AccueilEntrepriseVie des entreprisesJean-lou Blachier : « Le GPF aide les entreprises francophones du monde entier à renforcer les échanges »

Jean-lou Blachier : « Le GPF aide les entreprises francophones du monde entier à renforcer les échanges »

Il présente ce créateur de synergies économiques qui constitue aujourd’hui le premier réseau d’affaires francophone dans le monde.
Jean-lou Blachier, président du Groupement du Patronat Francophone.
© DR - Jean-lou Blachier, président du Groupement du Patronat Francophone.

EntrepriseVie des entreprises Publié le , Propos recueillis par Boris STOYKOV

Chef d’entreprise, Secrétaire Confédéral de la CPME, président de la CPME 93, membre du Conseil Économique Social et Environnemental (Cese), conseiller extérieur de la France, membre de la Chambre de Commerce et d’industrie de Paris Ile de France, anciennement médiateur des marchés... Jean-Lou Blachier est également, depuis trois ans, le président du Groupement du Patronat Francophone.

Affiches Parisiennes : Est-ce la France qui est à la source du Groupement du patronat francophone ?

Jean-Lou Blachier : Tout a commencé au sein de l’Organisation Internationale de la Francophonie (OIF), fondée il y a plus de 50 ans par cinq personnages illustres que sont Félix Houphouët Boigny, Léopold Sédar Senghor, le président Habib Bourguiba, le président Norodom Sihanouk et le président du Niger. La France a ensuite rejoint cette organisation. Au sommet du Québec en 1987, il a été exprimé la volonté de créer une francophonie économique, c’est ainsi que sont nés le Groupement du Patronat francophone et le Forum Francophone des Affaires. L’objectif étant de voir comment la France, sur fonds de développement économique, pouvait appuyer les autres pays membres francophones et francophiles.

Preuve de la nécessité d’un nouvel élan et du besoin pour les entreprises de se retrouver, échanger et se développer, j'ai rencontré un ministre d'État gabonais il y a un an, qui me disait vouloir adhérer au Commonwealth. Ils l’ont fait parce qu’ils ne trouvaient pas suffisamment de dynamisme économique à l’intérieur de la Francophonie. C’est pourquoi nous nous sommes donné le rôle de consolider rapidement un soutien aux entreprises et notamment aux PME en prenant en compte la totalité des pays francophones. Car la francophonie c’est aussi la Suisse, la Belgique, mais aussi des pays qui adhérents de l’OIF, car francophiles, comme la Bulgarie, la Hongrie ou la Roumanie. Nous devons travailler avec l’ensemble de ces pays.

D'ailleurs, le président des ambassadeurs francophones est aujourd'hui l'ambassadeur de la Roumanie. Je souhaite intégrer un peu plus de personnes venant des pays de l'Est dans mon équipe. On ne le sait peut-être pas mais la Corée du Sud fait partie des 88 pays de l’organisation Internationale de la Francophonie. Cet été, j’ai rencontré à Seoul, le Président de la Chambre de Commerce, il est très intéressé par les actions du GPF. J'ai rencontré le patronat coréen qui va adhérer à notre groupement pour qu’ensemble, nous puissions parler développement. Le Vietnam et le Cambodge sont déjà avec nous. Maintenant, nous allons donc accueillir la Corée du Sud et ce n’est pas fini... Sur les 88 pays, nous en avons 51 qui sont adhérents, dont 23 pays africains. Je souhaite que nous puissions arriver à développer et à rallier d'autres États qui partagent un destin, avec en commun la langue française. Je peux notamment vous annoncer que nous allons organiser une grande manifestation avec les Algériens en mars prochain. Elle est déjà actée et planifiée. D’ailleurs, les Tunisiens sont déjà adhérents, à travers la Conect, qui rassemble des entreprises de ce pays.

A.-P. : Qu'est-ce que fait exactement le GPF ? Quelles sont ses missions ? Quelles sont les impulsions que vous souhaitez transmettre au monde francophone ?

J.-L. B : Je suis chef d’entreprise en exercice et je sais exactement ce qui est important pour mes confrères. L’important, c'est de se développer en remplissant nos carnets de commandes. C'est une évidence. C'est en rencontrant d’autres chefs d’entreprise et en multipliant les contacts qu’ils y parviendront. J'ai donc souhaité faire du GPF un appui aux entreprises, avec la possibilité d'échanger nos connaissances, nos valeurs, nos idées et de s’internationaliser. Voilà le point fort du groupement.

