilité et du besoin d'experts-comptables. Au regard de ce qui est arrivé aux commissaires aux comptes, nous ne pouvons-nous satisfaire de paroles, il faut maintenant passer aux actes.

Vers un renouveau des institutions représentatives de la profession comptable ?

« Le manque de stratégie et l'inaction de la Compagnie nationale des commissaires aux comptes ont mené à la crise cataclysmique du relèvement des seuils par la loi Pacte. La situation dans laquelle nous nous trouvons aujourd'hui aurait pu être évitée si la question de la mise en place d'un audit adapté avait été anticipée et travaillée en amont.

Ce manque criant de vision a d'ailleurs été évoqué lors de l'assemblée générale de début de congrès par nos représentants ECF. Il faut que l'institution ait une véritable stratégie car notre profession a énormément de défis à relever : l'incidence de la loi Pacte, le numérique, l'amenuisement de la réglementation du métier, etc.

La question de l'anticipation des mutations ne pourra se faire qu'avec une institution concernée par ces questions et en phase avec les professionnels qu'elle représente. Au regard de la période instable que la profession traverse, il est aujourd'hui plus que nécessaire de s'assurer de la meilleure représentativité de nos institutions.

C'est ce qui a motivé l'action d'ECF pour demander le maintien des élections des compagnies régionales des commissaires aux comptes à la date prévue initialement, c'est-à-dire avant la fin d'année 2018.

Contrairement aux institutions qui n'ont su voir et se saisir des sujets essentiels pour la profession et à qui nous devons la situation de crise dans laquelle nous sommes aujourd'hui, ECF ne réclame rien de plus que le maintien du calendrier initial des élections afin que les institutions représentent au mieux les professionnels et soient en capacité de les défendre et appréhender les enjeux de demain. »




Philippe CHARRESSON
Journaliste

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