Nous sommes devenus le premier réseau francophone au monde, à travers les 51 pays sur les 88 que compte la Francophonie. Nous sommes en relation directe avec chacun. Nous avons organisé une première manifestation, le Forum International des Entreprises Francophones, avec le Premier vice-président, Mbagnick Diop, qui est aussi le président du Mouvement des entreprises du Sénégal, le Meds. La première année, nous pensions réunir une centaine de personnes. Nous en avons accueilli six fois plus. Les entreprises présentes ont fait de belles rencontres, ont renforcé les liens et créé de belles opportunités d’affaire.

J'ai l'exemple d'une entreprise dirigée par une femme, qui travaille la noix de cajou, qui avait une vingtaine d'employés et qui, grâce à nous, a multiplié son chiffre d’affaires par trois et son nombre d'employés par deux. En fait, les membres de GPF sont des organisations patronales, comme le MEDS, les chambres de commerce, comme celle du Vietnam, de grandes entreprises et même des PME, qui peuvent être adhérentes en direct. Mon but est fédérateur, en accompagnant les membres à travailler ensemble, à créer de la croissance et de l’emploi.

A.-P. : Vous organisez d'ailleurs un événement important, en novembre, à Dakar...

J.-L. B : Oui. Pour sa troisième édition, le Forum International des Entreprises Francophones va se tenir à Dakar, les 15 et 16 novembre, avec plusieurs temps forts. Outre une déclaration avec Macky Sall, le président de la République du Sénégal, il y aura des tables rondes au sein desquelles nous allons aborder des thèmes extrêmement fondamentaux qui seront : l’industrie, le sport en entreprise, les nouvelles technologies, la formation, la place des femmes en Afrique et notamment en l'entreprise. Par ailleurs, des sponsors viendront présenter leurs produits et leurs services. Dans un espace de coworking, les représentants des entreprises pourront s’enrichir mutuellement, créer des synergies, ou des groupes de travail. Lors du premier forum, 20 télévisions africaines et francophones étaient présentes. L'année dernière, elles étaient 26. Nous en espérons davantage encore cette année afin que l’événement ait une très belle médiatisation.

A.-P. : Vous avez parlé de la formation. Pourquoi est-ce si important en Afrique ?

J.-L. B : La formation est essentielle afin que l’Afrique poursuive son chemin de développement. Il existe souvent des cas où des travailleurs compétents quittent le pays pour travailler à l’étranger. Je crois qu'il est extrêmement important que l'on puisse donner à ces personnes les emplois et les infrastructures nécessaires afin qu’elles restent dans leur pays. Je suis absolument persuadé que s’ils pouvaient faire vivre dignement leur famille, ils ne prendraient pas le risque de prendre des bateaux extrêmement dangereux ; avant de camper sur le périphérique parisien.

Ce que je souhaite, c'est voir comment on peut contribuer à l’industrialisation de l'Afrique. C’est un point majeur.

L'Afrique a des ressources extrêmement importantes. Plutôt que ces ressources soient transformées ailleurs, pourquoi ne pas le faire sur le continent ? Il faut également favoriser le développement de l'agroalimentaire. Il s'agit aujourd’hui de nourrir les Africains et d’avoir une politique agro-industrielle extrêmement forte. Un ministre de Guinée me disait récemment : « Chez nous pousse une céréale presque inconnue en Europe, le fonio. Cette céréale pousse très bien chez nous. Mais nous cultivons du maïs et du blé qui nécessitent beaucoup d’eau ». Pourquoi ne pas favoriser le fonio ? Pourquoi ne pas donner la possibilité à des entrepreneurs français de faire connaître cette céréale, qui est délicieuse. Il y a aussi le problème de conservation des produits, notamment des fruits, comme me le confiait un ministre du Cameroun. Pourquoi ne pas les accompagner en créant des conserveries, en fabriquant sur place des confitures ? Ça aussi, c'est de l'industrie.

A.-P : Comment investir en Afrique. Est-ce possible aujourd'hui ?

J.-L. B : L’Afrique possède de forts potentiels de développement et de nombreux atouts. Mais pour que ces pays enregistrent une reprise solide et évitent la stagnation économique, il est nécessaire de contribuer davantage au développement économique. C'est l’objectif du Groupement du Patronat Francophone. Il permet de créer des opportunités pour les investisseurs, d’obtenir des informations via nos partenaires sur place et d’améliorer le climat des affaires. En tant que médiateur des marchés publics, en France, ils représentent 200 milliards d'euros. Dans la francophonie, c'est évidemment beaucoup plus important. C’est pourquoi il faut que l'on s'intéresse justement aux marchés publics au sein de la francophonie. Si les entreprises répondent à des marchés publics “francophones”, elles savent que l’investissement est prévu. C’est plus sécurisant. Nous allons donc inciter les entreprises à aller vers ce type de contrats. Pour y accéder, il faut développer et entretenir des relations mutuellement bénéfiques, mais aussi avoir de bons partenariats.

A.-P. : L’implantation de filiales d’entreprises francophones se fait avec le soutien des Pouvoirs publics nationaux ?

J.-L. B : Absolument. Le président du patronat gabonais voulait, par exemple, que l’on implante une entreprise de plasturgie dans son pays. Je lui ai alors proposé de passer par le GPF, afin qu’il puisse se constituer un cercle et acquérir les bons partenariats. Je peux le mettre en relation avec les syndicats qui représentent les entreprises dans le domaine la plasturgie et du caoutchouc, comme UCAPLAST.

A.-P. : Vous recherchez donc toujours des partenariats gagnant-gagnant ?

J.-L. B : Si ce n’est pas le cas, aujourd'hui, je crois que les choses ne fonctionneraient pas. Dans le domaine économique, il n’y a pas de philanthropes. Qui dit connexions dit aussi opportunités. Forcément, c'est du gagnant-gagnant.

A.-P. : On sait que les grandes entreprises ont souvent la puissance, les capacités, les ressources pour aller investir les marchés à l'étranger. En revanche, c’est plus difficile pour les PME françaises. Vous êtes un secrétaire confédéral de la CPME. Est-ce que les patrons de petites et moyennes entreprises peuvent se lancer dans une aventure sur un autre continent ? Est-ce possible ?

J.-L. B : Le commerce extérieur de la France est vraiment très déficitaire, tout simplement parce que les entreprises ne s’internationalisent pas assez. Dans mon secteur d’activité, j'ai bien évidemment des concurrents qui viennent de pays étrangers. Si je ne tente pas de vendre mes produits hors de France, je vais sûrement perdre des parts de marché. Pour un chef d'entreprise, il est parfaitement normal d'essayer de conquérir des marchés à l'étranger. Forte de sa diversité et de ses atouts considérables, l’Afrique est un bon exemple pour exporter. La francophonie, c'est 23 pays africains sur les 88 mais pas seulement... Il faut penser à la Bulgarie, la Roumanie, la Belgique, qui ne sont pas si loin géographiquement. Les échanges facilités par une même langue renforcent le dynamisme de cet espace économique qui existe déjà. Parlons de la Bulgarie. À partir du moment où vous essayez de vendre en Bulgarie, il faut accepter que les Bulgares vendent en France et dans les pays membres du GPF. C'est ce que nous faisons. L'idée d’organiser une manifestation comme le FIEF en Bulgarie pourrait être évidemment extrêmement intéressante.

Sur l’exportation, la différence entre les grands groupes et les PME, est évidemment importante : une PME n’est pas une grande entreprise en miniature. La plupart des grands groupes ont déjà une longue expérience à l’export. Dans le cas de l’Afrique, si vous prenez Total ou Bolloré, ces entreprises y sont déjà présentes depuis longtemps. Les PME ont néanmoins un avantage majeur qui est de ne pas être obligées de se référer à des actionnaires. Les patrons de PME ont l’habitude de conquérir des marchés en prenant des risques. Comme dit François Asselin, le président de la CGPME nationale : « Il y a des risques rien et des risques tout ». Le GPF permet justement aux entreprises de prendre des risques modérés et d'affirmer leur statut

A.-P. : Avez-vous des adhérents chefs d'entreprise étrangers qui veulent s’implanter en France ?

J.-L. B : Tout à fait. Nous avons d'ailleurs l’un de nos membres du board qui est avocat international et qui aide les entrepreneurs étrangers à venir s’installer ou investir en France.

A.-P. : Vous êtes aussi président de la CPME de Seine-Saint-Denis. Comment se portent les entreprises de ce département après les crises que nous traversons et que nous avons traversées ?

J.-L. B : Nous avons tous subi la crise Covid de façon très forte. D'ailleurs, la CPME se Seine-Saint-Denis a été en pointe pour aider les entreprises, notamment en leur distribuant gratuitement des masques, au moment où personne n'en avait, ce qui leur a permis de continuer leur activité. En cette période difficile, le “quoi qu'il en coûte” de l’État a été extrêmement positif. Désormais, il est nécessaire de se pencher sur le futur et d’envisager la continuité différemment après la crise. Pour tout vous dire, je suis plutôt soucieux. Car en plus de devoir rembourser le prêt garanti par l'État, il va falloir affronter la crise de l'énergie, celle des matières premières, le manque de personnel, de compétences... Sans oublier l’inflation qui ajoute de nouvelles difficultés pour les entreprises.

Par ailleurs, la France on est l’un des pays où les impôts de production sont les plus forts, ce qui impacte nos avantages concurrentiels. C’est un problème que le Gouvernement devrait davantage prendre en compte. Aujourd’hui, nous faisons un peu le grand écart, sans savoir de quoi demain sera fait.

A.-P. : Le président Macron vous a confié la réalisation d’un rapport sur la réindustrialisation par l’innovation. Vous connaissez donc très bien le sujet. Pouvez-vous donner des exemples pratiques justement ?

J.-L. B : Absolument. Vous savez, une entreprise qui n'est pas innovante meurt. Quel que soit son secteur d’activité ou son statut actuel, à un moment ou un autre, il vous faudra affronter la concurrence. À partir de ce moment-là, vous serez contraint de vous démarquer. C’est pourquoi l'innovation, l’état d'esprit et la volonté d'amélioration continue, sont des éléments majeurs pour vous distinguer et conserver un avantage concurrentiel.

Les années à venir devraient être encore plus prolifiques pour les start-ups françaises, c’est pourquoi il faut les soutenir. Le GPF souhaite d’ailleurs mettre en avant les meilleures d’entre elles. Quand on regarde les changements du marché de l’entrepreneuriat des trente dernières années, ils sont considérables. Et c'est notamment grâce aux start-ups. Le système de création d’entreprise est aujourd’hui plus agile, plus souple, plus motivant et plus encourageant. Il faut valoriser tous ces entrepreneurs qui ont des idées et ces jeunes entreprises créatrices de valeur économique et d’emplois en France.

Quand Emmanuel Macron, à l’époque ministre de l’Économie, m’a confié cette mission, j'ai rencontré des gens brillants. J'ai rencontré notamment deux entrepreneurs qui m'ont vraiment marqué. L’un d’eux était du Nord de la France. Il avait conçu une pile a priori capable de durer 100 ans. À ce moment-là, je me suis souvenu avoir aussi rencontré une entreprise franco-italienne, leader dans le domaine des Peacemakers, soucieuse de la durée de vie de leur dispositif. J’ai alors mis en relation l’inventeur de la pile centenaire et ce fabricant. C'est exactement ce que fait GPF : mettre en place un réseau bien construit, diversifié, qui permettra aux entrepreneurs d'évoluer dans leurs projets.

A.-P. : Avez-vous des engagements et des actions pour pallier le réchauffement climatique ou la qualité de l’air ?

J.-L. B : C’est exact. Vous pouvez faire du RSE partout. Vous pouvez même faire du recyclage de produits, en créant de l'énergie. Je suis actuellement en relation avec un député camerounais extrêmement dynamique dans son pays qui essaie de produire de l’électricité avec la biomasse. Voilà une vraie réponse aux besoins actuels.

J'ai également rencontré un entrepreneur qui cultive la noix de cajou, un type de biomasse sous-estimé qui peut être transformé en énergie.

A.-P. : Il y a aussi l'exemple de votre entreprise où vous avez installé des panneaux photovoltaïques ?

J.-L. B : La société Plastil France, établie à Maulevrier, a effectivement mis en place 400 m2 de panneaux solaires, qui nous permettent de faire une économie de 25 % sur notre facture énergétique, pour un investissement de 230 000 euros.

L'Afrique constitue le continent doté de la plus forte puissance solaire au monde. Une source énergétique prometteuse qu’il faudrait exploiter davantage. L'énergie solaire peut réellement changer la donne. La société malgache FILATEX, qui est l’un de nos adhérents, a un bon slogan : « Construire l’avenir ». Elle est pionnière dans les énergies renouvelables. Elle sera présente à Dakar.

A.-P. : Le Conseil Économique Social et Environnemental a évolué. Vous y menez des travaux. Pouvez-vous présenter ce nouveau Conseil ?

J.-L. B : Nous travaillons sur des points précis, en commission. Je fais partie de celle qui traite des affaires européennes et internationales. Le CESE a été remanié et modifié par le président de la République. Il a réduit le nombre de ses membres pour que soyons peut-être plus efficaces et plus visibles. Quand, aujourd'hui, on entend parler du CNR, le Conseil National de la Refondation, ce CESE y a vraiment toute sa place. Le président Thierry Beaudet était d’ailleurs présent quand le Président Emmanuel Macron à réuni ce Conseil. Cela fait un peu plus d’un an que je suis membre du CESE. Une année de travail, de rigueur, de confrontations d’idées et d’exigence dont je suis reconnaissant. Je rencontre des gens extraordinaires, venus de tous les horizons et c’est avec une grande fierté que je constate la réussite de tous les objectifs.

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